Seconde main, location, vêtements neufs : quel choix est le plus écologique ?

Acheter d'occasion est-il toujours le choix le plus durable ? Les experts s'accordent sur certains principes, mais nuancent aussi les promesses de la seconde main, de la location et même de la mode dite durable.

De Avery Schuyler Nunn
Publication 10 août 2026, 14:12 CEST
La fast fashion, un modèle économique qui repose sur la fabrication rapide et peu coûteuse de ...

La fast fashion, un modèle économique qui repose sur la fabrication rapide et peu coûteuse de vêtements, contribue à l’augmentation de l’empreinte environnementale de l’industrie de la mode.

PHOTOGRAPHIE DE Triocean, Adobe Stock Images

La fast fashion, un modèle économique qui repose sur la fabrication rapide et peu coûteuse de vêtements, contribue à l’augmentation de l’empreinte environnementale de l’industrie de la mode.

PHOTOGRAPHIE DE Triocean, Adobe Stock Images

L'industrie de la mode contribue directement au changement climatique et à la pollution plastique. Elle génère entre 4 et 8 % des émissions mondiales de carbone et une étude a estimé qu'en 2019, le secteur de la mode à lui seul a été responsable de 8,3 millions de tonnes de déchets plastiques. 

Selon une étude scientifique publiée dans la revue Nature en 2020, les vêtements fabriqués à bas coût et rapidement, un modèle économique connu sous le nom de fast fashion, contribuent à l’augmentation de l’empreinte environnementale de l’industrie de la mode. 

Pour comprendre ce que cela implique pour les êtres humains, la faune et la planète, nous avons échangé avec Emma Håkansson, directrice fondatrice de Collective Fashion Justice, et Karen Pearson, chimiste au Fashion Institute of Technology (FIT) à New York, une école spécialisée dans la mode. Elles nous ont expliqué ce que signifie vraiment le terme « fast fashion », et comment les consommateurs et les institutions peuvent y réagir. 

 

Comment définissez-vous la fast fashion et pourquoi est-elle si néfaste pour l'environnement ? 

Emma Håkansson : Le problème réside dans la quantité et le rythme de production des vêtements. Autrefois, on fabriquait des vêtements sur mesure pour chaque personne et ceux-ci étaient portés pendant des années. Aujourd'hui, le monde de la mode compte cinquante-deux « micro-saisons », si ce n'est plus. Une étude menée par le Hot or Cool Institute indique que les consommateurs occidentaux ne peuvent se permettre, dans les limites écologiques de la planète, d'acheter que cinq vêtements neufs par an. Or, de nombreux consommateurs en achètent dix fois plus. La mode, en tant que concept, peut être une question de style et d'expression de soi en tant qu'individu, mais ce système privilégie le profit au détriment de la durabilité et de la créativité.

Karen Pearson : [La fast fashion se caractérise] par le fait de ne pas respecter le cycle traditionnel de quatre à six saisons par an, au profit d'une production en grand volume et à bas coût. C'est ce nombre important de « saisons » et de collections qui la rend « fast » (rapide). On produit bien plus que nécessaire, et ce, à moindre coût.

 

La mode durable, en revanche, est souvent critiquée pour son coût jugé inabordable. Cette perception est-elle justifiée ? Comment les personnes aux revenus modestes peuvent-elles acheter des vêtements conçus de manière plus durable ? 

Emma Håkansson : La mode durable est plus chère... Payer un salaire décent, et protéger les terres et les travailleurs a un coût. Nous devons repenser le véritable « coût » des vêtements. C'est pourquoi j'encourage les gens à fabriquer leurs propres vêtements au moins une fois, car ils vont très vite se rendre compte qu'il y a une raison pour laquelle les vêtements fabriqués de manière durable coûtent plus cher. 

Mais la façon la plus durable de s'habiller consiste à ne pas acheter de vêtements neufs, et tout le monde peut le faire. La fast fashion n'est pas soutenue par les personnes aux revenus modestes, elle est alimentée par la consommation massive de ceux qui disposent d'un revenu disponible. Il est important de reconnaître qui finance réellement la fast fashion, et de ne pas épargner le luxe, qui peut être produit d'une manière non durable et contraire à l'éthique, mais à un prix plus élevé. 

Karen Pearson : Les vêtements bien confectionnés et de bonne qualité s'accompagnent souvent d'une plus grande transparence dans la chaîne logistique. Ils peuvent coûter plus cher à première vue mais ils sont conçus pour durer plus longtemps, ce qui permet d'équilibrer le [coût] sur le long terme. L'essor du marché de la seconde main a également rendu la mode haut-de-gamme, voire de luxe, bien plus accessible à des prix plus abordables. En achetant de la seconde main, vous prolongez la durée de vie d'un vêtement et réduisez son empreinte carbone globale. Pour les personnes qui disposent d'un budget serré, le choix le plus responsable consiste peut-être simplement à acheter une pièce polyvalente et durable plutôt que cinq articles moins chers.  

 

La seconde main est largement considérée comme une alternative respectueuse de l'environnement. Est-ce véritablement aussi durable qu'il n'y paraît ? 

Emma Håkansson : Il est encourageant de constater qu'acheter des vêtements vintage et de seconde main gagne en popularité. C'est l'une des façons les plus durables de consommer et, historiquement, cette pratique était motivée par une nécessité économique et non par une tendance. Toutefois, même lorsque l'on achète de seconde main, il est important de ne pas reproduire la mentalité de la fast fashion. Si l'on considère la revente comme un cycle sans fin, en achetant des tonnes d'articles que nous n'aimons pas véritablement sous prétexte qu'on peut toujours les revendre, on néglige les coûts environnementaux liés au transport et à la consommation répétée. Le shopping vintage est plus efficace lorsqu'il est réfléchi et conscient. Il faut se demander : « est-ce que j'en ai vraiment besoin, ou est-ce que j'en ai juste envie ? ». Cela dit, cette pratique reste bien plus responsable que d'acheter un article neuf dont la fabrication nécessite l'extraction de nouvelles ressources. 

Karen Pearson : Lorsque vous faites don de vêtements de bonne qualité qui peuvent encore être portés, vous soutenez souvent des associations locales à but non lucratif et des partenaires locaux qui comptent sur la revente pour financer des programmes destinés à des groupes marginalisés. Le problème, c'est de donner des vêtements de mauvaise qualité qui ne peuvent pas être revendus. Une grande partie de ce surplus finit par être envoyé vers les pays du Sud, où il peut saturer les marchés locaux et les systèmes de gestion des déchets, ce qui revient en fait à exporter nos déchets textiles à l'étranger. C'est pour cela que la qualité des dons est importante et que nous avons aussi besoin de systèmes de recyclage des textiles plus efficaces chez nous pour des articles qui ne peuvent vraiment plus être portés. 

 

Les gens sont exposés à une multitude de tendances sur les réseaux sociaux. Comment pouvons-nous, en tant que consommateurs, échapper à cette pression sociale ?

Emma Håkansson : Développez votre propre sens du style et sortez du cycle des tendances. Ce n'est pas parce qu'un article est présenté comme indispensable qu'il vous convient forcément. La meilleure façon d'éviter le coût environnemental lié à la « course aux dernières tendances » est de piocher d'abord dans sa propre garde-robe. Acheter moins de vêtements est la mesure la plus importante que nous puissions prendre pour limiter notre impact sur le climat. Ensuite, le choix des matériaux joue un rôle important, car l'empreinte écologique d'un vêtement provient en grande partie de ses matières premières. Les fibres d'origine animale telles que le cuir, la laine et le cachemire peuvent avoir un impact relativement élevé en termes d'émissions de méthane, et les fibres synthétiques issues des énergies fossiles comportent elles aussi un coût environnemental. 

Karen Pearson : J'essaie d'envisager ma garde-robe dans son ensemble et de choisir des pièces véritablement polyvalentes. Les meilleures pièces sont celles que l'on peut porter aussi bien pour une tenue habillée que décontractée. Par exemple, j'ai un simple pull cache-cœur noir que j'ai porté à une soirée de gala, à des réunions professionnelles et même à un feu de camp avec un jean. Il suffit de changer d'accessoires et de style pour qu'une même pièce s'adapte à des occasions complètement différentes. En misant sur cette polyvalence, vous aurez besoin de moins de vêtements et vous tirerez bien mieux partie de ce que vous possédez. 

 

Que pensez-vous des services de location de vêtements ? Ces modèles permettent-ils de réduire de manière significative l'impact environnemental ? 

Emma Håkansson : La location peut être très utile pour des occasions spéciales, mais elle ne doit pas renforcer l'idée que l'on a besoin d'une nouvelle tenue à chaque fois. Il n'y a rien de mal à ne posséder qu'une seule tenue que l'on porte à chaque événement. Je pense qu'il est important que ces modèles fonctionnent de manière équitable pour le consommateur, car parfois, les prix sont tellement élevés que les gens pourraient se dire qu'ils feraient mieux d'acheter un produit neuf, qui reviendrait moins cher. 

Karen Pearson : Ils peuvent constituer une option intéressante car ils permettent de porter des articles qui auraient une empreinte carbone élevée s'ils étaient achetés neufs, sans pour autant s'engager à les garder à long terme. Si le transport et l'emballage peuvent soulever des préoccupations environnementales, certaines entreprises améliorent leurs systèmes en utilisant des housses à vêtements réutilisables et en réduisant au minimum les déchets. Dans l'ensemble, ces modèles sont encourageants. Ils témoignent de réels progrès dans la réduction de l'empreinte carbone du secteur textile tout en offrant aux consommateurs la possibilité d'accéder à la mode d'une manière plus flexible et générant moins de déchets. 

 

Lorsque vous décidez d'acheter quelque chose de neuf, quels critères ou principes guident ce choix et votre approche ?

Emma Håkansson : Je respecte cette règle qui consiste à ne pas acheter plus de cinq vêtements neufs par an. Tout le reste doit être vintage ou de seconde main. Au-delà de cela, je n'achète pas de vêtements neufs sauf si je sais qu'ils ont été fabriqués par une personne ayant reçu un salaire décent, ce qui n'est le cas que d'environ 2 % des fabricants de vêtements. Je veux connaître la nature des fibres utilisées et je n'achète pas de vêtements fabriqués à partir de matériaux issus des combustibles fossiles. 

Karen Pearson : Toute ma garde-robe est composée de vêtements que l'on pourrait qualifier de classiques. Si j'achète un vêtement, je recherche un article de haute qualité et polyvalent. Si on peut porter un vêtement longtemps, on réduit considérablement son empreinte carbone. En revanche, si c'est quelque chose que je ne peux porter que quelques fois, il ne mérite pas sa place dans mon placard. Je choisis des vêtements qui auront une durée de vie plus longue et fabriqués à partir de matériaux de très bonne qualité. 

Ces entretiens ont été édités pour des questions de longueur et de clarté. 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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