Espace

Un an dans l'espace en images

Dans cet extrait inédit tiré de ses mémoires intitulées « Endurance », l'astronaute Scott Kelly revient sur ses moments passés à bord de la Station spatiale internationale. Jeudi, 9 novembre

De Scott Kelly

À 320 kilomètres dans l'espace au-dessus de notre planète, j'ai la sensation en y jetant un œil de connaître la Terre dans ses moindres détails, sous des coutures inconnues par la plupart des gens : ses littoraux, ses plaines, ses montagnes et ses rivières. Certaines régions du monde, plus particulièrement en Asie, sont submergées par une pollution atmosphérique qui leur donne l'air malade, en attente d'un traitement ou, tout du moins, d'une possible guérison. La ligne dessinée par notre atmosphère sur l'horizon est aussi fine qu'une lentille de contact posée sur un œil et sa fragilité semble exiger sa protection. Les Bahamas, ce grand archipel au contraste saisissant, entre ses teintes claires et sombres, est l'un de mes panoramas terrestres préférés. Le bleu nuit vibrant de l'océan se mêle à un turquoise lumineux parsemé de nuances dorées là où le soleil se pose sur le sable et les récifs peu profonds. À chaque fois que de nouveaux membres d'équipage posent le pied à la Station spatiale internationale, je me fais un devoir de les emmener face à la coupole d'observation, un module entièrement composé de fenêtres duquel on aperçoit la Terre, pour observer les Bahamas. Cette vue ne manque jamais de me rappeler d'apprécier cette perspective de la Terre dont j'ai le privilège.

Lorsque je regarde par le hublot, il m'arrive de réaliser que tout ce qui compte pour moi, chaque personne qui a vécu et a disparu (en dehors de notre équipage de six membres) se trouve en bas. À d'autres moments, évidemment, je me rends compte que les personnes présentes à bord de la station représentent désormais l'ensemble de l'humanité pour moi. S'il y a une personne avec qui je dois parler, que je dois regarder dans les yeux, à qui je dois demander de l'aide ou avec qui partager un repas, ce sera l'une des cinq personnes présentes ici avec moi.

Il s'agit de ma quatrième mission dans l'espace, ma deuxième à bord de la Station spatiale internationale, et je suis désormais ici depuis trois semaines. Ma conscience de l'endroit dans lequel je me trouve à mon réveil s'accentue, même si, bien souvent, la façon dont mon corps est positionné me désoriente encore. Je peux me réveiller persuadé d'être à l'envers : dans l'obscurité et en l'absence de gravité, mon oreille interne émet des hypothèses hasardeuses sur la position de mon corps dans cet espace étroit. Lorsque j'allume la lumière, une illusion d'optique me donne l'impression que la pièce tourne rapidement en se réorientant autour de moi, même si j'ai conscience qu'il s'agit d'un réajustement de mon cerveau en réaction aux nouvelles données sensorielles.

Mon poste d'équipage est juste assez grand pour moi, mon sac de couchage, deux ordinateurs portables, quelques vêtements, mes affaires de toilette, quelques photos d'Amiko (ma conjointe) et de mes filles ainsi que quelques livres de poche. Sans même sortir de mon sac de couchage, j'allume l'un des deux ordinateurs accrochés au mur et jette un œil à mon emploi du temps. La majorité de la journée est aujourd'hui consacrée à une tâche intitulée « DRAGON CAPTURE ».

La station est parfois décrite comme un objet : « La Station spatiale internationale est l'objet le plus onéreux jamais créé », « L'ISS est le seul et unique objet dont les composants ont été fabriqués dans différents pays avant d'être assemblés dans l'espace ». Bien que ce soit la vérité, lorsque vous vivez à bord de la station pendant des jours, des semaines et des mois, ce n'est plus un objet à vos yeux. C'est un lieu, un endroit très spécial doté d'une personnalité propre et de caractéristiques uniques. Elle a une enveloppe et une âme, des pièces qui se succèdent, chacune ayant une utilité différente, avec ses propres équipements, matériel, sensations et odeurs qui la distingue des autres. Chaque module possède une histoire et des travers qui lui sont propres.

Vue de l'extérieur, la Station spatiale internationale a l'apparence de plusieurs canettes géantes de soda vides, assemblées les unes aux autres. De la taille d'un terrain de football, la station est composée de cinq modules connectés entre eux (trois sont américains et deux russes). D'autres modules, parmi lesquels des modules européens, japonais et états-uniens, sont connectés comme des ramifications à bâbord et à tribord, tandis que trois de fabrication russe sont attachés en « haut » et en « bas » (directions appelées « zénith » et « nadir »). Entre ma première visite de la station spatiale et cette mission, sept modules ont été ajoutés, augmentant de manière considérable son volume. Cet agrandissement n'est pas le fruit du hasard mais le reflet d'une séquence d'assemblage planifiée depuis les débuts du projet de la station spatiale dans les années 1990.

À chaque fois que des véhicules de passage sont amarrés à la station spatiale, une nouvelle « pièce » apparaît, généralement située sur le côté de la station qui fait face à la Terre. Pour pénétrer dans l'une de ces pièces, je dois tourner « en bas », plutôt qu'à gauche ou à droite, comme le voudrait la logique. Ces pièces deviennent plus spacieuses à mesure que nous déchargeons les marchandises, avant de rétrécir à nouveau lorsque nous les remplissons de déchets. Non pas que nous ayons besoin d'espace, en particulier du côté américain où la station est relativement spacieuse et où nous pouvons nous perdre assez facilement. Il n'en demeure pas moins que l'apparition de pièces supplémentaires, de même que leur disparition une fois relâchées dans l'espace, est une caractéristique étrange que la plupart des maisons ne possèdent pas.

Depuis le retrait de la circulation céleste de la navette spatiale, la NASA a signé des contrats avec des entreprises privées dont la mission est de développer des vaisseaux spatiaux à même d'approvisionner la station en marchandises et, à l'avenir, de transporter de nouveaux membres d'équipage. Jusqu'ici, Space Exploration Technologies, plus connue sous le nom de SpaceX, est l'entreprise privée la plus prometteuse. Elle est à l'origine du vaisseau cargo spatial Dragon, lequel a été envoyé hier depuis une plateforme à Cap Canaveral. Dragon est depuis en orbite à 10 kilomètres de nous. Ce matin, notre objectif est de le capturer à l'aide du bras robotisé de la station spatiale et de le fixer à son port d'amarrage. Tenter de maîtriser un véhicule de passage est un peu comme jouer à un jeu vidéo qui teste la coordination entre les yeux et les mains, à cela près que des équipements réels d'une valeur de centaines de millions de dollars sont en jeu. Une erreur pourrait non seulement nous faire perdre ou endommager le vaisseau Dragon et les millions de dollars de provisions qu'il contient, mais un seul glissement de la main pourrait suffire à entraîner la collision du véhicule avec la station. Un accident avec un vaisseau dédié au ravitaillement s'est déjà produit par le passé lorsqu'un vaisseau cargo spatial a percuté l'ancienne station spatiale russe Mir. Son équipage avait alors eu la chance de ne pas être tué par la décompression lorsque Progress avait heurté son enveloppe.

Ces sondes spatiales non habitées sont le seul moyen d'obtenir des provisions de la Terre. Le vaisseau spatial russe Soyouz est certes en mesure d'envoyer trois astronautes dans l'espace, mais il ne reste plus aucune place pour quoi que ce soit d'autre. Jusqu'à présent, SpaceX a connu un certain succès avec son vaisseau-cargo Dragon et sa fusée Falcon. À tel point qu'en 2012, elle est devenue la première entreprise privée à atteindre la Station spatiale internationale. Elle est depuis devenue l'un de nos fournisseurs réguliers, avec le vaisseau-cargo russe Progress et celui développé par la société Orbital ATK appelé Cygnus. SpaceX espère pouvoir envoyer des astronautes à bord de Dragon dans les prochaines années. Si elle réussit sa mission, elle sera la première entreprise privée à envoyer des humains en orbite et ce sera la première fois que des astronautes quittent la Terre depuis les États-Unis, depuis le retrait de la navette spatiale en 2011.

À l'heure actuelle, Dragon transporte près de 2 tonnes de provisions dont nous avons besoin. Parmi ces provisions, il y a de la nourriture, de l'eau et de l'oxygène ; des pièces de rechange et du matériel pour les systèmes qui nous maintiennent en vie ; du matériel médical comme des aiguilles et des tubes à vide pour nos prises de sang, des flacons, des médicaments ; des vêtements, des serviettes et des gants de toilette, autant de choses que nous sommes forcés de jeter après les avoir utilisées aussi longtemps que possible. Dragon transportera également de nouvelles expériences scientifiques que nous devrons mener, ainsi que de nouveaux échantillons en vue de poursuivre les expériences en cours. Parmi ces expériences scientifiques, une petite population de souris vivantes sera étudiée afin de voir l'impact de la pesanteur sur les os et les muscles des rongeurs. Chaque vaisseau cargo spatial nous apporte également de petits paquets soigneusement préparés par nos familles, que nous attendons toujours avec impatience. De précieuses provisions de nourriture fraîche nous parviennent également et nous ne disposons que de quelques jours pour les savourer, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus ou qu'elles se gâtent. Les fruits et les légumes semblent moisir beaucoup plus rapidement ici que sur Terre. Bien que les raisons me soient inconnues, être témoin de ce processus me laisse craindre que mes cellules connaissent le même sort.

Nous avons particulièrement hâte que ce Dragon arrive, surtout depuis l'explosion de la dernière fusée cargo qui a suivi le lancement en octobre 2014. Ce vaisseau était un Cygnus piloté par une autre entreprise privée basée aux États-Unis, Orbital ATK. Les provisions de la station excèdent toujours les besoins de l'équipage actuel ; il n'y avait donc aucun risque immédiat d'être à cours de nourriture ou d'oxygène lors de la perte de ces provisions. Toujours est-il qu'aucune fusée cargo en direction de la Station spatiale internationale n'avait failli à sa mission depuis des années et des millions de dollars d'équipement ont été détruits. La perte de ces provisions vitales, comme la nourriture et l'oxygène, a conduit l'équipage à certaines réflexions : que se passerait-il si une série d'échecs venait à se produire ? Quelques jours après l'explosion, un avion aérospatial expérimental développé par Virgin Galactic s'est écrasé dans le désert de Mojave, tuant le copilote. Ces événements étaient une pure coïncidence, bien sûr, mais le timing semblait indiquer que la malchance pouvait s'abattre sur nous même après des années de succès.

De retour dans mon poste d'équipage, je m'habille tout en lisant et en parcourant mes e-mails. Se vêtir est un vrai parcours du combattant quand on ne peut ni s'asseoir, ni se tenir debout, mais je m'y suis fait. Mettre mes chaussettes est un véritable défi : sans la gravité pour m'aider à me pencher, il ne me reste qu'à utiliser ma force et ma souplesse pour ramener mes jambes à ma poitrine. En revanche, choisir ses vêtements s'avère moins compliqué, puisque je porte les mêmes vêtements tous les jours : un pantalon kaki recouvert de poches et de bandes de velcro sur les cuisses, essentiel lorsque je ne peux rien mettre « en bas ». J'ai décidé de mener une expérience afin de voir combien de temps je pouvais porter les mêmes vêtements, avec l'idée d'un voyage sur Mars dans un coin de ma tête. Une paire de sous-vêtements peut-elle être portée quatre jours au lieu de deux ? Une paire de chaussettes peut-elle être portée pendant un mois ? Un pantalon six mois ? Je le découvrirai bientôt. J'enfile mon tee-shirt noir préféré et un sweat-shirt qui, après avoir voyagé avec moi pour la troisième fois, doit être le vêtement qui a le plus parcouru le monde dans l'histoire des habits.

Habillé et prêt pour le petit-déjeuner, j'ouvre la porte de mon poste d'équipage. En me propulsant contre le mur afin de sortir en flottant, j'effleure accidentellement un livre de poche intitulé Endurance: Shackleton’s Incredible Voyage, écrit par Alfred Lansing. J'ai emporté ce livre lors de mon précédent voyage spatial et il m'arrive parfois de le feuilleter après une longue journée passée dans la station. Je pense alors aux épreuves qu'ont dû affronter ces explorateurs il y a précisément un siècle. Bloqués sur des banquises pendant des mois, ils se voyaient forcés de tuer leurs chiens pour pouvoir manger et ont frôlé la mort dans le froid glacial. Ils ont gravi des montagnes considérées comme infranchissables par des explorateurs qui étaient pourtant mieux équipés qu'eux et n'étaient pas à moitié affamés. Le plus incroyable sans doute : aucun membre de l'expédition n'a disparu.

Je pense que c'est l'incertitude qui a dû être le pire pour eux. Ils se sont certainement demandés s'ils allaient survivre et ce doute était vraisemblablement pire que la faim ou le froid. En lisant leurs expériences, je réalise à quel point mes petits tracas à bord de la station ne sont rien comparés aux obstacles qu'ils ont affrontés. Il m'arrive parfois d'aller chercher ce livre pour cette raison précise. Si la tristesse s'empare de moi car ma famille me manque, parce que j'ai passé une mauvaise journée ou que je me sens isolé, la lecture de ces quelques pages me rappelle que, quelles que soient les difficultés que je rencontre, elles ne sont en rien comparables aux leurs. Tout est question de perspective. Je remets le livre à sa place, en compagnie de quelques autres effets personnels. Peut-être lirai-je quelques pages avant de me coucher ce soir.

Dragon est désormais en orbite à 10 kilomètres de nous, à une vitesse de plus de 28 000 kilomètres par heure. Nous apercevons ses signaux qui clignotent sur les caméras extérieures. Le contrôle au sol de SpaceX, situé à Hawthorne, en Californie, permettra bientôt à Dragon de se rapprocher à moins de 2,5 kilomètres, puis à 1,2 kilomètre, 250 mètres, 30 mètres et enfin à 10 mètres de l'ISS. À chaque point d'arrêt, les équipes présentes sur le terrain analyseront les systèmes de Dragon et calculeront sa position avant de donner leur feu vert pour passer à l'étape suivante. À moins de 250 mètres, nous tâcherons de surveiller son approche, en veillant à ce que le véhicule ne sorte pas d'un couloir sécurisé et à ce que tout se passe comme prévu. Nous devons nous tenir prêts à interrompre le processus en cas de nécessité. Une fois situé à proximité, mon équipière Samantha Cristoforetti tentera de le maîtriser à l'aide du bras robotisé de la station. Il s'agit d'un processus extrêmement lent et étudié au millimètre près, l'une des nombreuses choses qui diffèrent totalement entre les films et la réalité. Dans les films Gravity et 2001, l'Odyssée de l'espace, un vaisseau spatial en visite rejoint une station spatiale et s'y fixe ; une trappe s'ouvre alors et laisse passer plusieurs personnes. Tout ceci en l'espace de 90 secondes. Dans la réalité, nous pilotons les opérations tout en ayant conscience qu'un engin spatial constitue en permanence une menace qui peut être fatale, menace qui augmente à mesure qu'il se rapproche. Nous avançons donc lentement et avec précision.

Samantha pilotera le bras robotisé depuis le poste de travail robotique de la coupole. Terry Virts, le seul autre américain à bord, sera là en renfort, tandis que j'apporterai mon aide sur les procédures d'approche et de rencontre. Terry, Samantha et moi nous frayons un chemin au sein de la coupole et observons l'écran de données indiquant la vitesse et la position de Dragon.

Pour ceux qui espèrent voyager dans l'espace, la barrière de la langue peut poser des difficultés. Nous devons tous savoir parler une seconde langue. En ce qui me concerne, j'ai étudié le russe pendant des années, ce qui n'empêche pas mes camarades cosmonautes de parler anglais bien mieux que je ne parle russe. En revanche, les astronautes européens et japonais ont la charge supplémentaire de devoir apprendre deux langues s'ils ne maîtrisent déjà pas l'anglais et le russe. Ce qui, pour Samantha, italienne d'origine, n'était pas un problème. Son russe et son anglais sont si fluides qu'elle occupe parfois le rôle d'interprète entre les astronautes lorsque nous devons aborder des sujets complexes ou subtils.

David Saint-Jacques, un astronaute canadien du Centre de contrôle de mission situé à Houston, nous parlera tout au long du processus de capture, nous annoncera la position de Dragon au fur et à mesure de ses déplacements, contrôlés depuis la Terre, jusqu'à chacun de ses arrêts préalablement planifiés.

« Dragon se trouve dans la sphère protectrice de 200 mètres », annonce David. La sphère protectrice est la frontière d'un périmètre imaginaire qui encercle la station, destiné à nous protéger de collisions accidentelles. « L'équipage est désormais en capacité d'interrompre le processus », ajoute-t-il. Cela signifie que nous sommes en mesure d'arrêter le processus nous-mêmes au cas où nous perdrions le contact avec Houston ou si Dragon sortait du couloir.

« Houston, nous confirmons que les conditions de capture sont réunies. Nous sommes prêts à capturer Dragon », répond Terry.

Une fois à 10 mètres, nous bloquons les propulseurs de la station afin d'éviter tout à-coup involontaire. Samantha prend le contrôle du bras robotisé, sa main gauche contrôlant les mouvements du bras (vers l'intérieur, vers l'extérieur, en haut, en bas, à gauche, à droite) et sa main droite contrôlant sa rotation (lancement, roulement et mouvement de lacet).

Samantha entre en contact avec le bras robotisé, tout en gardant un œil sur un écran relié à une caméra qui filme la « main » ainsi que sur deux autres écrans de surveillance qui affichent des données sur la position et la vitesse de Dragon. Elle peut également observer à travers les grandes fenêtres pour voir en temps réel ce qu'elle est en train de faire. Elle écarte le bras de la station, très lentement et méticuleusement. Tout en réduisant l'espace entre les deux vaisseaux, centimètre par centimètre, Samantha ne vacille ni ne perd jamais son cap. Sur l'écran central, le dispositif de maîtrise de Dragon se rapproche de plus en plus. Elle réalise des ajustements minutieux afin de garder la sonde spatial et le bras robotisé parfaitement alignés.

Le bras descend lentement et s'apprête à atteindre la sonde Dragon.

Samantha appuie sur la détente. « Capture-la », dit-elle.

Parfait.

Le processus de pressurisation de l'espace entre Dragon et la station (le « vestibule ») nécessite plusieurs heures ainsi qu'une grande exactitude. La menace que fait peser Dragon sur la station spatiale n'a pas disparu. Une erreur dans l'appareillage du vestibule est susceptible de provoquer une dépressurisation (l'air que nous respirons serait alors évacué dans l'espace). Samantha et moi avons donc examiné précautionneusement chaque étape, l'une après l'autre.

Nous patientons jusqu'au lendemain matin pour ouvrir la trappe de la Station spatiale internationale qui nous donnera accès à Dragon. Au moment où Samantha la fait coulisser, une odeur inhabituelle et facilement reconnaissable entre 1000 me saisit. Une légère odeur de brûlé aux effluves métalliques qui me rappelle celle des feux de Bengale du 4 juillet (NDLR : fête nationale aux États-Unis) : le parfum de l'espace. Après une série de procédures, nous finissons par ouvrir la trappe de Dragon, où nos colis surprises mentionnent portant nos prénoms sont disposés en évidence, en compagnie des souris en cage et des aliments frais. Terry et moi nous glissons dans la peau du père Noël pendant quelques instants et distribuons les paquets à chacun des membres de l'équipage.

J'ouvre enfin mon colis surprise dans l'intimité de mes appartements. Il contient un poème et quelques chocolats d'Amiko (elle sait que je suis accro aux sucreries lorsque je suis dans l'espace, alors que, sur Terre, bec sucré n'est pas ce qui me qualifie le mieux) ; une paire de lacets équipés de barrettes pour mes chaussures de sport, puisqu'il est difficile de faire mes lacets en l'absence de gravité ; un flacon de sauce piquante ; une photo de mon frère jumeau, Mark, qui montre deux petits garçons jumeaux roux qui pointent l'appareil du doigt. Au dos, une note dit : « J'espère que le SCD fonctionne bien là-haut ! » (SCD désignant le système de collecte des déchets, soit les toilettes spatiales) ; ainsi qu'une carte de mes filles, Charlotte et Samantha, leurs écritures ancrées au stylo noir sur un épais papier.

Je range ces différents cadeaux, croque un carré de chocolat puis consulte mes mails une dernière fois. Je flotte dans mon sac de couchage pendant un moment, songe à mes enfants, me demande comment ils se portent en mon absence. Enfin, je m'assoupis.

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