Environnement

Paris : La nature a repris ses droits dans la petite Ceinture

L’Homme ayant déserté la petite Ceinture parisienne, la nature y a repris ses droits. Ces anciens rails sont en quelques années devenus un havre de paix pour la biodiversité.

De Guillaume Marchand

Le long de la petite Ceinture parisienne, la nature laisse libre cours à son imagination. Tel le temps rhabillant un modèle délaissé, la verdure recouvre les rails et les anciennes traces humaines depuis l’abandon de cette ligne ferroviaire en 1993.

Depuis l’avènement du métro, l’ancien chemin de fer est aujourd’hui en partie fermé. La ville de Paris en collaboration avec SNCF Réseau a alors décidé de supplanter son utilisation ferroviaire au profit d’un usage plus vert. Un choix réfléchi puisqu’un véritable écosystème spontané s’est développé par endroits. Cette richesse écologique dans une des plus grandes capitales d’Europe est un élément important afin de recréer un corridor faunique à l’instar de la Trame Verte et Bleue.

Devenue un réservoir de flore et de faune en milieu urbain, la transformation de la petite Ceinture en sanctuaire de biodiversité s’est accentuée par l’annonce d’Anne Hidalgo, maire de paris, de la mise en place du Plan Biodiversité de Paris 2018/2024. Dans le cadre de ce projet, on retrouve :

? Le renforcement des liens entre la Petite Ceinture et la Ceinture verte autour de Paris

? La mise en place de chemins piétonniers dans le but de développer les activités touristiques de découverte de la biodiversité parisienne

 

LA PETITE CEINTURE PARISIENNE, VICTIME DE L’AVANCÉE TECHNIQUE

La petite Ceinture parisienne a vu le jour durant la seconde moitié du 19e siècle, l’âge d’or du développement ferroviaire. En pleine évolution vers une société industrielle, Paris a en effet décidé de délaisser les transits entre les gares par traction animale en faveur de la machine, plus rapide et plus rentable. Par ailleurs, cette époque étant marquée par les conflits, la logistique de la ville est au centre des préoccupations des Parisiens. La machine est alors privilégiée, et ce afin de couvrir tout Paris en un temps record. Une raison plus terre-à-terre est également à l’origine de la petite Ceinture. La France est, à ce moment-là, en plein redressement économique et le chômage sévit. Il a donc fallu mettre en place de nouveaux chantiers comme celui de la petite Ceinture pour endiguer ce problème.

Au départ essentiellement utilisés pour les transports de marchandises à la fin du 19e siècle, les 20 trains circulant sur la petite Ceinture se transforment assez rapidement en convois de passagers. À tel point qu’au cours l’année de l’Exposition Universelle de 1900 plus de 39 millions de voyageurs sont acheminés ainsi.

Cependant la création du métropolitain fait diminuer drastiquement le trafic voyageur. Plus confortable et plus rapide, le métro précipite la chute de la petite Ceinture qui cessera de transporter des passagers en 1934. Quelques trains de marchandises inter-réseaux et locaux subsistent jusqu’en 1993, date de sa fermeture définitive.

 

UNE AIRE VERTE PROTÉGÉE DE L’ACTION HUMAINE

L’abandon de la petite Ceinture par l’Homme a permis à la nature et surtout à la végétation de se réimplanter cet espace. « La petite Ceinture accueille un développement spontané et très rapide de la végétation, en particulier sur les perrés qui longent l’ancienne voie ferrée » indique par email Mona Omar, doctorante en écologie au Museum National d’Histoire Naturelle. « Des espèces ornementales comme le laurier-tin en provenance des jardins proches, l’ailante qui colonise les friches arides, ou le robinier faux-acacia qui stabilise les talus ont progressivement envahi le terrain. » Cet afflux de végétaux attire par la même occasion une faune peu habituée à ces environnements urbains. « Les espèces animales, comme fouines, hérissons et lézards des murailles ont reconquis les espaces laissés en friche. »

Le retour de la nature dans ces endroits n’attire pas que les animaux mais également les scientifiques souhaitant étudier cette faune nouvelle. Réalisant des inventaires et des suivis d’espèces, ils ont mis en évidence la favorisation dans ce milieu de certaines espèces qui, dans quelques temps, formeront le nouveau paysage parisien.

« Ce que nos analyses statistiques montrent clairement, c’est que les plantes d’aujourd’hui sont globalement plus tolérantes à la chaleur et à la sécheresse qu’en 1883. Le réchauffement climatique semble avoir favorisé l’implantation croissante dans l’Europe d’espèces d’origine subtropicale ou tropicale » révèle Mona Omar.

Outre l’aspect environnemental du renouveau de la petite Ceinture, le caractère social n’est pas à négliger. Des promenades, des pistes cyclables ou encore des jardins partagés sont actuellement en cours d’étude. « La Petite Ceinture doit rester un poumon vert pour les citadins » conclut la doctorante.

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