Environnement

Les quatre prochaines années pourraient être anormalement chaudes

Une étude portée par le CNRS et l'Université de Southampton démontre que le réchauffement climatique serait accentué par l'augmentation intrinsèque des températures terrestres.

De Guillaume Marchand
Un ours polaire se tient sur un iceberg près de l'île de Svalbard, un archipel norvégien situé dans l'océan Arctique.

L’année 2018 a été marquée par une saison estivale caniculaire et des températures élevées. Une tendance qui ne devrait pas faiblir si l'on en croit une étude dirigée par Florian Sévellec, chercheur au CNRS au Laboratoire d'océanographie physique et spatiale localisé à Brest, en collaboration avec  l'Université de Southampton.

D’après les résultats obtenus par ce professeur associé en physique des océans, la période 2018-2022 risque d’afficher des températures encore plus chaudes que prévues, et ce sur l’ensemble du globe. Un phénomène qui se profile notamment au vu de la faible probabilité d’épisodes de froid intense.

Au début des années 2000, une pause dans le réchauffement climatique a été observée par les climatologues. Un phénomène connu sous le nom de « hiatus climatique ». Celui-ci correspond à un plafond thermique au cours duquel le refroidissement naturel de la Terre compense le réchauffement occasionné par l'activité humaine, principalement via l'émission des gaz à effet de serre.

La montée inopinée des températures rapportée dans la publication parue dans Nature Communications ne serait pas uniquement due à l’activité humaine mais également à la variation climatique naturelle. Les changements de températures de notre planète suivent, en effet, des cycles de plusieurs années au cours desquels périodes d’augmentation et de diminution de la thermostat se succèdent. Ces transitions demeurent cependant assez stables notamment grâce à la présence des océans qui régulent le climat, une stabilité essentielle pour le développement de la vie.

La planète Terre est actuellement dans une phase de réchauffement globale. Si le dérèglement climatique reste en grande majorité d’origine anthropique, celui-ci est empiré par l’augmentation exponentielle des températures du cycle climatique terrestre. Outre la température de l’air anormalement élevée entre 2018 et 2022, la surface de l’océan sera la plus touchée par la montée du mercure.

La probabilité d’épisodes de fortes chaleurs est effectivement très élevée dans ce milieu, des conditions qui peuvent générer par la même occasion une forte activité cyclonique. Il existe de nombreux mécanismes influant sur les variations climatiques naturelles. Tous ont des cycles plus ou moins longs qui, ensemble, influent à leur échelle sur le climat mondial. L’oscillation atlantique multidécennale (Atlantique-Nord) en fait partie. Ce mécanisme de variation thermique a « une signature notamment sur la surface de l’océan atlantique avec une répétitivité sur plusieurs décennies » explique Florian Sévellec, joint par téléphone par National Geographic. « Suivant la phase où elle est, elle peut influencer la température ressentie à la surface de la Terre ».

 

UN NOUVEL OUTIL DE PRONOSTIC CLIMATIQUE

Cette prédiction a été réalisée grâce à une nouvelle méthode : un algorithme répondant au doux nom de Probabilistic forecast (ProCast). L’instrument mathématique a calculé l’évolution des températures en prenant en compte les projections des émissions de gaz à effet de serre et les fluctuations thermo-cycliques de la Terre. Les variations oscilleraient donc, selon les phases, de +/- 0,01°C à 0,03°C par an.

Le système algorithmique ProCast à l’origine de cette conclusion est avant tout une méthode statistique de prévision climatique à l’échelle de la planète. Il se base sur les modèles de simulation du climat des 20e et 21e siècles utilisés dans le cadre du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). « Les bases de données de ces modèles comprennent des analogues, chacun d’entre eux étant une possibilité future pour les cinq prochaines années » précise Florian Sévellec « ProCast calcule à partir de ces analogues la principale probabilité du déroulé des projections ». Le chercheur déduit ainsi à partir des archétypes passés le possible devenir de notre planète.

Le fonctionnement de ProCast est très rapide puisque qu’il peut calculer en seulement quelques secondes la prédiction des climats contre une semaine pour un supercalculateur aux simulations classiques. Cette rapidité d’exécution est due à l’utilisation « d’une base de données préexistante ». Encore à l’étude, ce procédé semblerait aussi précis et fiable que les méthodes actuelles.

Les années à venir seront donc sous le signe du soleil et de la chaleur, une bonne nouvelle pour certains mais une mauvaise pour d’autres. Ce qui est sûr c’est qu’il s’agit « d’une seule étude, il faut en regarder d’autres qui ont utilisé à ces échelles-là d’autres méthodes et d’autres groupes » afin de les confronter et ainsi de renforcer la simulation la plus réaliste et la plus objective possible.