Environnement

Le ''vortex de déchets du Pacifique nord'' ferait trois fois la taille de la France

Une nouvelle étude vient de démontrer que cette décharge flottante est 4 à 16 fois plus étendue que ce qui avait été précédemment estimé.

De Juliette Heuzebroc

Le « vortex de déchets du Pacifique nord  » (Great pacific garbage patch, GPGP) correspond à une énorme masse d’ordures située dans l’océan Pacifique entre Hawaï et la Californie. Elle fait partie des cinq zones de déchets que l’on peut trouver dans cet océan et qui forment ce que l’on appelle le « 7e continent ». Découverte en 1997 par l’océanologue Charles J. Moore, la zone n’a cessé de croître sous l’effet des courants marins. L’association Expédition 7e continent explique que « sous l’effet de la rotation de la Terre, les courants marins créent ce que l’on appelle des gyres océaniques. Ces énormes tourbillons tournent dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère Nord, et en sens inverse dans l’hémisphère Sud. Tôt ou tard, les déchets plastiques se retrouvent piégés dans ces gyres. »

 

LA GPGP, UNE MASSE EN CROISSANCE PERMANENTE

Une nouvelle étude publiée dans la revue Scientific Reports vient de montrer que la zone s’étendrait sur plus de 1,6 millions de km², soit trois fois la taille de la France continentale. Cette surface est 4 à 16 fois supérieure aux estimations des précédentes études. Cette disparité des résultats s’explique principalement par la différence des angles d’analyse : les premiers rapports se concentraient sur les microplastiques tandis que l’équipe de Laurent Lebreton, auteur principal de l’étude, a pris en compte tous les types de déchets présents dans la masse.

Les experts ont donc constaté que la zone surtout composée de sacs, de bouteilles, d'emballages ou de filets, représentait un amas de plus de 1,8 milliard de morceaux de plastique, soit 80 000 tonnes flottant dans l’océan Pacifique. Jusqu’à présent, les scientifiques pensaient que le « vortex d’ordures » était principalement composé de microplastiques. Ce nouveau rapport démontre qu’en réalité trois quarts de la masse correspond à des plastiques de plus de 5cm, dont la moitié serait du matériel de pêche abandonné.

L’augmentation de cette zone serait liée à l’accumulation de la pollution plastique en mer mais également aux nombreux débris relâchés en mer suite au tsunami qui a frappé les côtes japonaises en 2011.

 

LES « FILETS FANTÔMES »

L’accumulation de ces déchets représente une forte menace pour les espèces sous-marines. Tout particulièrement ce que l’on appelle les filets et cordes « fantômes » qui flottent dans la masse et qui tuent régulièrement des poissons, des tortues et autres mammifères marins. Sans compter l’ingestion des microplastiques qui, en entrant dans la chaîne alimentaire, détruisent les organismes de la faune sous-marine.

L’écologiste néerlandais Boyan Slat, fondateur de Ocean Cleanup, tente d’organiser la riposte avec une équipe de 75 ingénieurs : « Ces résultats nous fournissent des données-clés pour développer et tester notre technologie de nettoyage, mais il souligne également l'urgence de s'attaquer au problème de la pollution plastique ».

D’après lui, la bonne nouvelle résiderait dans le fait que les débris sont plus gros qu’on ne le croyait et donc plus simples à collecter. Grâce à la technologie que Boyan Slat et ses équipes développent, ils espèrent pouvoir évacuer 50 % du vortex en 5 ans. S’il s’agit d’une belle avancée, elle ne comprend cependant pas le nettoyage des mircoplastiques, particules que nous retrouvons aussi bien dans l’organisme des poissons que nous mangeons que dans l’eau publique.

 

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