Le commandant Cousteau, inventeur génial et écologiste de terrain

Un documentaire disponible sur Disney+ rend hommage au travail de l’explorateur français, qui le premier a donné l’alerte sur la situation des barrières de corail et sur l’immersion de déchets nucléaire.

Publication 25 nov. 2021, 11:03 CET
Jacque-Yves Cousteau portrait

Jacques-Yves Cousteau a dévoilé les profondeurs des océans puis il a passé sa vie à essayer inlassablement de convaincre les autres de les préserver pour les générations futures.

Photographie de Yousuf Karsh

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En 1992, au sommet de Rio, on pouvait voir des célébrités comme Jane Fonda et Pelé côtoyer des représentants comme le Dalaï-lama et George Bush. Mais au moment de prendre la photo officielle, présidents, premiers ministres et dirigeants du monde entier n’avaient d’yeux que pour un seul personnage public. Alors qu’ils se regroupaient, ils ont insisté pour que Jacques-Yves Cousteau les rejoigne.

L'explorateur, océanographe et défenseur de la nature, qu’on a surnommé « Capitaine Planète », était venu pour demander aux dirigeants de reconnaître aux générations futures le droit de jouir d’une planète non polluée, responsabilité que l’ONU a fini par endosser. Près de trente ans plus tard, on se souvient toujours de Jacques Cousteau pour ses contributions indélébiles à notre vision du monde et de l’environnement. Voici comment il s’y est pris pour inscrire l’environnement à l’ordre du jour international.

L’océanographe français Jacques Cousteau rit en compagnie des dirigeants de la Roumanie, de la Papouasie Nouvelle-Guinée, de Cuba et d’autres pays au sommet de Rio qui s’est tenu en 1992.

Photographie de Omar Torres, AFP, Getty Images

1. IL A MONTRÉ LE MONDE SOUS-MARIN

Le commandant Cousteau est connu pour avoir été un des pionniers de la plongée au milieu du 20e siècle. Ancien officier de marine, Cousteau a peu à peu été amené à s’intéresser à l’exploration des océans. En 1943, alors qu’il était à la recherche d’une façon de rendre les profondeurs accessibles aux plongeurs indépendants, il effectue des modifications sur un équipement de respiration sous-marine qui existait déjà de manière à permettre aux plongeurs de rester sous la surface plus longtemps sans être attachés à un tuyau d’air relié à un bateau.

C’est alors que le détendeur de plongée, ou « Aqua Lung », voit le jour. Celui-ci administre de l’air à la demande et à la pression désirée. L’appareil a libéré les plongeurs de leur bateau et leur a permis d’aller voir ce qui se passait sous la surface. Un monde vaste et vierge qui fourmillait de vie inconnue les y attendait.

Grâce à la plongée on pouvait désormais faire des recherches scientifiques, découvrir de nouvelles espèces, se débarrasser des mines et même organiser des fouilles archéologiques sous l’eau. Mais Jacques Cousteau, malgré son génie, n’a dissipé qu’une infime partie du mystère des profondeurs : à ce jour, 80 % des océans demeurent inexplorés.

Avec l’Aqua Lung et son appareil photo, Cousteau explore les environs de Précontinent II, un village sous-marin qu’il a construit sur le plancher de la mer Rouge. En 1943, il a effectué des modifications sur un équipement de respiration sous l’eau et est devenu le père de la plongée sous-marine.

Photographie de Robert B. Goodman, National Geographic Creative

2. IL NOUS A MONTRÉ POURQUOI IL FALLAIT PRENDRE SOIN DES OCÉANS

Cousteau était fasciné par l’idée de faire des photos sous l’eau et s’est assez tôt mis à modifier et à inventer des équipements photographiques comme la « luge sous-marine » qui lui a permis de filmer sur le plancher de l’océan. Après avoir amélioré l’équipement de plongée, il a travaillé avec Harold Edgerton, professeur de l’Institut de technologie du Massachussets (MIT), pour mettre au point des projecteurs adaptés aux conditions sous-marines extrêmes. Grâce à ses lumières stroboscopiques qui illuminaient les animaux et à ses projecteurs capables de faire le jour en eau profonde, Cousteau a permis de révéler ce qui se tramait dans les fonds marins.

Il est aussi à l’origine du premier véritable appareil photo sous-marin, le Calypso, du nom de son célèbre navire. Cet appareil de 1961 pouvait être utilisé jusqu’à 180 mètres de profondeur et fonctionnait également en surface. Grâce à cette innovation ainsi qu’à d’autres, il a été possible de prendre des photos et même de filmer sous l’eau. Les images saisissantes prises par Cousteau avaient d’ailleurs été publiées dans National Geographic, qui avait eu l’honneur de financer certaines de ses explorations.

Grâce à ses photographies étourdissantes et à des films influents comme Le Monde du silence (1956), Le Monde sans soleil (1964) et Voyage au bout du monde (1977), Cousteau a transformé en art ce qui n’était à l’origine qu’un médium. L’avènement de la photographie sous-marine n’a pas profité qu’aux explorateurs et aux scientifiques, il a permis au public de comprendre les merveilles de l’océan et de se sentir concerné par leur sauvegarde.

 

3. SON COMBAT POUR LES RÉCIFS CORALLIENS

Sa vie au contact des créatures marines l’a fait passer des « films d’aventure », pour reprendre ses mots, à la défense de toute forme de vie marine. Sa vie sous l’eau lui a permis de saisir toute l’importance des récifs coralliens et des plantes et animaux sous-marins. Cousteau a fait partie des premiers à documenter l’usage du sonar chez les dauphins ; il a également découvert de nouvelles espèces et même identifié des bassins volcaniques inconnus sur le plancher océanique.

Bien que Cousteau ait fait office d’ambassadeur des océans pendant sa longue vie, son palmarès a été terni par des accusations de cruauté envers les animaux dont il se serait rendu coupable au début de sa carrière. Dans une biographie sur son père, Jean-Michel Cousteau écrivait que l’explorateur utilisait et tuait des animaux marins capturés et leur réservait des traitements insensibles. Dans un de ses films, Cousteau fait la démonstration de la pêche à l’explosif, technique dont se servaient les premiers plongeurs et qui consistait à jeter de la dynamite dans l’eau pour recenser la vie animale à un endroit donné en faisant remonter à la surface des créatures qui autrement fuient les plongeurs.

Pourtant, à la fin de sa vie, Cousteau avertissait les humains qu’ils étaient en train d’épuiser et de dévaster les océans, qu’ils menaçaient la vie animale et qu’ils étaient sur le point de détruire les récifs coralliens. En 1974, il confiait à Paul Dustan qu’il soupçonnait que les humains étaient responsables de la dégradation de ceux-ci. Selon la communauté scientifique, dix années nous séparent de la destruction du corail par le blanchissement et le changement climatique, entre autres menaces.

 

4. IL A DONNÉ L'ALERTE SUR LES DÉCHETS NUCLÉAIRES

En passant de plus en plus de temps dans l’eau, Cousteau s’est inquiété de l’intention des gouvernements d’immerger des déchets nucléaires dans les océans et les mers du monde. En 1959, après avoir appris que le gouvernement français voulait déposer ses déchets nucléaires dans la Méditerranée, Cousteau a pris part à une campagne publique d’information massive et est devenu un fervent opposant à la fois à l’énergie nucléaire et à l’utilisation des océans comme zones d’enfouissement des déchets.

Sa campagne a été un succès et il a poursuivi sa lutte acharnée contre la pollution des océans grâce à sa fondation, à ses livres et à ses interventions publiques. « Nous voulons pour tous le droit de décider des risques que l’on prend ou non et de préserver la qualité de la vie pour les générations à venir », écrivait-il dans un pamphlet en 1990.

 

5. TOUS RESPONSABLES POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES

Son exploration inlassable des profondeurs l’a mené à ressentir une grande responsabilité non seulement pour les humains et les animaux de son temps, mais aussi pour la vie future. En 1991, il a commencé à réunir des signatures pour une pétition pour les droits des générations futures dans le but de faire pression sur les Nations unies pour que celles-ci modifient leurs statuts pour y inclure le droit de celles ceux qui ne sont pas encore né.e.s à jouir de la nature.

Cousteau a fini par réunir neuf millions de signatures dans le monde entier et, en 1997, l’UNESCO a fait une déclaration sur les responsabilités des générations présentes à l’égard de celles à venir. On y lit notamment qu’elles ont la responsabilité de « léguer aux générations futures une Terre qui ne soit pas irréversiblement endommagée par l’activité humaine ».

Cousteau a rappelé ces obligations lors de la conférence des Nations unies à laquelle il participait en 1992. « Les générations futures ne nous pardonneront pas d’avoir délibérément gâché leur dernière opportunité, a-t-il dit. Mettons fin à ce génocide à retardement ! Cessons de ne penser qu’à nous-mêmes et de raisonner uniquement à court terme […] Il en va de notre responsabilité, car nous tenons entre nos mains l’avenir des générations exigeantes de demain. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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