Espace

Habiter l’espace : un rêve impossible ?

Depuis que la Lune a été atteinte, les agences spatiales rêvent d’aller encore plus loin, vers des astéroïdes ou vers Mars. Mais les conditions d’un voyage spatial ne sont pas de tout repos.mercredi 3 juillet 2019

De Rédaction National Geographic
Un technicien installe des composants sur le CST-100 Starliner. Fabriquée par Boeing, cette nouvelle capsule pourrait transporter jusqu’à cinq passagers sur la Station spatiale internationale (ISS). Un test avec équipage est prévu cette année.

Cinquante ans après avoir marché sur la Lune, l’Homme n’est manifestement pas là où beaucoup pensaient qu’il serait. Et certainement pas là où Thomas O. Paine, administrateur de la Nasa, l’imaginait, à savoir non seulement sur Mars mais aussi sur les lunes de Jupiter. Ce dernier, décédé en 1992, pensait voir de son vivant des milliers d’êtres humains passer des vacances sur la Lune.

Si sa prédiction n’est pas d’actualité, les nouveaux vaisseaux spatiaux laissent néanmoins entrevoir la possibilité d’un retour sur notre satellite naturel, voire de missions beaucoup plus longues sur des astéroïdes, ou même sur Mars. Les modèles de SpaceX et Boeing pourraient effectuer des missions habitées d’ici à la fin de cette année ou au début de l’année prochaine. Alors que l’exploration spatiale devient techniquement réaliste, de nombreux experts modèrent les audacieuses anticipations d’une vie céleste. Petit panel des difficultés qu’auront à affronter les futurs voyageurs de l’espace.

La Russie lance une fusée Soyouz en mars 2019 depuis Baïkonour.

 

DÉCOLLER

Le premier écueil apparaît avant même d’avoir quitté le sol terrestre : il faut passer par l’étape indispensable, mais encore très périlleuse du décollage. Chaque fois qu’ils grimpent dans la capsule d’un vaisseau, les astronautes mettent le pied sur une bombe dont ils espèrent le déclenchement contrôlé. Sur les 135 vols de la navette spatiale, deux se soldèrent par une catastrophe, faisant sept morts chacune. Si ce taux d’échec était toléré sur les avions de ligne américains, il équivaudrait à plus de 500 crashs par jour.

 

RESPIRER

Immédiatement après la sortie de l’atmosphère terrestre, les conditions de vie deviennent hostiles. Pour un séjour de quelques mois, on parvient à recréer de quoi survivre. Mais pour le plus long terme, cela reste de l’ordre de la science-fiction. Bill Nye, le P-DG de l’ONG The Planetary Society lève les yeux au ciel à l’idée que Mars soit un jour « terraformée » en vue d’une habitation humaine. « Il y fait incroyablement froid, il n’y a presque pas d’eau, il n’y a pas de nourriture et, accessoirement, il n’y a rien à respirer, explique-t-il. Sans parler de l’odeur dans votre combinaison spatiale : emportez autant de Febreze que possible car vous allez y être accro sur Mars. »

 

NE PAS DEVENIR FOUR

Même en trouvant le moyen de survivre physiquement, il faut encore réussir à rester sain d’esprit. Ce qui est un défi dans les conditions de la vie spatiale. « Ce n’est pas... agréable, en fait », déclare le cosmonaute russe Viktor Savinykh après un long silence lorsqu’on l’interroge sur la vie dans l’espace. « Vous êtes désorienté si facilement, vous ne vous souvenez plus des choses, poursuit-il. C’est vraiment mauvais pour le cerveau. Et tout ce soleil dans les yeux. C’est difficile à décrire. Votre corps s’affaiblit. »

 

SE NOURRIR

Pour une exploration de longue durée, l’idéal serait de pouvoir produire de quoi s’alimenter dans l’espace. Actuellement, les missions doivent emmener avec elles un stock de nourriture pour tout le voyage. Mais des évolutions sont peut-être pour bientôt. En janvier, la Chine a déployé, sur la face cachée de la Lune, un rover abritant une « mini-biosphère ». Celle-ci doit permettre de déterminer si des drosophiles (petites mouches) ainsi qu’une variété de plantes et de graines peuvent produire ensemble de la nourriture dans les conditions lunaires.

 

DORMIR

La lumière permanente du Soleil fait aussi partie des paramètres d’un voyage spatial. Il s’agit même d’un des défis majeurs à relever avant que les agences spatiales puissent envoyer des êtres humains faire un parcours de plusieurs mois vers Mars. Dans la capsule CST-100 Starliner de Boeing – qui pourra, à la fin de sa phase de test, emmener jusqu’à cinq passagers à la fois sur la Station spatiale internationale –, un éclairage de pointe devrait à terme permettre de réguler les rythmes circadiens, les cycles du sommeil et les émotions des astronautes.

John Glenn portait cette combinaison lors de son vol autour de la Terre, le 20 février 1962.

Avec nos besoins agaçants d’air, de nourriture, d’eau, de protection contre les radiations cosmiques ou les éruptions solaires, sans parler de la stimulation nécessaire pour ne pas devenir fou au cours du long trajet vers un endroit indéterminé, cela vaut la peine de se demander : pourquoi partir ? Pourquoi partir, surtout quand il n’y a pratiquement rien à faire qu’une sonde robotisée ne puisse faire plus efficacement, rapidement, sûrement et à moindre coût qu’un être humain ? Regardons la vérité en face : de l’exploitation minière des astéroïdes à la photographie d’autres planètes, les sondes sont mieux adaptées à ces tâches que les êtres humains.

 

Dans le numéro 238 du magazine National Geographic, retrouver un grand dossier sur les pionniers de la conquête spatiale et la nouvelle ère qui s’ouvre dans ce domaine.

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