Sibérie : reportage à Norilsk, la ville polaire la plus polluée au monde

Pas de route ni de train pour y aller. Seul l’avion vous amène jusqu’à la grande ville minière, la plus au nord de la Russie.

De Marie-Amélie Carpio

Elena Chernyshova, appareil photo en main par – 35 °C, a photographié le quotidien de Norilsk, en Sibérie : nickel, pollution et froid polaire.

 

Qu’est-ce qui vous a conduite à Norilsk?

Elena Chernyshova : Je rêvais depuis longtemps d’aller dans le nord de la Russie. Ma mère a vécu dix ans ­au-dessus du cercle polaire. Toute mon enfance a été bercée d’histoires sur le jour et la nuit polaires, sur le froid et l’isolement. 

 

Comment vous êtes-vous adaptée aux températures glaciales?

Par – 35 °C, on a du mal à respirer. Mais on s’habitue assez vite. Le danger, quand on est concentré sur ses photos, c’est justement d’oublier le froid. Un jour de tempête, je suis restée trop longtemps dehors. C’est une passante qui m’a fait remarquer que mes joues et mon nez étaient devenus blancs, le dernier stade avant les gelures. 

 

Quelles sont les contraintes propres à la photographie en milieu extrême?

Je riais souvent en me disant que mon matériel était plus résistant que moi ! Le manuel indiquait que l’appareil ne fonctionnait que jusqu’à – 10 °C, mais il a marché jusqu’à – 45 °C, même s’il était un peu plus lent ! Deux choses essentielles : avoir des batteries d’avance, au chaud sous son manteau, car elles se déchargent très vite. Et placer l’appareil dans un sac hermétique pendant deux heures dès qu’on rentre à l’intérieur, pour éviter la condensation due aux écarts de température.

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