La COP26, un sommet crucial pour sauver une planète en péril

Quelle que soit l’issue de ce sommet crucial, il est urgent de revoir nos ambitions à la hausse dans la lutte contre le changement climatique.

Publication 29 oct. 2021, 16:39 CEST
Un nuage de pollution flotte au-dessus de Lyon. La COP26, qui se réunira à Glasgow du ...

Un nuage de pollution flotte au-dessus de Lyon. La COP26, qui se réunira à Glasgow du 31 octobre au 12 novembre, cherchera à accélérer les efforts faits par les pays du monde entier pour limiter le réchauffement climatique.

Photographie de PHILIPPE DESMAZES, AFP, Getty Images

Inondations démesurées, feux de forêts titanesques, ouragans prodigieux et vagues de chaleur sans égal sont autant de catastrophes météorologiques forcenées qui bouleversent le monde et nous ramènent à une réalité qui refroidit : le climat a bel et bien commencé à changer et préjudicie en ce moment même des populations du monde entier.

C’est sur cette toile de fond sinistre que les dirigeants et les négociateurs du monde entier vont se retrouver à Glasgow pour deux semaines, à partir du 31 octobre, à l’occasion de la COP26. Ils vont tenter d’élaborer des stratégies pour répondre aux problèmes de plus en plus évidents et meurtriers posés par le changement climatique. Les nations hôtes, le Royaume-Uni et l’Italie, inciteront les pays participants à présenter des plans concrets pour que le globe ne se réchauffe pas de plus de 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle. La communauté scientifique prévient : franchir ce seuil, c’est se livrer à des ravages bien plus virulents que ceux qu’on observe aujourd’hui.

Cette « Conférences des parties » (d’où l’acronyme COP) tombe à un moment critique, pratique et symbolique, un an après avoir été repoussée à cause de la pandémie de Covid-19. « L’urgence de passer à l’action est plus évidente que jamais », déclare Rachel Cleetus, climatologue membre l’Union des scientifiques préoccupés (UCS). « Il est impensable de ne pas se montrer à la hauteur. »

 

QUELS SONT LES ENJEUX ?

La science n’a jamais été aussi limpide : les gaz à effet de serre, principalement des effluents de combustibles fossiles d’origine humaine, s’accumulent dans l’atmosphère et entraînent un réchauffement planétaire.

Nous avons déjà gagné 1°C depuis l’ère préindustrielle et exacerbé des phénomènes météorologiques extrêmes : les vagues de chaleur sont plus chaudes, les sécheresses plus graves, et tous ces changements en cascade (comme la montée du niveau de la mer) sont irréversibles à l’échelle temporelle qui est celle de l’humanité.

L’éminent rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publié en août corrobore cette conclusion. Il affirme sans ambiguïté que les humains sont responsables de ces changements et que les conséquences seront bien plus sévères si des mesures immédiates et extraordinaires ne sont pas prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Chaque dixième de degré supplémentaire a des impacts mesurables et aggravants. Dans le rapport du GIEC les chercheurs montrent qu’à 2°C supplémentaires, les effets du réchauffement s’aggravent de manière exponentielle par comparaison avec le seuil de 1,5°C. On y apprend aussi que les vagues de chaleur les plus intenses (qui ne se produisaient que tous les 50 ans en moyenne) ont cinq fois plus de chances d’arriver.

La solution ultime est d’arrêter d’utiliser des combustibles fossiles et de cesser toute émission de gaz à effet de serre tout en s’adaptant aux impacts inévitables dont nous avons déjà enclenché le moteur. Le GIEC donne également le « budget carbone » qu’il nous reste, soit la quantité de carbone qu’on peut encore émettre avant d’atteindre un réchauffement global de 1,5°C ou 2°C. Les chiffres sont rudes. Pour avoir 50 % de chances de se maintenir sous la barre des 1,5°C, nous ne devons pas dépasser 500 milliards de tonnes à compter de 2020, c’est-à-dire douze ans d’émissions à la cadence actuelle.

« Cela ne laisse pas de place pour la discussion et l’ambiguïté. Il est très clair que les humains sont à l’origine du problème et nous nous rapprochons très près du seuil à partir duquel nous ne pourrons plus rien faire », tonne Kaveh Guilanpour, spécialiste international des politiques climatiques au Centre pour les solutions climatiques et énergétiques (C2ES).

Il signale que la réussite ou l’échec de cette COP ne sera pas déterminée par un gros titre de journal en particulier ou par un épisode marquant. Ce sont des réunions généralement lentes, techniques, complexes ; et dans l’ensemble, elles font ce pour quoi elles sont faites : susciter l’ambition de faire face au changement climatique et d’agir.

 

ET QUELS SONT LES ENJEUX FRANÇAIS ET EUROPÉENS ?

En France, les émissions de gaz à effet de serre sont en baisse de 20 % en comparaison avec 1990, et de 23 % au niveau européen. Pourtant, sur cette même période, le thermomètre français, en métropole, a grimpé de 1,8°C.

Bien qu’en 2018, la France ait été classée deuxième après la Suisse par l’Université de Yale dans son classement mondial de l’Indice de performance environnementale, les efforts à fournir sont encore conséquents. La même année, quatre ONG se sont alliées et ont attaqué l’État en justice pour inaction en matière de lutte contre les changements climatiques. En moins de trois semaines, ils ont réuni plus de deux millions de signatures. L’État a finalement été condamné en octobre 2021 par la justice française et doit désormais réparer ses préjudices écologiques tout en agissant pour réduire ses émissions. La France s’est engagée à la neutralité carbone d’ici 2050 avec l’Europe et devra respecter son engagement, sous peine d’être sanctionnée par la justice.

La COP26 s’engage au sein d’une atmosphère pesante, compte tenu des enjeux de taille qui y seront discutés. « L’été cataclysmique que l’on a connu touche pour les premières fois les pays riches. […] Les événements de cet été, en Allemagne, sur le pourtour méditerranéen, ont renforcé la perception des populations européennes de l’urgence à lutter contre le réchauffement climatique » explique Mathilde Bord Laurans, Responsable de la division Énergie à l’Agence Française de Développement (AFD).

Tout comme 189 pays sur 197 reconnus, l’État français a signé les Accords de Paris en 2015. La France a développé une stratégie bas-carbone et mis en place des budgets carbone pour reconstruire une économie atténuée d’abord puis dénuée d’émissions à effets de serre ensuite.

« Aujourd’hui il y a véritablement une inflation législative. Les textes sont très nombreux, ce qui complique leur application. Ça devient très compliqué de s’y retrouver, même pour nous qui travaillons tous les jours avec le code de l’environnement » témoigne Pauline Leddet-Troadec, avocate en droit de l’environnement. « Le Pacte Vert qui fixe une neutralité carbone à 2050 est un objectif très ambitieux. Certains industriels sont prêts, d’autre moins. […] Mais aujourd’hui cela ne concerne pas que les industriels. C’est plutôt un besoin profond de modifier la manière dont le modèle économique est construit ».

 

LA COP, QU'EST-CE QUE C'EST ?

La COP, c’est le rassemblement annuel des 197 membres de la convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (UNFCCC). Lors de ces réunions, les pays membres discutent de la façon dont ils vont faire face aux menaces toujours plus périlleuses du dérèglement climatique. La première COP, qui s’est tenue en 1995, a rapidement mené à l’infortuné protocole de Kyoto, première tentative de coopération planétaire sur le climat qui a échoué dans sa tentative de contrôler les émissions de gaz à effet de serre.

Mais en 2015, les preuves scientifiques de l’origine du changement climatique avaient eu le temps de se solidifier et les conséquences de l’inaction étaient plus évidentes ; les épisodes extrêmes intensifiés par le dérèglement du climat faisaient les gros titres (canicules meurtrières, ouragans remarquablement dévastateurs, etc.) et la montée du niveau de la mer menaçait des nations entières. À la COP21 de Paris, presque chaque pays du monde a signé un pacte qui a fait date : l’accord de Paris.

Tous les signataires se sont engagés à mettre leur pays sur la bonne voie pour maintenir le réchauffement planétaire sous la barre des 2°C d’augmentation par rapport à l’ère préindustrielle, époque où les humains ne crachaient pas encore des quantités faramineuses de dioxyde de carbone et de gaz à effet de serre en tous genres dans l’atmosphère. Ils ont également convenu de faire de leur mieux pour rester sous la barre des 1,5°C.

Chaque pays avait donc besoin d’un plan pour réduire ses propres émissions ou, dans le cas des pays en développement, pour éviter qu’elles s’envolent. Chacun devait échafauder sa « contribution déterminées au niveau national » (ou NDC), un plan détaillant la manière dont le pays allait s’y prendre pour réduire ses émissions. Dans leur première NDC, les États-Unis annonçaient par exemple que d’ici 2025, leurs émissions seraient 26 à 28 % sous le niveau auquel elles étaient en 2005. La Chine a annoncé qu’en 2030, au maximum 20 % de son énergie serait d’origine non fossile. Des pays ambitieux comme le Costa Rica se sont engagés à tant réduire leurs émissions d’ici à 2030 que leur contribution au réchauffement serait bien en-dessous de la limite fixée.

Mais quand on a compilé les promesses faites par les pays après l’accord de Paris, les Nations unies se sont aperçues que nous ne déviions pas de la trajectoire des 3°C et que nous étions en fait plus proche de 4°C d’augmentation de la température. Autrement dit, les NDC n’allaient pas assez loin du tout.

Les rédacteurs de L’accord de Paris ont donc demandé aux pays de revoir leur NDC tous les cinq ans. Cela est censé faire pression sur eux pour qu’ils revoient leurs ambitions climatiques à la hausse.

Le premier chapelet de nouvelles NDC était exigible en 2020, juste avant la COP de Glasgow. Mais cette date butoir a été repoussée à cette année à cause de la pandémie. La majorité des nations ont déposé de nouvelles garanties.

Celles-ci constituent « la première mise à jour majeure » des NDC depuis l’accord de Paris, ce qui fait dire à David Victor, spécialiste des politiques climatiques de l’Université de Californie à San Diego : « C’est une réunion plutôt solennelle. C’est chaque pays de la planète qui met à jour ses promesses. C’est l’expression la plus complète de la quantité d’efforts [qui seront fournis] et des ambitions vis-à-vis du climat […] depuis Paris. »

 

COMMENT CELA SE PRÉSENTE-IL ?

D’après Kaveh Guilanpour, bon nombre de mises à jour sont assez ambitieuses et reflètent exactement le type d’objectifs plus ambitieux qu’espéraient les instigateurs de l’accord de Paris. Les États-Unis ont élevé leur objectif de réduction des émissions d’ici à 2030 de 50 à 52 % sous le niveau auxquelles elles étaient en 2005 ; le Royaume-Uni veut désormais atteindre 68 % des émissions de 1990, c’est un objectif 57 % plus ambitieux que lors de la COP21.

Malgré tout, les NDC ne vont pas assez loin. Certains gros émetteurs comme l’Inde et la Chine doivent encore proposer un nouveau plan, et d’autres comme la Russie, l’Australie et le Brésil n’ont fondamentalement pas revu leurs objectifs à la hausse. L’ONU a récemment passé en revue ces nouvelles promesses et si elles étaient tenues, la Terre se réchaufferait quand même de 2,7°C. À ce rythme, il est prévu que la courbe des émissions augmente encore de 16 % d’ici 2030 par rapport au niveau où elles étaient en 2010. Alors qu’elles sont censées diminuer de 45 %, taux recommandé par les chercheurs pour se maintenir sous la barre des 1,5°C.

D’une certaine manière, c’est une avancée importante par rapport aux premières NDC qui laissaient escompter à l’horizon 2030 des émissions plus élevées de 23 % par rapport à leur niveau de 2010 ainsi qu’un réchauffement de plus de 3°C par rapport à l’ère préindustrielle.

« Nous avons en réalité accompli une quantité stupéfiante de progrès, assure Victor Davide. Cela n’arrête pas le réchauffement, ça n’est pas largement sous les 2 degrés mais c’est […] bien mieux que la trajectoire fixée précédemment. Il est vraiment important de comparer les progrès à ce qui se serait passé autrement. »

Les spécialistes espèrent que la COP26 suscitera des efforts encore plus ambitieux. Cela permettrait de s’assurer que les pays atteignent bien leurs premiers objectifs mais aussi de faire en sorte que la prochaine série de NDC, exigible en 2025, soit assez pérenne pour que l’on reste aussi près que possible de la barre des 1,5°C. Certains pays élaborent des plans pour atteindre la « neutralité carbone » d’ici au milieu du siècle ; nombreux sont les négociateurs, les activistes et les dirigeants qui attendent que des promesses de neutralité voient le jour lors de cette COP.

Pour Rachel Cleetus, il est crucial de se souvenir qu’il ne suffit pas de revoir ses ambitions à la hausse, car il y a toujours un écart entre les promesses des pays et ce qu’ils font réellement. Dans un rapport annuel qui vient de paraître, le Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP) signale que seuls dix gros émetteurs sont en bonne voie pour tenir les promesses de leur première NDC.

« Des pays comme les États-Unis ont pris de bons engagements dans leur NDC, affirme Rachel Cleetus. Désormais il nous faut les mesures qui montrent que nous sommes sincères. »

« Paris c’était le ‘quoi’. Glasgow c’est le ‘comment’ », déclare Rachel Kyte de l’Université Tufts, qui explique que les négociateurs vont essayer de mettre le doigt sur des moyens pratiques et percutants pour avancer vers ces objectifs.

Mais les NDC ne peuvent pas régler tous les problèmes et les dirigeants cherchent à économiser du carbone ailleurs.

Le Britannique Alok Sharma, président de la COP26, a annoncé qu’un des objectifs majeurs est de décrocher plus d’engagements à sortir du charbon. C’est l’énergie fossile la plus polluante et on l’utilise partout dans le monde. Plusieurs pays (la Chine notamment) ont d’ores et déjà annoncé qu’ils allaient arrêter de financer de nouvelles centrales au charbon à l’international, même s’ils continueront d’en construire à l’intérieur de leurs frontières.

« À Glasgow, vous allez entendre la marche funèbre pour le financement du charbon », prédit Rachel Kyte ; et, espérons-le, nous entendrons aussi des conversations substantielles sur le financement d’énergies vertes pour le remplacer.

Les dirigeants veulent également façonner un accord pour que davantage de pays s’engagent à lutter rapidement contre la pollution au méthane. Le méthane, gaz à effet de serre 84 fois plus puissant que le dioxyde de carbone à court terme, est un des principaux coupables du réchauffement qui nous attend dans les décennies à venir. En réduire les émissions de 30 % (objectif annoncé de l’engagement) pourrait nous épargner au moins 0,2°C à l’horizon 2050.

Alok Sharma animera également des conversations dans le but de mettre complètement fin à la vente de véhicules à essence avant 2035 et d’établir des règles permettant de limiter plus vigoureusement la déforestation.

 

JUSTICE ET ÉQUITÉ

Un des autres sujets de cette COP26 sera l’équité. Les pays développés comme les États-Unis, qui sont responsables de l’essentiel des changements climatiques qu’on observe actuellement, ont accepté lors de l’accord de Paris d’aider les pays moins développés à s’adapter aux dangers du réchauffement et à croître de manière durable, notamment en développant des projets mobilisant des énergies renouvelables plutôt que des combustibles fossiles.

Selon Yamide Dagnet, ancienne négociatrice et spécialiste des politiques climatiques à l’Institut des ressources mondiales (WRI), il sera difficile, voire impossible, de bâtir des sources d’énergie dans les pays en développement sans y diriger rapidement beaucoup d’argent. « Il faut que les investissements circulent. »

Les pays développés se sont mis d’accord pour créer un « fonds vert pour le climat » pour soutenir financièrement à la fois l’adaptation et la croissance verte. Le fonds était censé allouer 85,6 milliards d’euros chaque année. Mais jusqu’ici il n’a distribué que 80 milliards d’euros par an, et le plan de financement du programme ne court pas au-delà de 2025. Et de nombreux dirigeants de pays en développement soutiennent que c’est loin d’être assez. Pour Yamide Dagnet, il est crucial que les représentants examinent ces défaillances.

« Il y a une crise de confiance : vous demandez [aux pays en développement] d’en faire plus alors que les pays développés n’ont pas fait ce qu’ils devaient faire », tance-t-elle. Il faut au minimum que cette promesse financière soit tenue.

Autre réalité sinistre, les nations ne vont pas être en mesure de s’adapter à tous les dégâts liés au dérèglement climatique qui vont se présenter à elles. Certaines subiront (et subissent déjà) des pertes irréversibles : par exemple, la montée du niveau de la mer menace déjà de submerger complètement des pays insulaires. Quant aux pays développés, ces « pertes et dégâts » existentiels ne sont pas de leur faute. Ils ont besoin d’un soutien financier (et de coopération politique internationale) pour les compenser et pour pouvoir s’adapter.

« Que se passe-t-il quand vous perdez vos terres et votre héritage culturel ? demande Yamide Dagnet. C’est affaire de justice, d’injustice climatique, et il faut que des progrès soient faits. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

Margot Hinry a contribué à cet article.

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