La réserve naturelle des Terres australes françaises devient la deuxième plus grande réserve au monde

« Agrandir ces terres, c’est préserver la biodiversité, assurer le maintien des espèces et la bonne santé de nos océans. »

De Margot Hinry
Publication 7 mars 2022, 14:27 CET
Manchots royaux photographiés dans la réserver naturelle des TAAF.

Manchots royaux photographiés dans la réserver naturelle des TAAF.

PHOTOGRAPHIE DE @ Clément QUETEL

Au début du mois de février 2022, le président Emmanuel Macron annonçait l’extension de la réserve naturelle nationale des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). La réserve devient la plus grande aire marine protégée française et la deuxième plus grande au monde, couvrant une surface totale de 1,6 million de km².

Au sud de l’océan Indien, ces eaux protégées abritent un patrimoine naturel et un écosystème marin d’une grande valeur. Afin de protéger et de pérenniser au mieux « ce sanctuaire de biodiversité », la France a décidé en 2006 de créer une réserve naturelle en incluant l’ensemble des terres des archipels Crozet et Kerguelen et des îles Saint-Paul et Amsterdam. Les terres australes sont depuis protégées, ainsi que 52,5 % de leurs eaux territoriales, soit 15 700 km².

En 2016, après des travaux menés par des scientifiques, les terres australes et maritimes françaises ont été élargies afin de renforcer la protection du patrimoine naturel marin. Les TAAF atteignent alors une surface de 672 969 km².

Quelques années plus tard, en 2019, l’UNESCO a classé au patrimoine mondial ces vastes terres du sud de l’océan indien. Ces terres forment l’un des derniers lieux de naturalité de la planète, selon l’UNESCO. La faune et la flore s’y épanouissent loin des activités humaines. « Cette "oasis" au cœur de l’océan austral abrite et entretient l’une des plus fortes concentrations et diversités d’oiseaux et de mammifères marins au monde ».

L’annonce de cette nouvelle expansion permet de protéger « la totalité des zones économiques exclusives des trois districts, sur plus de 1,6 million de km², soit 15 % du domaine maritime français ». Selon Yan Ropert Coudert, chercheur du Centre d'Etudes Biologiques de Chizé au CNRS, c’est une excellente nouvelle pour la biodiversité. Le scientifique reste toutefois sceptique et souhaite observer le niveau de protection des TAAF sur le long terme. « Le fait que ce soit la deuxième plus grande [aire protégée], c’est très bien, mais il ne faut pas que ça devienne juste du comptable. La bonne nouvelle, c’est que l’on va dans la bonne direction. On regarde ce qu’il se passe et on essaie de faire en sorte que les impacts de l’Homme soient inexistants, quand on le peut. »

 

PROTÉGER LES TERRES ET LE VIVANT

Afin d’assurer la protection de ces gigantesques espaces naturels, de nombreuses équipes doivent travailler sur le terrain. « Pour réussir à gérer des aires aussi grandes, ça demande de la présence, du suivi. Il y a plusieurs types d’outils, pas que les bateaux. Les satellites, les oiseaux espions qui ont des balises sur le dos et sont capables de croiser des bateaux et de les identifier grâce à leurs balises d’identification automatique. […] On a plusieurs formes de contrôle, mais ce n’est pas extensible à l’infini, donc il faut voir comment on gère » se questionne le scientifique.

Gauche: Supérieur:

Eléphants de mer photographiés dans la réserve naturelle des TAAF.

Droite: Fond:

Dauphin de Commerson photographié dans la réserve naturelle des TAAF.

Photographies de @ Thibaut THELLIER

Selon un communiqué du ministère des Outre-Mer, non seulement la réserve naturelle nationale s’élargit, mais elle sera également accompagnée d’un « renforcement de l’encadrement et du contrôle des activités humaines présentes dans les eaux australes et susceptibles d’impacter le patrimoine naturel ».

D’après les résultats du projet Ocean Sentinel, publié en 2020 dans PNAS, « plus du tiers des bateaux rencontrés par les oiseaux dans les eaux internationales n’étaient pas déclarés ». Les bateaux non déclarés sont synonymes de pêche illicite qu’il est plus difficile à contrôler. « Le problème, c’est surtout la pêche illégale. Il y a notamment beaucoup de pêcheries asiatiques qui viennent dans ces eaux-là pour se servir. Il y a de la surpêche ailleurs, donc il faut aller chercher les poissons toujours plus loin. C’est sur ça qu’il faut, à mon avis, mettre une grosse pression » confirme le chercheur.

La surpêche est contrôlée par des quotas, rappelle le chercheur : « nous avons réussi à ce qu'il n'y ait plus de surpêche dans cette zone. Certaines zones vont être totalement interdites à la pêche, avec une protection renforcée. Il y en a d’autres où les quotas vont être plus surveillés ».

Les TAAF offrent une structure stable et très peu, voire pas du tout, modifiée par l’activité humaine, ce qui assure à long terme le maintien et la protection d’espèces protégées et en danger.

Sur place, les archipels et îles de la réserve naturelle sont essentiellement composés de paysages volcaniques avec différents climats selon chaque localisation. La faune et la flore sont d’une grande variété, plusieurs espèces de manchots cohabitent, dont les manchots royaux (Aptenodytes patagonicus), menacés d’extinction à l'horizon 2100 selon une étude du CNRS. À leurs côtés, de nombreux oiseaux marins tels que les albatros ou les pétrels y trouvent refuge, ainsi que des otaries, des éléphants de mer, des orques et bon nombre de mammifères marins.

De nombreuses espèces sont protégées, « par exemple, il y a l’albatros d’Amsterdam qui est vraiment vulnérable. Il a souffert de l’introduction de virus qui ont contribué à décimer sa population. Si on n’enlève pas les risques de capture accidentelle en plus de ces menaces qui existent déjà, on peut courir à la catastrophe et à l’extinction, donc c’est effectivement des populations qu’il faut protéger » étaye Yan Ropert Coudert.

Afin de répondre aux enjeux écologiques, le gouvernement français prévoit également de renforcer la protection de certaines zones des eaux de Saint-Paul et Amsterdam. L’objectif est de s’assurer qu’aucune activité industrielle ou commerciale ne puisse impacter le territoire par tout type de rejet toxique.

L’enjeu majeur est de réussir à préserver cet écosystème dans sa globalité. « C’est indissociable, quand on parle d’un habitat, on englobe à la fois le biotope et le côté physique. On va essayer de protéger les récifs, les poissons, les planctons qui se développent à certains endroits plus qu’à d’autres et attirent la faune au-dessus, les consommateurs secondaires, les consommateurs primaires, les supers prédateurs… C’est tout un écosystème que l’on essaye de protéger » conclut le chercheur du CNRS.

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