États-Unis : Yellowstone touché par des inondations sans précédent

Une accumulation de divers événements exceptionnels dus au changement climatique a causé cette semaine des inondations importantes au sein de parc national américain de Yellowstone. Et ce n'est probablement que le début.

De SJ Keller
Publication 17 juin 2022, 16:23 CEST
04 yellowstone flood

Les Lower Falls de la rivière Yellowstone dans le parc national de Yellowstone, dans le Wyoming, en hiver. Un violent épisode de pluie sur la neige a provoqué des inondations qui ont emporté des routes et des ponts dans le parc.

PHOTOGRAPHIE DE Shutterstock

Ce mardi, le parc national de Yellowstone aux États-Unis a dû évacuer plus de 10 000 visiteurs lorsque des inondations ont commencé à ravager le parc. Des routes et des ponts ont été emportés par les eaux, des canalisations d’égouts ont été détruites et les communautés installées sur les bordures du parc ont été coupées des routes. Yellowstone demeure fermé et l’entrée nord ne sera probablement pas rouverte cette saison.

Même si les scientifiques et les gestionnaires du territoire sont déconcertés par l’ampleur des inondations, sans précédent en 100 ans d’histoire, ils reconnaissent les similitudes avec les événements que leurs données avaient prédits. Ils ne s’attendaient simplement pas à ce que ceux-ci aient lieu cette année.

« D'un point de vue scientifique, je dirais que cela correspond tout à fait à ce que à quoi nous pourrions nous attendre », déclare Cathy Whitlock, paléoclimatologue et autrice principale de l’évaluation du climat du Greater Yellowstone, le premier rapport de ce type jamais réalisé sur un écosystème. « D'un point de vue personnel, je suis sous le choc. »

Même si d’autres recherches seront nécessaires pour pouvoir confirmer si le changement climatique a joué un rôle pour rendre cet épisode d’inondation encore plus extrême, l’évaluation du climat du Greater Yellowstone de 2021 prédit des changements importants dans les précipitations, notamment dans le moment où elles sont censées arriver et la forme qu’elles sont censées prendre. Les scientifiques s’attendent à davantage de pluie au printemps et à moins de neige en hiver. L’évaluation prévoit également une augmentation des précipitations annuelles dans le parc national.

L’évaluation note déjà des changements. Depuis 1950, les précipitations printanières ont augmenté de 17 % en avril et de 23 % en mai dans la région. Les chutes de neige ont diminué, et les précipitations annuelles globales ont augmenté. Cela signifie que, plutôt qu’une lente libération de l’eau de fonte dans les vallées pendant les mois d’été, les précipitations ont tendance à se combiner à la fonte des neiges, provoquant des événements plus risqués tels que l’inondation de cette semaine.

Cette photographie aérienne montre l'inondation de la route de l'entrée nord du parc national de Yellowstone. Les inondations causées par les fortes pluies du week-end ont endommagé des routes et des ponts, ce qui a conduit les responsables du parc à fermer toutes les entrées.

PHOTOGRAPHIE DE (Jacob W. Frank, National Park Service via AP

LES CONSÉQUENCES DIRECTES DU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Tout au long de sa tumultueuse histoire géologique, le paysage de Yellowstone a été façonné par le changement climatique et les inondations extrêmes. Aujourd’hui encore, les événements naturels changeants font partie intégrante de la vie dans l’ouest des États-Unis. Par exemple, l’année dernière, le parc national de Yellowstone a reçu ses plus faibles précipitations jamais enregistrées pour un mois de juin.

Ann Rodman, responsable des systèmes d’information géographique du parc national, qui travaille à la planification de l’adaptation au climat, pensait que cet été serait tout aussi sec. Il y a deux mois à peine, elle avait estimé que le risque d’inondation dans le parc était de 5 %. Puis une grosse tempête de neige s’est abattue sur les montagnes le 30 mai, après un printemps déjà frais et humide.

Elle s’attendait néanmoins à ce que ces gains d’humidité en montagne se tarissent dès le début des mois chauds.

À la mi-juin, le courant-jet a apporté un temps exceptionnellement humide, et de la pluie est tombée sur les montagnes déjà inhabituellement enneigées. Les températures chaudes ont aussi contribué à faire fondre le manteau neigeux. À mesure que les températures globales se réchaufferont, ces épisodes de pluie sur la neige devraient devenir plus fréquents à haute altitude dans l’ouest de l’Amérique du Nord, tandis que la diminution du manteau neigeux les rendra moins fréquents à basse altitude.

Le directeur de Yellowstone, Cam Sholly, a déclaré lors d’une conférence de presse ce mardi qu’il avait été informé que l’inondation pourrait être un événement millénaire. Dans les années 1990, le débit de la rivière Yellowstone avait atteint les 850 mètres cubes par seconde : l’une des mesures les plus élevées jamais enregistrées pour la rivière. Lors de la récente inondation, ces mesures ont atteint les 1 400 mètres cubes par seconde.

« Je ne m’attendais pas à ce qui s’est passé cette semaine », admet Rodman. Les précipitations de juin de cette année sont désormais plus de 400 % supérieures à la moyenne dans les régions du Montana et du Wyoming qui abritent également le Yellowstone. « Nous avons eu des pluies qui ont duré toute la nuit et toute la journée, et qui étaient assez torrentielles. Nous n’avons tout simplement jamais ce genre de pluie par ici. » Lundi, depuis sa maison à Gardiner, près de l’entrée nord de Yellowstone, elle a vu les logements des employés du parc glisser dans la rivière Yellowstone.

Des ouvriers de la voirie inspectent un pont emporté par les eaux le long de la rivière Yellowstone, le mercredi 15 juin 2022, près de Gardiner, dans le Montana. Plus de 10 000 visiteurs ont dû quitter le plus ancien parc national du pays suite à ces inondations sans précédent.

PHOTOGRAPHIE DE Rick Bowmer, AP Photo

Si les inondations actuelles correspondent globalement à ce à quoi Rodman et d’autres s’attendaient d’après les prévisions climatiques à long terme, elles sont surprenantes dans le sens où, au début du mois, elle était prête à faire des annonces concernant la sécheresse et les incendies dans le parc.

« Nous sommes d’accord pour dire que nous n’aurions pas pu anticiper ce qu’il s’est passé », déclare Rodman. « Alors, que devons-nous apprendre de cette situation, et à quoi devons-nous penser pour l’avenir ? »

 

SE PRÉPARER AU PIRE

Cette nécessité croissante de se préparer à des conditions qui peuvent évoluer rapidement explique la volonté du parc national de Yellowstone et du Service des parcs nationaux de planifier différents scénarios en fonction des conséquences du changement climatiques. Bruce Stein, scientifique en chef de la National Wildlife Federation, a collaboré avec le Service des parcs nationaux à l’élaboration d’un rapport de planification climatique pour 2021. Il affirme que, par rapport aux autres agences fédérales, l’organisation est « en avance sur son temps ».

Cependant, lui aussi a été pris au dépourvu. Il y a plusieurs années, lorsqu’il a formé les employés du parc national de Yellowstone à la planification climatique, ils se sont concentrés sur les éléments du parc qui attirent les visiteurs, tels que les bisons et les loups. Ils ne pensaient pas aux routes, aux ponts et aux maisons qui pouvaient être emportés par les eaux.

« Même lorsque nous essayons de faire de notre mieux pour planifier l’éventail d’événements possibles, nous finissons par être surpris », dit Stein. « Et je pense que les inondations du Yellowstone entrent en quelque sorte dans cette catégorie. [...] Ce que nous commençons à voir, ce sont ces scénarios inattendus et souvent pis encore que le pire des cas prévus. »

Suite aux récentes inondations, le parc national de Yellowstone et les petites villes du sud-ouest du Montana vont rejoindre les rangs des communautés qui se voient obligées de repenser leurs infrastructures, pour éviter de probablement finir par les reconstruire après la prochaine inondation.

« Il est vraiment clair que nos infrastructures ne sont pas adaptées pour faire face au changement climatique », déclare Whitlock. « Le fait que nous perdions ces routes, qu’il y ait ces glissements de terrain massifs et que des maisons soient emportées par les eaux signifie clairement que nous ne pensons pas assez aux impacts du changement climatique dans notre utilisation des terres et dans le développement de nos infrastructures. Et nous devons faire un meilleur travail à cet égard. Parce que c’est ça le coût, et c’est ça la tragédie. »

 

ET MAINTENANT ?

Le parc national de Yellowstone prend déjà en compte la planification climatique en pensant à la route de l’entrée nord, aujourd’hui disparue, qui permettait aux visiteurs de parcourir les 8 kilomètres qui séparent l’entrée nord du parc à Gardiner, très fréquentée, de son siège à Mammoth Hot Springs. Le directeur du parc a déclaré lors de la conférence de presse que la route ne sera pas reconstruite au même endroit, citant les changements qui se profilent à l’horizon.

« Je pense que c’est intelligent et tourné vers l’avenir », déclare Rodman. « [Le directeur] est très conscient de la nécessité de tenir compte des impacts potentiels du changement climatique lors de la planification des projets d’infrastructure. Je pense que l’événement récent a mis en évidence l’importance que peuvent avoir ces impacts. »

De même, le parc national de Denali, en Alaska, doit faire face à des fermetures de routes causées par la fonte du pergélisol ou permafrost, et étudie d’autres solutions que la réparation de la route, telles que la construction d’un pont au-dessus du glissement de terrain, ou le déplacement de la route.

En tant que planificateurs climatiques, Rodman et ses collègues sont confrontés quotidiennement à ces problèmes. « Ça affecte tout, alors comment faire preuve de réflexion avec des ressources limitées ? Quelle est la chose la plus efficace que l’on peut faire qui fera réellement la différence ? ».

Pour les millions de personnes qui aiment les parcs nationaux et Yellowstone, et pour ceux qui vivent dans la région, ou qui ont vu leurs programmes de vacances d’été être anéantis, ces événements sans précédent peuvent s’accompagner d’une forme de chagrin, voire de ressentiment.

Stein conseille au public d’essayer d’accepter l’inattendu, même s’il peut être déchirant et difficile de voir nos lieux préférés être remodelés rapidement, et parfois radicalement.

« Je pense que pour mieux comprendre et apprécier le concept de ce qu’est un parc naturel national, il faut accepter que des changements y ont toujours lieu », dit-il. « Et, bien sûr, ils se produisent désormais de manière accélérée. Ce qui rend les choses difficiles, c’est qu’un très grand nombre de ces changements accélérés sont dus à des impacts climatiques qui portent l’empreinte de l’être humain. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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