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Une météorite a frappé la Lune pendant l'éclipse lunaire - Ce que nous savons

Dans le cadre de ce qui est peut-être un événement unique en son genre, l'observation d'une météorite pendant l'éclipse lunaire pousse les astronomes à la recherche d'un nouveau cratère sur la lune. Mercredi, 23 janvier

De Maya Wei-Haas

Dimanche 20 janvier dernier, les astronomes amateurs de l'hémisphère occidental ont eu la chance d'observer une « Lune de sang » aux teintes de rouille, la dernière éclipse de la décennie. Mais alors que partout dans l'hémisphère nord on admirait la lune rougeoyante, certains observateurs chanceux ont capturé un événement inattendu : l’éclair d'une météorite frappant l’orbite lunaire.

« C’est un rare alignement d’événements peu fréquents », explique Justin Cowart, candidat au doctorat à la Stony Brook University de New York. « Une [météorite] de cette taille frappe la Lune environ une fois par semaine », dit-il. Mais si cet événement est confirmé, il se peut que ce soit la première fois qu'un tel impact est enregistré lors d'une éclipse lunaire.

Un observateur doté d'un oeil de lynx a relevé l'impact potentiel de l'éclipse et s'est adressé à la communauté passionnée d'espace de Reddit pour voir si d'autres que lui avaient observé le même phénomène. La nouvelle s'est rapidement répandue sur les réseaux sociaux, alors que des personnes de tous les horizons publiaient leurs images et vidéos, témoins de ce minuscule et furtif scintillement.

De nombreux scientifiques ont d'abord abordé les observations avec le scepticisme approprié. Après avoir vu cette conversation prendre de l'ampleur sur Twitter, « je me demandais s’il ne s’agissait pas plutôt d’une observation locale, ou d'un effet de l’appareil photo », indique la spécialiste des sciences planétaires Sara Mazrouei, de l’Université de Toronto.

Les éclairs de lumière provoqués par un impact sont faibles et de courte durée, ce qui facilite leur confusion avec un pixel non-identifiable. Mais image après image, le même phénomène se vérifiait : à 04h41 (temps universel - 05h41 heure de Paris), alors que l'éclipse se faisait totale, un tout petit éclat de lumière a brillé au sud du cratère Byrgius, une empreinte de 45 km de large dans la partie occidentale de la Lune.

« [Les observateurs] semblent tous voir le même pixel brillant », explique Mazrouei. Cette convergence est une forte indication qu'il s'agissait réellement d'un impact.

 

ESSAYE ENCORE

Les astronomes amateurs et passionnés de sciences n'étaient pas les seuls à observer cet événement cosmique. Jose Maria Madiedo, astrophysicien à l'Université de Huelva en Espagne, est codirecteur du système de détection et d'analyse des impacts de la Lune (MIDAS). Il faisait des heures supplémentaires pour que huit des télescopes du projet soient dirigés vers la Lune pendant l'éclipse.

L’équipe MIDAS parcourt généralement la Lune à la recherche de faibles éclairs, signes évidents d’un impact, pour en savoir plus sur la multitude de roches spatiales qui bombardent notre compagnon lunaire. Mais la plupart de ces événements sont trop sombres pour pouvoir être repérés quand la Lune est pleine. L'équipe effectue l'essentiel de ses observations au cours des cinq jours précédant et suivant une nouvelle lune. Une éclipse, cependant, atténue la lueur vibrante de la pleine lune, offrant une occasion encore plus rare de repérer les minuscules éclairs de lumière.

Jusqu'à présent, ils n'avaient pas remarqué d'impact lors d'une éclipse, mais Madiedo ne perdait espoir : « Quelque chose en moi me disait que cette éclipse serait la bonne. » Et bien sûr, ses efforts ont porté leurs fruits.

 

CHERCHER L'IMPACT

Pour les scientifiques, les prochaines étapes consistent à rassembler les nombreuses observations pour étudier l'événement en détail et tenter de capturer, si possible, une image du nouveau cratère formé sur la Lune.

« La Terre et la Lune sont si proches l'une de l'autre que l'observation des impacts peut nous aider à en apprendre beaucoup plus sur la fréquence des impacts sur la Terre », explique Mazrouei, qui a récemment rédigé une étude détaillant un pic d'impacts météoriques ayant touché la Lune et donc la Terre il y a 290 millions d'années.

Bien que l'atmosphère terrestre nous protège de nombreuses petites roches spatiales parcourant le système solaire, les météores peuvent toujours affecter le nombre de satellites tournant autour de notre planète, qui sont essentiels pour maintenir les systèmes de navigation, les télécommunications, les prévisions météorologiques, etc.

Et voir les conséquences de petits impacts sur des mondes sans air comme la Lune peut aider les scientifiques à comprendre les effets de frappes plus larges sur toutes sortes de mondes, y compris le nôtre.

 

BALAYER LA LUNE

Trouver le nouveau cratère sur la surface déjà marquée de la lune demandera du travail. L’engin spatial indispensable à ce processus est l’orbiteur de reconnaissance lunaire (LRO) de la NASA. Lancé en 2009, l'orbiteur s'est installé autour de notre lune pour étudier sa surface avec une précision remarquable. Jusqu'à présent, il a enregistré des centaines de changements dans le paysage lunaire, dont plus de deux douzaines de nouveaux cratères d'impact.

Le LRO a même des antécédents de recherche de cratères après les premiers rapports d'impact. Le 17 mars 2013, des chercheurs du Marshall Space Flight Center de la NASA ont signalé avoir observé une faible lueur sur la lune. En comparant les images de la surface lunaire provenant du trio de caméras du LRO avant et après l'événement, les scientifiques ont tracé les traînées de débris depuis l'impact jusqu'à son cratère associé.

Pour l'événement cosmique du 20 janvier, l'équipe responsable des caméras de LRO ne vise pas spécifiquement le cratère en balayant la Lune du regard. L'orbiteur capture essentiellement un échantillon aléatoire de la surface de la Lune afin que les scientifiques puissent calculer le nombre moyen d'impacts dans le temps, explique Petro, scientifique du projet LRO. Cibler spécifiquement le nouveau cratère entraverait leur échantillonnage statistique.

Néanmoins, les chercheurs peuvent s’efforcer de définir plus précisément l’emplacement du nouveau cratère - et de donner plus de détails sur l’impact lui-même, puis d’analyser les données du LRO. Madiedo et son équipe s'emploient à estimer l'énergie et la masse de l'impact pour aider au calcul de la taille et de la position probables du cratère. Ses premières estimations suggèrent que la météorite avait à peu près la taille d’un ballon de football et qu’elle a laissé un cratère à d'environ 9,5 km de diamètre.

Justin Cowart tente également d'affiner la localisation de l'impact à l'aide d'images de l'astronome amateur Christian Fröschlin. Il estime que le cratère se situe autour de 29.47 sud, 67.77 ouest. Mais la précision est difficile à atteindre, chaque pixel de l'image représentant une zone d'environ 3 km.

« Donc, si je m'éloigne d'un pixel, nous pouvons tout simplement manquer le cratère », dit-il.

Que l'on trouve ou non le nouveau cratère, la série d’événements souligne selon Petro le rôle vital, bien que souvent négligé, que les réseaux sociaux peuvent jouer dans la collecte de données sur les phénomènes naturels.

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