En Californie, les communautés les plus pauvres durement touchées par le changement climatique

En Californie, les risques d'être affecté par les très fortes chaleurs et un niveau d'ozone troposphérique élevé augmentent dans les quartiers pauvres, pour les minorités non-blanches qui manquent de ressources.

Publication 10 juin 2021, 14:30 CEST
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Plusieurs vagues de chaleur extrêmes ont touché la Californie l’année dernière, souvent accompagnées d’un taux d’ozone mauvais. Les risques de vivre au sein d’une région en proie aux fortes chaleurs et aux forts taux d’ozone sont élevés pour certaines communautés vulnérables.

Photographie de APU GOMES, AFP/GETTY

Lorsque Juan Flores sort de sa maison californienne pour se plonger dans une vague de chaleur, « c’est comme rentrer dans un mur ». Juan vit dans la vallée de San Joaquin, l’une des régions où la chaleur de l’été dépasse largement les 37 °C.

Mais Juan ne doit pas uniquement faire face à la chaleur. Quand il fait très chaud, l’air peut être tellement chargé en ozone et en particules fines que le simple fait de respirer devient difficile. Les poumons de Juan Flores sont en bonne santé, mais il sent tout de même une pression douloureuse dans sa poitrine dès que les températures grimpent.

Selon les résultats d’une nouvelle étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, cette chaleur et cette atmosphère terribles cumulées peuvent avoir de lourdes conséquences pour les communautés vulnérables. La chaleur et l’ozone agissent en tandem, augmentent le stress, et de fait, le risque d’hospitalisation pour la population. Selon l’étude, en Californie cette augmentation touche principalement les quartiers pauvres, non-Blancs, qui manquent de ressources.

« Nous sommes tous touchés par la chaleur et la pollution mais nous ne sommes pas tous impactés de la même manière », explique l’auteure Lara Schwarz de l’université de Californie à San Diego et de l’université d’État de San Diego.

La pollution à l’ozone est l’une des menaces les plus néfastes et les plus répandues pour la santé respiratoire. Les scientifiques estiment qu’elle est responsable de millions de morts prématurées chaque année dans le monde. Elle touche des millions d’autres personnes, en aggravant l’asthme et d’autres maladies respiratoires. Respirer ne serait-ce qu’une petite quantité de ce gaz corrosif sur une petite période de temps peut s’avérer dangereux. Il rétrécit les voies respiratoires, empêchant les personnes d’inhaler complètement et engendrant une irritation de la gorge et des tissus pulmonaires. L’exposition à long terme a été associée aux naissances prématurées et aux affections cardiaques, entre autres. Le risque de décès dû à des maladies pulmonaires se voit augmenter de 3 %.

Moins une personne respire l’air pollué par l’ozone, mieux elle se portera. Une analyse menée en 2004 a démontré qu’une exposition dont le taux était augmenté de 10 parties par milliard favorisait le risque de décès prématuré, et ce, même à des concentrations inférieures aux 70 parties par milliard que l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (APE) considère comme « dangereuses pour la santé ». Les auteurs de l’étude se sont demandé s’il existait un niveau d’exposition « sans danger ».

La Californie abrite dix des vingt-cinq villes les plus polluées à l’ozone du pays selon l’American Lung Association.

 

QUELLES SONT LES POPULATIONS LES PLUS TOUCHÉES ?

L’ozone et la chaleur causent tous deux des dégâts sur la santé. Toutefois, leurs interactions ne sont pas encore vraiment claires. Il semble logique que ces deux éléments ensemble nuisent à la santé puisque l’ensoleillement augmente leur concentration. Seulement, si certaines études ont prouvé que plus il y a d’ozone et de chaleur, plus les dégâts sont importants, d’autres n’ont pas établi de relation.

Mme Scharwrz, sa co-responsable et leurs collègues ont réalisé que la plupart de ces études se sont penchées sur des villes ou des régions entières. Pourtant, les conséquences les plus graves de la pollution atmosphérique et de la chaleur sur la santé sont généralement concentrées dans des quartiers où les habitants sont particulièrement vulnérables à cause de facteurs socio-économiques, ou bien dans ceux où la pollution est particulièrement élevée. Certaines parties de la ville où se trouvent peu d’arbres peuvent parfois atteindre des températures 6 °C supérieures aux quartiers huppés et riches en arbres. En outre, l’accès à la climatisation et aux autres méthodes de rafraîchissement est souvent limité dans les régions plus pauvres.

De précédentes recherches ont prouvé que les personnes pauvres et souvent non blanches sont les plus vulnérables. Du fait d’une longue histoire de décisions politiques et urbaines, telles que la discrimination bancaire, elles se sont souvent regroupées dans des zones de la ville en proie à davantage de pollution et de chaleur. De plus, l’accès aux ressources sanitaires ou même à un parc pour se rafraîchir est difficile à obtenir.

L’équipe de scientifiques a analysé les enregistrements de plus de huit-cent-mille hospitalisations non programmées suite à des problèmes respiratoires en Californie durant les étés de 2004 à 2013. Ils ont examiné les données code postal par code postal. 

Les régions les plus aisées avaient tendance à ne pas souffrir davantage de la chaleur et de l’ozone combinés. Néanmoins, dans certains quartiers aux revenus moins importants, avec un taux de chômage plus élevé, les dégâts des deux éléments combinés étaient amplifiés. Ils ont entraîné un risque plus élevé d’hospitalisation.

« Certaines associations ne sont pas visibles tant que vous ne les observez pas à une échelle très locale », assure Jun Wu, chimiste atmosphérique à l’université de Californie à Irvine.

En cause, les influences historiques, notamment la décision de construire les autoroutes au sein des communes où vivent des gens de couleur. Ces dernières contribuent à la surcharge en chaleur et en pollution dans certaines zones lourdement affectées aujourd’hui. Malheureusement, en raison du changement climatique, les risques vont perdurer et peut-être même s’accroître.

 

LE MÉLANGE ENTRE OZONE ET CHALEUR

L’ozone troposphérique, à ne pas confondre avec l’ozone stratosphérique qui aide à protéger la Terre des rayons ultraviolets, se forme lorsque des polluants comme les oxydes d’azote (NOx) ou des composés organiques volatils (COV) sont décomposés par les puissants rayons ultraviolets du Soleil. Ils libèrent ainsi des atomes d’oxygène libres dans l’atmosphère. Ces atomes d’oxygène uniques s’accrochent aux molécules d’O2. Il s’agit de deux atomes d’oxygène liés qui représentent la principale forme d’oxygène dans l’atmosphère basse. Ils forment donc une molécule d’ozone, formulée O3.

La chaleur peut entraîner une accélération de ce processus. Puisque l’air chaud a tendance à stagner, davantage d’ozone est susceptible de se former localement au cours des vagues de chaleur.

En ajoutant n’importe quel autre ingrédient à l’ozone, qu’il s’agisse de la chaleur, de l’ensoleillement direct, des NOx ou des COV, la quantité de ce gaz dangereux peut exploser. 

Ces ingrédients polluants sont les conséquences de la combustion de combustibles fossiles et des processus industriels. Leur formation est particulièrement élevée autour des nœuds de circulation, des usines de fabrication de produits chimiques, des raffineries, des centrales électriques et des forages pétroliers et gaziers.

La chaleur constitue un risque sanitaire à elle seule. C’est la plus grande cause de décès liés aux conditions météorologiques aux États-Unis aujourd’hui. En Californie, les admissions à l’hôpital ont augmenté de 7 % au cours des pires vagues de chaleur. Pendant les vagues de chaleur prolongées, le nombre total de décès augmente, tout comme les hospitalisations pour des affections cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux, des défaillances d’organes et toute une série d’autres problèmes de santé.

« La chaleur aggrave toutes les autres prédispositions déjà existantes que les patients pourraient avoir » à cause du stress infligé au corps, explique Mme Schwarz.

En août dernier, les Californiens avaient très chaud. Ils se sont montrés inventifs pour trouver des solutions pour se rafraîchir lors des vagues de chaleur. Toutefois, se rafraîchir signifiait sortir à l’air libre. La qualité de l’air était mauvaise et a empiré à cause des incendies environnants.

Photographie de Robert Gauthier, Los Angeles Times/Getty Image

 

LA TEMPÉRATURE NE DESCENDRA PAS

Les vagues de chaleur en Californie sont déjà plus fortes, plus fréquentes et durent plus longtemps qu’auparavant. Cette tendance risque de s'accentuer. Le changement climatique pourrait jusqu’à tripler le nombre de vagues de chaleur extrêmes dans certaines parties du sud de la Californie d’ici 2050.

Aujourd’hui déjà, les jours de chaleur extrême et les mauvaises conditions d’ozone coïncident. Le weekend du 5 au 7 septembre 2020 aux États-Unis, les températures dans le centre-ville de Los Angeles ont grimpé jusqu’à 43 °C. Les concentrations d’ozone ont atteint les 185 parties par milliards, un record depuis 26 ans, bien au-delà des niveaux « mauvais » de l’indice de qualité de l’air. Au moins trois personnes sont mortes des suites de ces conditions climatiques.

Un avenir encore plus chaud augmentera très probablement ces risques. Une étude suggère que d’ici 2030, le nombre de jours où le niveau d’ozone sera supérieur à 40 parties par milliard va augmenter et amplifiera les risques sanitaires de 8 % dans tout le pays. Il s’agit du taux modérément néfaste pour la santé établi par l’APE.

« Nous sommes exposés à la pollution de l’air et à la chaleur extrême, souvent en même temps. Aujourd’hui, nous avons une meilleure idée de la manière dont ils pourraient aggraver les risques sanitaires ensemble. C’est très important dans le cadre de notre réflexion sur l’avenir du changement climatique », affirme Miriam Marlier, chercheuse en santé environnementale à l’UCLA.

La pollution a fortement baissé en Californie par rapport aux jours où le brouillard de pollution était tellement épais que l’on ne pouvait pas voir au-delà du bout de la rue. Pourtant, les niveaux mauvais de NOx et de COV sont toujours élevés, particulièrement dans les quartiers pauvres et non blancs. Par exemple, la fumée des feux de forêt contient de fortes concentrations de NOx et de COV. Plus les incendies se multiplient en Californie, plus la fumée inonde le ciel estival et plus le taux d’ozone risque de croître.

 

TIRER UN SIGNAL D’ALARME COMMUN 

Les États comme la Californie avertissent la population quand la qualité de l'air s'amoindrit. Pour le moment, aucun système n’existe pour signaler que les températures et la qualité de l'air cumulées vont présenter des dangers.

Lorsque Mme Schwarz et ses collègues ont découvert les terribles conséquences des interactions des deux facteurs, ils ont également réalisé qu’informer les habitants de ces risques pourrait faire la différence. Leurs résultats suggèrent que la Californie pourrait mettre en place un système qui s’appuie sur les prédictions de chaleurs extrêmes et des mauvaises conditions d’ozone. Il pourrait aider les habitants des potentielles communautés touchées à se protéger lors des pires périodes.

En outre, le danger peut être hyperlocal, ce qui leur permet de savoir exactement où diriger les ressources et l’aide.

« Il ne peut pas y avoir un seul seuil pour tout l’État », soutient Mme Schwarz. « Nous devons bien comprendre quelles sont les régions qui bénéficieront réellement de ces mesures. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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