L’iconique radiotélescope de l’observatoire d’Arecibo va être démoli

Après la chute de deux câbles porteurs à l’observatoire d’Arecibo, l’infrastructure menaçait de s’effondrer. Le télescope va donc être déclassé.

Publication 20 nov. 2020 à 14:59 CET
Situé dans le nord de Porto Rico, le radiotélescope à réflecteur unique de l’observatoire d’Arecibo est le ...

Situé dans le nord de Porto Rico, le radiotélescope à réflecteur unique de l’observatoire d’Arecibo est le deuxième plus grand au monde.

Photographie de Universal Images Group via Getty Images

C’est une page qui se tourne pour l’observatoire d’Arecibo, situé sur la côte nord de Porto Rico, et son iconique radiotélescope de 305 mètres de diamètre. La Fondation nationale pour la science américaine (National Science Foundation ou NSF) a annoncé hier qu’elle déclassait l’énorme télescope vieux de 57 ans et qu’elle prévoyait la démolition de l’instrument, au bord de l’effondrement.

« L’observatoire m’a donné envie de toucher les étoiles lorsque j’étais enfant. C’est une nouvelle bouleversante. Je vois à quel point l’observatoire continue d’inspirer mon île », écrit Edgard Rivera-Valentín du Lunar and Planetary Institute dans un message adressé à National Geographic sur Twitter.

Sur cette photographie prise en 1989 à l’observatoire d’Arecibo, le technicien Luis Heredia inspecte quelques-uns des câbles qui soutiennent le récepteur, suspendu au-dessus du réflecteur du radiotélescope.

Photographie de Roger Ressmeyer/Corbis/VCG via Getty Images

Cette décision survient après la dégradation de l’observatoire ces derniers mois, les ingénieurs essayant de stabiliser le télescope suite à la rupture de deux des câbles qui soutenaient la plateforme de 900 tonnes. Mais l’inquiétude a grandi lorsque d'autres câbles présentant des signes de fragilisation et de dégradation ont été découverts : la plateforme risquait de tomber sur environ 140 mètres, transperçant le réflecteur et finissant sa course dans la jungle. La NSF a donc pris la décision de cesser les réparations et de déclasser l’observatoire.

Dans un communiqué du 19 novembre, la NSF a déclaré : « Le télescope risque de s’effondrer. Toute tentative de réparation pourrait potentiellement exposer les ouvriers à un danger de mort ».

Construit au début des années 1960, le télescope d’Arecibo est source d’inspiration et de fierté pour le peuple portoricain. Il a offert à de nombreux habitants des ressources essentielles et de l’aide lors des situations d’urgence, comme pendant l’ouragan Maria en 2017. Il a également marqué la science : c’est lui qui a permis l'observation des premières planètes confirmées en dehors du système solaire et qui a détecté les ondes gravitationnelles émises par des étoiles mortes tourbillonnantes appelées pulsars (cette découverte fut récompensée d’un prix Nobel de physique en 1993). Le télescope est aussi un radar planétaire extrêmement puissant, qui s’avère fondamental pour l’étude des astéroïdes qui croisent l’orbite terrestre.

« Pensez à ce que le Golden Gate Bridge représente pour San Francisco ou bien la Statue de la Liberté pour les New-Yorkais. C’est la même chose, voire plus, pour Arecibo et Porto Rico, car il est bien plus qu’une icône », écrit Edgard Rivera Valentín. « À nos yeux, il représente le fait d’aller de l’avant, il est le symbole que nous pouvons accomplir de grandes choses et de la fierté d’être au service de la planète toute entière depuis notre île ».

La dernière décennie ne fut pas de tout repos pour l’observatoire d’Arecibo. En 2017, l’ouragan Maria a détruit de larges portions des infrastructures de l’île et endommagé le télescope. Plus récemment, il fut secoué par un essaim de tremblements de terre, événement susceptible d’avoir joué un rôle important dans la perte de son intégrité structurelle selon Michael Nolan, ancien directeur de l’observatoire qui enseigne désormais à l’université de l’Arizona.

Cela faisait quelques années que la NSF se montrait réticente quant à la poursuite du financement de l’observatoire, s’appuyant sur plusieurs études qui préconisaient son déclassement. Après examen des recommandations faites par trois sociétés d’ingénierie, elle a finalement pris la décision, hier, de déclasser le télescope. L’un des rapports faisait état d’une importante probabilité de rupture si un autre câble venait à rompre. La société d’ingénierie Thornton Tomasetti, qui s’est rendue sur place, préconisait « la démolition contrôlée de la structure, dès que possible ».

« Notre équipe a travaillé sans relâche avec le NSF dans l’espoir de trouver des solutions pour stabiliser le télescope en prenant des risques minimes », a déclaré dans un communiqué Alexander Cartwright, président de l’université de Floride centrale, qui est la gestionnaire du télescope. « Nous voulions éviter cette décision et nous sommes attristés par le déclassement d’une ressource scientifique si importante, mais la sécurité est notre priorité », poursuit-il.

Un autre rapport proposait plusieurs solutions visant à stabiliser la structure, mais la NSF ne compte pas les mettre en œuvre, à la grande déception de Michael Nolan.

« Je suis déçu, mais triste par-dessus tout », confie-t-il.

À l’heure actuelle, la NSF préconise de conserver des portions de l’observatoire et de continuer d’utiliser le site à des fins éducatives.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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