Environnement

Cet homme a nagé dans les eaux glacées de l’Antarctique pour sauver les océans

Lewis Pugh, le nageur de l’extrême, n'a pas hésité à plonger dans une eau à 2°C pour sensibiliser le grand public à la protection des océans.

De Sarah Gibbens
Lewis Pugh nageant à côté des icebergs dans l’eau glacée de l’Antarctique.

C’est la traversée la plus dangereuse de Lewis Pugh, mais ce n’est pas la première.

L’ancien avocat devenu nageur de fond a nagé dans l'Antarctique, le long des côtes de King Edward Point, près de Grytviken, dans le sud de la Géorgie mardi 7 novembre dernier. L'aventure a commencé à 2h du matin dans les eaux gelées avec pour seul équipement des lunettes de plongée et un slip de bain. Il a lui a fallu 19 minutes pour nager 1 kilomètre dans une eau à 2 degrés Celsius.

Si l’eau n’avait pas été salée, elle aurait glacé le nageur. À 48 ans, Puth risquait une grave hypothermie durant sa traversée. Sans entraînement, il lui aurait pu gravement se blesser voire mourir en se baignant dans ces eaux.

Cet homme a nagé dans les eaux glacées de l’Antarctique pour sauver les océans

Les soutiens du nageur ont live-tweeté sa baignade. À mi-chemin, Pugh a rencontré deux éléphants de la mer, dont les spécimens pèsent en moyenne plus de 4 tonnes. Après les avoir évités, Pugh a ralenti la cadence. Dans les eaux froides, la température de son corps a rapidement chuté.

« Je déteste nager dans les eaux glacées », déclare Pugh dans un entretien téléphonique. Les gens ont tendance à penser qu'il s'est lancé dans cette aventure par goût pour ce type de challenges. « Je nage pour défendre une cause. »

Cette dangereuse nage d’endurance n’est pas seulement une prouesse physique. En sa qualité d'ambassadeur de bonne volonté pour les Nations Unies pour la protection des océans, Pugh exhorte la population mondiale à prêter davantage attention aux problèmes climatiques qui affectent les océans.

Sa traversée est une réponse à la volonté du Royaume Uni de protéger près de 500 kilomètres carrés aux abords des îles Sandwich du sud. Actuellement, la région est une zone d’exploitation durable protégée qui autorise la pêche. Au mois de novembre, le gouvernement britannique reverra la protection entière de la zone par l’interdiction de toute sorte de pêches.

D’après Simon Reddy, directeur de Pew Bertarelli Ocean Legacy Project (Le projet Héritage des océans Pew Bertarelli) au Royaume Uni, un des groupes qui appellent à la protection totale de la région, cette révision est une réelle opportunité de protéger ce patrimoine environnemental. Aujourd'hui, seule la pêche de petite légine australe y est pratiquée. Grâce à ses rives inhospitalières, cet endroit a été  largement épargné par la plupart des opérations de pêche.

« C’est l’un des environnements les plus uniques et plus propres du monde », explique Reddy. Environ 10 % des pingouins du monde vivent dans les îles Sandwich du sud et de nombreux mammifères marins vivent dans les eaux qui l’entourent. « Je n’ai jamais nagé dans un endroit pareil avec toute cette vie sauvage », raconte Pugh. Son équipe et lui ignoraient la réaction qu'auraient les animaux. Beaucoup d’entre eux n’avaient jamais été en contact avec les hommes.

« Il n’y a rien de plus effrayant que de nager avec des éléphants de mer. Je priais pour qu’ils ne bougent pas » ajoute le nageur.

Ce n’est pas la première fois que Pugh prend des risques pour sensibiliser le public aux questions environnementales. Sa méthode d’activisme, appelée la « speedo diplomacy » (La diplomatie du Speedo) lui a même valu en 2014 d'être nommé « Aventurier de l’année » par National Geographic.

Après sa baignade au sud de la Géorgie, il projette de se rendre au Royaume-Uni pour rencontrer les dirigeants chargés de la région qu’il décrit comme : « la plus belle [qu'il ait] jamais vue. »

« On ne devrait pas avoir à le faire, » explique-t-il en parlant de la protection des océans. « Nager dans ces conditions est extrême mais les négociations politiciennes peuvent être encore plus dures. »

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