Environnement

Le changement climatique pourrait changer la couleur des océans

Au cours du siècle prochain, une intensification des couleurs bleue et verte des océans devrait se produire.

De Sarah Gibbens
Une prolifération de phytoplancton dans la mer de Barents le 14 août 2011. Le cliché a été pris par MODIS (Spectromètre imageur à résolution modérée) depuis le satellite Aqua.

D'ici 2100, les océans auront sans doute changé de couleur.

C'est ce que révèle une étude publiée lundi 11 janvier dans la revue Nature Communications. Ses auteurs sont parvenus à cette conclusion après avoir modélisé la façon dont le phytoplancton changera au fur et à mesure du réchauffement des océans. Si nous ne réduisons pas nos émissions de gaz à effet de serre, les régions subtropicales des océans, plus bleues, le deviendraient encore plus, tandis que le vert des régions situées le long de l'équateur et des pôles gagnera en intensité.

Loin d'être une simple curiosité de la nature, ce changement de couleur alerte quant aux terribles modifications internationales qui se produiront sur une planète où la température augmente avec le changement climatique, avertissent les auteurs de l'étude.

 

LA MOITIÉ DES OCÉANS CONCERNÉS

Nous savons que la couleur de l'eau change régulièrement selon les saisons, mais le réchauffement des océans pourrait altérer pour toujours les mosaïques de bleu et de vert observées depuis l'espace. 

La lumière du soleil pénètre jusqu'à plus de 180 m de profondeur sous la surface de l'océan. Tout ce qui se trouve au-delà est plongé dans la pénombre. Au-dessus, la majorité des molécules d'eau sont capables d'absorber toutes les couleurs, à l'exception du bleu. C'est la raison pour laquelle celui-ci est réfléchi.

Si la couleur de l'eau change, c'est à cause de la matière organique qui tapisse la surface de l'océan, comme le phytoplancton. En grande majorité, ce dernier contient de la chlorophylle, un pigment vert qui absorbe la lumière du soleil dont les plantes ont besoin pour se nourrir. Au fur et à mesure que les océans se réchauffent, les courants marins deviennent plus irréguliers et les couches océaniques se stratifient de plus en plus. En d'autres termes, les régions chaudes ne se mélangent plus aussi facilement avec les régions froides. Il existe des milliers d'espèces de phytoplancton, qui sont adaptées à vivre dans les eaux froides ou dans les eaux chaudes. À mesure que le réchauffement des océans se poursuit, certaines espèces risquent de disparaître, tandis que d'autres vont prospérer ou migrer vers des régions différentes.

Toutefois, ce n'est pas seulement en s'intéressant à la chlorophylle que les scientifiques vont pouvoir déterminer comment le changement climatique modifie le phytoplancton. En effet, des phénomènes naturels comme El Niño et La Niña peuvent avoir une influence sur la quantité de phytoplancton concentré dans une zone donnée.

Par conséquent, l'équipe de recherche s'est tournée vers les satellites pour mesurer dans son ensemble la lumière réfléchie.

Stephanie Dutkiewicz, auteure principale de l'étude, a indiqué que ce même modèle avait précédemment servi pour étudier la manière dont les océans plus chauds modifieront le comportement du phytoplancton. Ce modèle prend en compte les mouvements et le cycle de vie du phytoplancton dans les courants marins. En utilisant ce même modèle, les scientifiques ont ensuite estimé en se basant sur le nombre d'organismes présents, quelle serait la quantité de lumière réfléchie dans une région donnée.

Et ils sont arrivés à la conclusion suivante : d'ici 2100, la moitié des océans de la planète seront plus bleus et plus verts qu'aujourd'hui.

 

UN CHANGEMENT ÉVITABLE SI NOUS RÉDUISONS NOS ÉMISSIONS

« Ce qui était particulier avec ce modèle, c'est qu'il suggère que les légers changements de couleur constituent une alerte précoce », explique la scientifique. « Le phytoplancton est la base du réseau trophique marin. L'ensemble des êtres vivant dans les océans ont besoin de phytoplancton pour vivre. Les conséquences se feront sentir sur l'ensemble de la chaîne alimentaire. »

Les projections des scientifiques se basaient sur un réchauffement de la planète de l'ordre de 3 °C d'ici 2100. En novembre dernier, l'Organisation météorologie mondiale a annoncé que la Terre connaîtrait un réchauffement de 3 à 5 °C d'ici la fin du siècle.

D'après Stephanie Dutkiewicz, son modèle se base sur une « planète bien plus chaude. » Si d'importantes mesures de lutte contre le réchauffement climatique sont mises en œuvre, la couleur des océans pourrait rester la même.

Cela nécessiterait une forte réduction des émissions de gaz à effet de serre découlant de la combustion des énergies fossiles.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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