Espace

Comment l'Europe compte se protéger des tempêtes solaires

L’Agence Spatiale Européenne (ESA) souhaite installer un satellite, baptisé provisoirement L5, à 1,5 million de kilomètres de notre planète afin d’anticiper les tempêtes solaires et leurs effets dévastateurs.

De Arnaud Sacleux

La météorologie spatiale a parfois des effets dommageables sur nos systèmes spatiaux, ce qui peut perturber gravement notre environnement terrestre. Notre société moderne, hyperconnectée, dépend largement de l’activité de notre Soleil, et notamment des vagues de radiation et de particules insufflées par les épisodes de tempêtes solaires. La prévision et l’anticipation de ces phénomènes météorologiques est devenu une nécessité. En ce sens, l’ESA a pour projet de lancer vers 2025 L5, un satellite capable de résister et de nous prévenir de ces épisodes de vents solaires. Si le projet n’est pas encore officiellement approuvé, il sera discuté en fin d’année par les ministres responsables des affaires spatiales des États membres de l’ESA.

 

C’EST QUOI UNE TEMPÊTE SOLAIRE ?

Une tempête (ou éruption) solaire est un phénomène capable de « renvoyer la civilisation contemporaine au 18e siècle » avait écrit la Nasa en 2012 suite à un épisode gigantesque de tempête solaire.

Ces tempêtes sont émises par notre Soleil. La surface de notre étoile est un océan incandescent, houleux et toujours en mouvement, parcouru de véritables éruptions de plasma de plusieurs dizaines de millions de degrés, jaillissant hors du Soleil à des distances colossales. Ces geysers peuvent en effet monter jusqu’à plusieurs centaines de milliers de kilomètres de haut, à une vitesse de 1 500 km par seconde. De ces fusées plasmatiques s'échappent des nuages de protons et d'électrons très chargés en énergie qui détruisent tout sur leur passage et dont les conséquences de leur passage peuvent être désastreuses.

Illustration des différents systèmes influencés par l'activité de notre étoile.

Ces éruptions solaires peuvent engendrer un réchauffement de notre haute atmosphère, jusqu’à atteindre nos satellites et les contraignant à changer de trajectoire. Toutes nos télécommunications et réseaux électriques terrestres peuvent s’en retrouver perturbées comme lors de l’éruption solaire du 24 février 2011 ; on peut évoquer notamment le brouillage de nos GPS, l’incapacité d’accéder à internet ou encore l’impossibilité de passer des appels téléphoniques.

 

UN SATELLITE SITUÉ AU POINT LAGRANGE 5

Le point Lagrange numéro 5 représente le troisième sommet d’un triangle équilatéral fictif formé par le Soleil et la Terre. Il est à équidistance de ces deux masses afin d’être en mesure d'identifier les points sensibles de notre Soleil avant leur émission de particules puis de suivre les nuages ​​de protons et d’électrons lorsqu'ils se dirigeront vers notre planète.

Représentation schématique du point Lagrange numéro 5.

De ce fait, L5 sera lui-aussi victime de ces tempêtes de particules et de leurs radiations mais devra tout de même être capable de fonctionner pendant ces épisodes orageux.

L’ESA prévoit donc de renforcer les instruments de L5 afin de le protéger et il sera également doté d'une intelligence artificielle qui lui permettra de détecter les potentielles défaillances et de corriger les anomalies à bord. Piers Jiggens, spécialiste de l'environnement spatial à l'ESA, a d’ailleurs confirmé à nos confrères de Futura Sciences que « sur Terre, il ne serait pas acceptable d'avoir une infrastructure de prévision météorologique qui cesse de fonctionner lorsqu'un ouragan arrive, car la couverture serait perdue au moment où l'événement météorologique extrême affectera le plus notre vie. Dans l'espace, ce sera la même chose ».

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