Espace

La brève et singulière histoire des selfies spatiaux

Vous prenez des selfies. Nous prenons des selfies. Et les astronautes et les robots spatiaux aussi.Monday, June 24, 2019

De Jenny Howard
L'astronaute japonais Akihiko Hoshide a réalisé ce remarquable selfie alors qu'il se trouvait sur la Station spatiale internationale en orbite autour de la Terre le 5 septembre 2012.

Que faites-vous quand personne n'est là pour vous prendre en photo ? Vous vous prenez en selfie. Les autoportraits ont une longue histoire artistique et, avec l'essor des smartphones, les selfies sont de plus en plus populaires et faciles à réaliser. 

Les autoportraits photographiques existent depuis aussi longtemps que les appareils photo. Mais qu'en est-il des selfies dans l'espace ? L’année dernière, sur Twitter, l’astronaute Edwin « Buzz » Aldrin de la NASA, devenu le deuxième homme à marcher sur la Lune en juillet 1969, a revendiqué avoir pris le premier selfie dans l’espace lors de la mission Gemini XII en 1966.

« Pour moi, pour que ce soit qualifié de "selfie", il faut que ce soit pris avec un appareil numérique », affirme Jennifer Levasseur, conservatrice au Smithsonian National Air and Space Museum. Selon Jennifer Levasseur, le concept de selfie est directement lié à la culture Internet et au désir humain d'interagir sur les plateformes sociales. « Ce qui fait qu'un selfie est un selfie, c'est le désir de le partager », dit-elle.

Pourtant, depuis les années 1960, les astronautes transportent des caméras et des appareils photo à bord de véhicules spatiaux et se sont beaucoup photographiés tout au long de leur parcours. En 1966, Aldrin utilisait une caméra Hasselblad conçue spécifiquement pour l'espace, avec un très grand déclencheur adapté aux gants épais de l'astronaute. Hasselblad a également peint le premier appareil photo spatial en noir mat afin de minimiser les reflets. Mais les appareils utilisés dans l’espace doivent survivre à des conditions extrêmes, comme les écarts de température allant de -100 à 120° C. Hasselblad a donc peint les modèles plus récents en argent pour leur permettre de mieux résister à ces changements de température.

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Les astronautes participant aux missions lunaires devaient extraire les pellicules photo des appareils, qu'ils laissaient avec les objectifs avant de revenir sur Terre, les premières missions spatiales étant conditionnés à une limite de poids conservatrice au retour. Les voyageurs lunaires devaient également opérer sans l'aide de perches à selfie : pour capturer son autoportrait, Aldrin a fixé l'appareil photo sur le côté de la sonde afin de le stabiliser et de placer son visage dans le cadre.

Une évolution importante dans la technologie des caméras spatiales est intervenu après la perte tragique de la navette spatiale Columbia, qui s’est brisée à son retour sur Terre en 2003.

« La peur de ne jamais être en mesure de rapporter une pellicule [depuis l'espace] et de perdre tout ce travail », a accéléré le passage au numérique, explique Mme Levasseur.

Aujourd'hui, les astronautes ont également accès à Internet et à des plateformes sociales depuis l'espace et peuvent publier de véritables selfies spatiaux réalisés à l'aide d'appareils photo numériques thermiquement protégés. En prenant des selfies et en les partageant sur les réseaux sociaux, les astronautes peuvent participer aux mêmes activités que les Hommes restés sur Terre. Le premier selfie viral pris dans l'espace est celui de l'astronaute japonais Akihiko Hoshide en 2012.

De même, les robots spatiaux participent à la culture du selfie, capturant des images distantes d'eux-mêmes dans l'espace ou sur d'autres planètes et les renvoyant vers la Terre. Par exemple, en janvier dernier, Mars Curiosity a « partagé » un selfie réalisé à partir d’une mosaïque d’images capturées sur son dernier site de forage sur la planète rouge.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
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