Japon : sauver des espèces dans un point chaud de biodiversité

Le Japon est l'un des 36 points chauds de biodiversité, dans lesquels évoluent des espèces sur lesquelles plane la menace de l’extinction. Le gouvernement japonais s’est engagé à revitaliser ses terres arables, dans le respect de tous les êtres vivants.

Publication 22 déc. 2021, 10:18 CET
Un ibis du Japon (Nipponia nippon) ou "toki", se pose au sol, son reflet se détachant ...

Un ibis du Japon (Nipponia nippon) ou "toki", se pose au sol, son reflet se détachant sur l'eau. L'espèce, en voie de disparition, a été réintégrée à l'état sauvage où elle vit désormais en harmonie avec les humains, sur le modèle socio-écologique traditionnel appelé "satoyama", sur l'île de Sado, au Japon.

Photographie de Fumie Oyama

Se détachant dans le ciel aux premières heures du jour, un ibis nippon à la forme si distinctive entame une abrupte descente vers le sol. Le soleil matinal teinte les ailes déployées de cet élégant oiseau – « toki » en japonais – d'un rose pêche translucide alors qu'il tourne avant d'atterrir dans les eaux peu profondes d'une rizière. C'est un spectacle merveilleux auquel beaucoup pensaient ne plus jamais assister. L’ibis japonais (Nipponia nippon) – « toki » en japonais – avait quitté les cieux nippons en 1981, alors que ses principales sources de nourriture s’amenuisaient. La quasi-disparition de cet oiseau symbolique a été pour nombre de Japonais un appel urgent à préserver les merveilleuses espèces que la région abritait jusqu’alors. Le concept de « diversité biologique » est apparu à peine un an avant la disparition du toki. Le monde découvrait à quel point la préservation de la biodiversité était essentielle pour nos écosystèmes : nous ne pouvions pas nous permettre de perdre une seule espèce.

La biodiversité est le tissu vivant de notre planète, une vaste et merveilleuse composition constituée de tous les êtres vivants sur Terre, des bactéries aux oiseaux, des champignons aux poissons, des plantes aux humains. On estime à plus de neuf millions le nombre d’espèces vivant sur Terre à l’heure actuelle, mais seulement un million d’entre elles auraient été décrites par la science. Il nous reste encore tant à apprendre. Ce que l’on commence à percevoir, cependant, et avec une certaine urgence, c’est que les éléments du vivant interagissent de manière complexe, dans un équilibre fragile où la perte d'une seule espèce peut avoir des conséquences catastrophiques pour de nombreuses autres, y compris la nôtre. Aujourd’hui, les extinctions se produisent au rythme le plus soutenu depuis la disparition des dinosaures.

Gauche: Supérieur:

Les rizières en terrasses d'Iwakubi, un paysage emblématique de Sado, ont été reconnues comme système ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM), c’est-à-dire un paysage d'une beauté remarquable associant la biodiversité agricole à des écosystèmes résilients et à un précieux patrimoine culturel.

Droit: Fond:

Des ibis du Japon en voie de disparition ont été réintroduits à l'état sauvage. Ils vivent désormais en harmonie avec les humains dans le système socio-écologique traditionnel des satoyama, sur l'île de Sado, au Japon.

Photographie de Toru Hanai(Gauche)(Supérieur)
Photographie de Fumie Oyama(Droit)(Fond)

La disparition d’espèces est une question aussi sensible et importante que le changement climatique, et la COP15 sur la biodiversité a établi des plans ambitieux pour y apporter des solutions. Dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique, la COP15 s'efforce de rassembler tous les pays autour d'objectifs spécifiques visant à créer un monde plus respectueux de la nature d'ici 2030. Ces objectifs reconnaissent les effets de l'activité humaine sur la biodiversité : le développement urbain, la pollution, les maladies et le changement climatique affaiblissent tous l'arbre de vie terrestre. Cette situation est d’autant plus critique dans les trente-six points chauds de biodiversité mondiale identifiés par Conservation International - des endroits qui sont à la fois exceptionnellement riches en espèces endémiques et directement menacés par l'activité humaine. La préservation de ces points chauds pourrait avoir un impact énorme sur la sauvegarde de la biodiversité mondiale. Le Japon fait partie de ces points chauds de biodiversité.

Le paysage vert accidenté du Japon a été forgé par la violente activité tectonique de la région. Les 6 852 îles qui le composent ont été arrachées à l'Asie continentale il y a environ 15 millions d'années. Ici, la vie a évolué en s’adaptant à de climats très variés : les montagnes de Honshu comptent parmi les régions terrestres les plus enneigées, les côtes bordant le Pacifique sont remarquablement sèches, quand la pointe sud de Kyushu est l'un des endroits les plus humides de la planète. Cette complexité, remarquable, a contribué à tisser une biodiversité japonaise unique au monde : environ un tiers des plantes, la moitié des mammifères, près de la moitié des reptiles et presque tous les amphibiens que l’archipel abrite ne se trouvent nulle part ailleurs sur Terre. Et le Japon a à cœur de préserver ces espèces endémiques et irremplaçables.

Parmi ces espèces endémiques singulières, on compte le lapin des îles Amami. Avec son corps volumineux, sa fourrure d’un brun foncé caractéristique, ses oreilles courtes et ses petits yeux, on pourrait le confondre avec un gros rat jusqu'à ce qu’il commence à se mouvoir, sautillant maladroitement dans la litière de feuilles de la même manière qu'un lièvre. C’est l’une des plus anciennes espèces de lapins connues encore vivantes. Autrefois, l’espèce avait une aire de répartition qui s’étendait dans une partie de l’Asie continentale. Aujourd’hui, on ne croise ses membres que dans les forêts de deux petites îles japonaises : Amami-Oshima et Tokunoshima. Ils font partie intégrante d’une biodiversité exceptionnelle qui a valu auxdites îles le statut de patrimoine mondial de l'UNESCO.

La survie du lapin des îles Amami est aujourd’hui en jeu. En cause, des espèces exotiques invasives introduites au 20e siècle à Amami-Oshima. Parmi elles, des chiens, des chats et plus particulièrement des mangoustes ont été relâchés dans le but d’éliminer les serpents venimeux jugés en surnombre. Seulement voilà : ces espèces se sont plutôt tournées vers des proies faciles comme le lapin des îles Amami. L’un des objectifs de la COP15 était de réduire les effets des espèces exotiques invasives, et les mesures prises à Amami-Oshima ont permis d’atteindre cet objectif. Depuis 2000, les pièges placés çà et là dans les bois ont permis de réduire la population de mangoustes qui menaçait la survie des espèces indigènes.

L'île de Sado est la plus grande île de la Mer du Japon.

Photographie de NANAKO NISHIHORI / ELEPHANTSTONE CO.,LTD

Sur l'île de Sado, un éclair rose et blanc se détachant du vert d'une rizière inondée annonce l’arrivée d'un toki en quête de nourriture. Sa tête se balance et son long bec noir fend la surface de l’eau pour se délecter d’insectes. Mais cela n'a pas toujours été possible. L’utilisation de pesticides et l’assèchement des rizières après les récoltes ont fait perdre au toki son principal terrain de chasse. En conséquence de quoi la population de toki a lentement diminué pour finalement disparaître de l’archipel. Les pesticides utilisés partout dans le monde pour préserver les cultures des nuisibles ont aussi pour effet dévastateur de déstabiliser les écosystèmes en nuisant à toutes les espèces qu’ils abritent. L'ébauche des objectifs qui seront soumis à la COP15 engageront les signataires à une réduction des deux tiers de l'utilisation de pesticides et à une réduction de moitié des nutriments perdus dans l'environnement. C'est un engagement que les riziculteurs de Sado ont déjà pris dans le cadre de leurs efforts pour ramener le toki sur leurs terres.

Dans le cadre de l'Initiative Satoyama, mise en place par le gouvernement japonais pour promouvoir l'harmonie entre les humains et leurs écosystèmes, les agriculteurs de Sado ont été encouragés à apporter des changements positifs. Les riziculteurs ont accepté de réduire les pesticides et les engrais, et de garder leurs rizières inondées pour constituer des stocks d'insectes et d'amphibiens dont se nourrit le toki. Suite à un programme d'élevage avec quelques spécimens de toki fournis par la Chine, ces majestueux oiseaux ont été relâchés à l’état sauvage sur l’île de Sado en 2008. Aujourd'hui, on estime qu’environ 450 tokis survolent l’île.

« Ramener à la vie » des espèces au bord de l’extinction comme le toki et le lapin des îles Amami est crucial pour préserver la biodiversité locale, et mondiale par extension. Les actions volontaristes comme celles engagées par le Japon sont de celles qui seront demandées à toutes les nations qui participeront à la COP15 sur la biodiversité. Des ultimes sursaut pour préserver la beauté de notre monde et de ses habitants. L’objectif affiché de cette grande conférence est d’amener les communautés locales, les gouvernements et associations à faire en sorte que les humains et les monde animal et végétal coexistent en harmonie.

Dans les points chauds de la biodiversité, le temps presse. Mais ce que le Japon est parvenu à faire par le biais de ses projets de restauration prouve l’étendue de ce que nous sommes capables de réaliser.

Cet article est un contenu sponsorisé par le Gouvernement du Japon. Les équipes de rédaction de National Geographic n’ont pris part ni à la préparation ni à la production de ce contenu.

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