Espace

Une tempête géante frappe Neptune depuis au moins 40 jours

Cette tempête est la première a avoir été observée près de l'équateur de la planète, posant la question de sa formation et de sa résistance. Jeudi, 9 novembre

De Nadia Drake

Le temps venteux de Neptune a tourné et une tempête immense s'est formée au niveau de son équateur.

D'une taille estimée à celle de la Terre, ce système de tempêtes est un grand et lumineux nuage rejetant de l'hydrate de méthane ou "glace de méthane" sur Neptune. L'Observatoire Keck situé à Mauna Kea, à Hawaï, a observé ce nuage très lumineux entre le 26 juin et le 2 juillet. La tempête faisait encore rage le 25 juillet. 

Bien que d'autres tempêtes aient déjà été observées sur Neptune auparavant, un orage d'une telle ampleur ne l'a jamais été au niveau de l'équateur de la planète : les tempêtes apparaissent plus généralement au niveau des pôles.

« Cette tempête spatiale est étrange, parce qu'elle est très étendue et ce nuage est très clair. Brillant même, comme si le nuage ne faisait que surplomber un autre nuage, » avance Bryan Butler de l'Observatoire national Radio Astronomy. « Et il semble s'être stabilisé depuis plus d'un mois maintenant. »

Il est rare de voir évoluer des tempêtes dans le système solaire au-dessus des planètes les plus éloignées de la nôtre. Neptune orbite environ 30 fois plus loin du soleil que la Terre, et n'a pas été survolée depuis 1989.

Cela signifie que les astronomes en savent relativement peu sur cette planète, mais il savent que les vents qui battent la surface de la planète se propagent dans son atmosphère à plus de 1 600 km/h. La météorologie de Neptune est l'une des plus difficiles du système solaire, même si l'on ne sait pas exactement comment un monde de glace peut générer l'énergie suffisante pour nourrir ces vents furieux. 

Si l'on se base sur les observations que nous avons, il semble que le nuage lumineux va et vient, tout comme les orages qui balayent la planète. En 1989, la sonde Voyager 2 avait observé un grand point sombre ("Great Dark Spot"), un cyclone qui rivalisait en taille et en intensité avec la Grande Tache rouge, un gigantesque anticyclone qui a parcouru l'atmosphère de Jupiter. Mais le temps que le télescope Hubble observe à son tour la planète bleue, la tâche avait disparue. En lieu de quoi, Hubble a observé plusieurs nuages lumineux au nord de la planète.

Quand Ned Molter, étudiant diplômé de l'université de Berkeley, a vu pour la première fois ce nuage massif à l'Observatoire de Keck en juin dernier, son expert-conseil Imke de Pater et lui ont d'abord pensé qu'il devait s'agir de la même tempête que celle observée par Hubble il y a 28 ans.

Mais ce n'était pas le cas. L'équipe de scientifiques travaille désormais à la compréhension de la formation et de la résistance de ce type de nuages à la surface de l'équateur de Neptune.

« Puisque ce nuage est là depuis au moins quelques semaines... quelque chose doit le maintenir là, » explique Imke de Pater.

Une des hypothèses envisagées serait que, à la manière de la tempête Titanic qui avait frappé Saturne en 2011, ce nuage soit simplement apparu dans la haute atmosphère de Neptune et disparaîtra dans quelques semaines.

Une autre hypothèse voudrait que la tempête soit liée à un vortex profond et sombre qui soulève des gaz chauds de la planète vers son atmosphère. Lorsque ces gaz entrent en contact avec l'atmosphère glaciale de la planète, ils se condensent en nuages brillants.

« S'il est lié à cet orage sous-jacent, il restera probablement pendant un long moment, » explique Butler. « Vous pouvez regarder sous les nuages par observation radio, et sonder l'atmosphère de Neptune. Mais c'est assez compliqué à réaliser. »

Résoudre les mystères qui entourent les planètes dans notre voisinage cosmique pourrait aider les astronomes à comprendre comment fonctionnement les milliers de mondes extraterrestres trouvés dans la galaxie grâce notamment à Kepler, le télescope de la NASA.

« La plupart des exoplanètes découvertes par Kepler sont des géantes de glace, » continue Butler. « Si nous parvenons à comprendre comment fonctionnent ces exoplanètes, nous comprendrons mieux Uranus et Neptune. Et inversement. »

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