Environnement

France : néglige-t-on la sécurité nucléaire par facilité ?

La France est le pays le plus nucléarisé du monde et entre structures vétustes et négligences, les centrales nucléaires françaises seraient particulièrement exposées aux risques industriels et terroristes.

De Juliette Heuzebroc

Nouveau coup d’éclat remarqué pour Greenpeace en cette nuit du 12 octobre. Plusieurs militants se sont infiltrés dans l’enceinte de la centrale nucléaire de Cattenom en Moselle et ont tiré un feu d’artifice pour signifier le risque grandissant d’explosion des centrales en France. Cette action fait suite à un rapport plus qu’inquiétant publié par l’ONG ce mardi 10 octobre sur les dangers que représentent ces centrales pour les citoyens français et frontaliers.

 

LA FRANCE, PAYS LE PLUS NUCLÉARISÉ DU MONDE

Le pays est à ce jour équipé de plus de 58 réacteurs nucléaires et 63 piscines de combustible usé. Rapporté à la France métropolitaine, qui s’étend sur 551 500km², contre plus de 17 millions de km² en Russie, 2nde du classement. La présence d’un parc si étendu a été décidé par le plan Messmer en 1973 lorsque le gouvernement français avait opté pour la construction de 60 réacteurs sur 10 ans. Cette stratégie avait pour objectif d’offrir à la France une indépendance énergétique vis-à-vis, principalement, des pays pétroliers du Moyen-Orient. Si à l’époque le but fut atteint, l’arrivée de nouveaux types d’énergies tels que l’éolienne ou le solaire viennent aujourd’hui offrir des alternatives à la France sans remettre en cause son indépendance. S’ajoute à cela la détérioration de ses centrales.

 

L'URGENCE DE LA QUESTION DE SÉCURITÉ NUCLÉAIRE

S’il y a 40 ans, la France invoquait une véritable avancée technique de son histoire, les années qui se sont écoulées ont laissé des traces non-négligeables sur la qualité des structures, déjà instables par essence. Pour rappel, le procédé opéré dans les réacteurs consiste en la création d’énergie par la fission d’un noyau atomique d’uranium, matière chimiquement instable ; le réacteur sert alors de modérateur à la matière et à l’énergie dégagée. Pour créer cette fission, chaque centrale déverse un combustible à irradier dans le coeur du réacteur. C’est ce combustible qui est considéré comme matière hautement radioactive. Après utilisation, ce combustible est entreposé dans des piscines, bâtiments dans lesquels la matière refroidit pendant deux à trois ans avant d’être évacuée en usine de retraitement ou enterrée.

Ces piscines sont le principal point faible des centrales. Le rapport de Greenpeace, établi par 7 experts indépendants de l’organisation, énonce un fort défaut d’entretien et de négligence de ces piscines à combustible usé. Si le réacteur dispose d’une enceinte protectrice de confinement renforcée pour protéger des radiations, ce n’est en rien le cas de ces piscines. Avec le temps, elles se sont fortement fragilisées, les exposant à des actes de malveillance voire des attaques terroristes qui pourraient engendrer un déversement de la matière radioactive dans les sols et les canalisations du territoire, irradiant ainsi une majeure partie de la population française et frontalière.

Il est évident que le nucléaire n’est pas uniquement nuisible à la France. Mais si son utilisation a permis à la France de revenir dans le cercle des grandes puissances mondiales et lui assure une indépendance énergétique réelle, aujourd’hui sa présence excessive sur le territoire associée à de forts défauts d’encadrements remettent en cause la sécurité de ces structures et donc de toute la population. Les réclamations de Greenpeace à EDF sont claires : effectuer le renforcement des structures de confinement pour les piscines de combustible usé et ainsi prévenir d’un accident ou d’une attaque. En somme, la prévention plutôt que les réparations ; il n’y aura pas de retour en arrière possible.

 

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