Comment ce triplet de cratères s'est-il formé sur Mars ?

Les photos d’un étonnant triplet de cratères sur Mars ont récemment été dévoilées par L’Agence Spatiale Européenne. Ces nouvelles photographies viennent enrichir nos connaissances de la planète rouge.

Publication 11 nov. 2020 à 13:57 CET
Ce triplet de cratères, situé dans l'hémisphère sud de Mars, aurait été formé il y a ...

Ce triplet de cratères, situé dans l'hémisphère sud de Mars, aurait été formé il y a plus de 4 milliards d'années. 

Photographie de Agence Spatiale Européenne

« Rien que le fait d’étudier ces trois cratères peut nous donner des informations sur Mars il y a quatre milliards d’années ! » explique Olivier Witasse, chercheur à l’Agence Spatiale Européenne et ancien responsable de la mission Mars Express.

A priori, rien d’étonnant, car des centaines de milliers de cratères minent la surface de Mars. Mais ces nouvelles images, transmises par la sonde Mars Express ne montrent - et ce pour la première fois - non pas un mais trois cratères qui se chevauchent à la surface de la planète. Ce triplet de cratères se situe dans l’hémisphère sud de Mars, dans une zone nommée Noachis Terra. Cette région aurait été fortement cratérisée pendant l’ère Noachian, il y a près de quatre milliards d’années.

« La première chose qui m’est venue à l’esprit en voyant ces images et qui est pratiquement sûr, c'est que le plus grand cratère a été formé en premier, ensuite il y a eu le cratère du milieu et enfin en dernier, le plus petit » ajoute Olivier Witasse.

Mars a connu nombre de bombardements d’astéroïdes importants, tout comme la Lune. Aujourd’hui, 1 094 cratères martiens sont nommés d’après des scientifiques ou des auteurs de science-fiction.

Mais alors, comment se fait-il que des cratères aient été formés au même endroit, se chevauchant presque ? Deux hypothèses se dégagent. Selon la première, des astéroïdes auraient frappé la planète rouge au hasard, à différentes époques mais quasiment au même endroit. Étonnant mais possible.

L’autre hypothèse avancée par les chercheurs veut qu'un seul astéroïde serait à l’origine des trois cratères, car en approchant de la planète, il aurait pu se fragmenter en trois gros morceaux qui auraient impacté Mars de manière très rapprochée. 

Vue topographique du triplet de cratères sur Mars. 

Photographie de Agence spatiale Européenne

« Cette hypothèse serait pour nous la plus intéressante car cela nous conduirait à chercher la cause de cette fragmentation. Cela peut être dû à une atmosphère assez dense pour détruire un objet en la traversant. Nous avons la même chose avec l’atmosphère terrestre, qui chauffe, détruit et casse les météores. Il aurait pu se produire la même chose sur Mars » explique Olivier Witasse.

Si cette hypothèse se vérifie, cela apporterait aux chercheurs de nouvelles données quant à la présence d’eau liquide sur Mars. « Actuellement l’atmosphère est tellement peu dense qu’il n’est pas possible qu’il y ait de l’eau en surface. Les températures et les pressions y sont trop élevées, or ce n’était pas le cas à l’époque ! » explique le chercheur.

De fait, les chercheurs ont pu prouver grâce à l’étude de roches de surface, que d’énormes quantités d’eau liquide recouvraient la surface de la planète il y a trois milliards d’années. « Imaginez-vous, Mars complétement recouverte d’un océan ! Il est donc tout à fait possible dans un passé lointain que Mars ait été une planète propice à l’apparition de la vie primitive » ajoute Olivier Witasse,

Les chercheurs de l’ESA n’ont pas encore la preuve concrète de cette vie primitive sur Mars. Ce sera l'une des missions du rover ExoMars, qu'on appelle également Rosalind Franklin, pendant les sessions d'échantillonnage de la planète rouge à partir de 2022. D’autres rovers devraient quant à eux rapporter des échantillons pour étudier les roches martiennes et estimer leur âge et leur composition précise.

« Ce programme devrait se réaliser en collaboration avec les chercheurs américains dans les 10 prochaines années » dévoile Olivier Witasse. En attendant, la sonde Mars Express, en activité depuis 17 ans, continue de fournir d’impressionnantes images de la surface martienne. 

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