Pollution de l’air : quelles sont les villes où l'on respire le mieux en Europe ?

Une étude établit pour la première fois le classement des villes européennes les plus - et les moins - touchées par la pollution de l’air.

Publication 15 avr. 2021 à 10:52 CEST
Oulanka National Park, Finland

PARC NATIONAL D'OULANKA, FINLANDE - Malgré sa proximité avec le cercle arctique, le parc national d'Oulanka, vaste forêt boréale composée de pins sylvestre, d'épicéa et de bouleaux verruqueux, abrite une remarquable biodiversité. Selon une récente étude, la Finlande est l'un des pays européens dont l'air est le moins pollué, a fortiori dans la région d'Oulu.

Photographie de Staffan Widstrand, Wild Wonders of Europe

En septembre dernier, un rapport de l’Agence européenne de l’environnement soulignait le poids considérable de la pollution sur la mortalité en Europe, lui attribuant directement ou indirectement environ un décès sur huit. Le fléau, global, a fait pour la première fois l’objet d’une étude ciblée sur les villes du Vieux Continent. Les travaux, menés par plusieurs instituts de recherche européens, ont été publiés dans la revue The Lancet Planetary Health au début de l’année. Ils dressent un classement de plus d’un millier de villes et d’agglomérations, représentant 32 % de la population européenne, en fonction de leur taux de pollution au dioxyde d’azote (NO2) et aux particules fines (PM 2,5) en 2015 et estiment le nombre de morts qui pourraient être évitées avec des normes anti-pollution plus sévères.

Premier constat, de grandes disparités géographiques existent d’un pays à l’autre, mais aussi d’une région à l’autre au sein de chaque État. Le dioxyde d’azote, lié au trafic automobile, empoisonne principalement les cités de l’ouest et du sud de l’Europe, tandis que les particules fines, issues de diverses sources – le trafic routier, les activités industrielles et la combustion de bois ou de charbon pour le chauffage domestique - contaminent surtout les villes d’Europe de l’Est.

En revanche, quels que soient les polluants considérés, deux constantes apparaissent. Les bons élèves de l’Europe sont toujours les mêmes : les pays scandinaves, dont les taux d’émissions polluantes sont en deçà des préconisations de l’Organisation mondiale de la santé (fixées pour une année à 40 μg/m³ pour le NO2 et 10 μg/m³ pour les PM2,5). Les Européens en quête d’air pur iront en particulier à Tromsø et à Trondheim, en Norvège, à Umeå, en Suède et à Oulu en Finlande. À l’inverse, l’Italie se singularise dans le mauvais sens, en cumulant les deux types de pollution.

Au chapitre de la pollution strictement automobile, l’Espagne, la Belgique, l’Italie et la France sont les premiers États d’Europe de l’Ouest concernés. Deux villes françaises, Paris et Argenteuil-Bezons, se classent parmi les dix villes dont l’air est le plus vicié par le NO2, la capitale arrivant en quatrième position derrière Madrid, Anvers et Turin, avec une concentration en dioxyde d’azote oscillant entre 15,3 et 78,7 μg/m³.

En matière de pollution aux particules fines, ce sont des villes italiennes, tchèques et polonaises qui occupent les dix premières places du classement, à commencer par Brescia, Bergame et Vicenza, en Italie, Karviná en République tchèque et Górnośląsko-Zagłębiowska Metropolia en Pologne.

Capitales, grandes villes, et villes plus modestes mais voisines de ces dernières caracolent en tête des lieux les plus frappés par la pollution au dioxyde d’azote. « Ces résultats étaient assez attendus car le NO2 est très fortement lié à la densité du trafic routier, qui est un problème majeur dans les grandes villes, note Mark Nieuwenhuijsen, de l’Institut pour la santé globale de Barcelone (ISGlobal), co-auteur de l’étude. En revanche, nous ne pensions pas trouver une situation aussi mauvaise en Italie du Nord et en Pologne pour les particules fines. »

La vallée du Pô en particulier concentre un grand nombre de facteurs de pollution de l'air. La conjonction des émissions du trafic automobile, de celles des industries locales et de conditions météorologiques particulières, marquées par une stagnation de l’air, expliquent que la région italienne abrite les plus hautes concentrations de microparticules enregistrées. Les fortes teneurs en PM2,5 mises en évidence dans le sud de la Pologne et dans l’est de la République tchèque tiennent quant à elles en grande partie à l’activité minière et à l’usage du charbon comme combustible domestique.

Dans les villes les plus touchées par la pollution atmosphérique, le dioxyde d’azote et les particules fines entraînent respectivement un taux de mortalité précoce de 7 % et 15 %.

Les chercheurs estiment que si les normes conseillées par l’OMS étaient appliquées sur le millier de villes considérées, elles empêcheraient plus de 52 000 morts prématurées par an sur le continent. Cependant, soulignent les scientifiques, de telles recommandations sont encore insuffisantes. « D’après les données épidémiologiques les plus récentes, il n’existe pas de niveau de pollution de l’air sans danger, explique Mark Nieuwenhuijsen. Dès que la pollution de l’air commence à augmenter, elle entraîne des effets sur la santé, dont des décès. »

En appliquant des normes encore plus restrictives que celles de l’OMS, alignées sur les taux de pollution les plus faibles enregistrés dans certaines villes scandinaves (3,7 μg/m³ pour les particules fines et 3,5 μg/m³ pour le dioxyde d’azote) les scientifiques estiment que 200 000 décès prématurés seraient évités chaque année en Europe. À Paris, le respect des normes de l’OMS prolongerait la vie de 185 personnes par an, et le scénario le plus restrictif, celle de 2575 personnes.

Les auteurs de l’étude appellent à l’élaboration de normes anti-pollution plus drastiques, et espèrent que leur travail contribuera au développement d’outils d’évaluation locale et non plus simplement globale de la pollution, avec la mise en place de politiques ciblées sur les villes les plus affectées. La régulation européenne en la matière est quant à elle en cours de révision, note Mark Nieuwenhuijsen.

Les seuils de pollution annuels fixés par l’Union européenne en 2008 étaient notamment supérieurs à ceux recommandés aujourd’hui par l’OMS pour les particules fines. Mais les études de plus en plus nombreuses sur les effets délétères de la pollution devraient aboutir sous peu à une mise à jour beaucoup plus contraignante.

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