Face à la décision russe de quitter l'ISS après 2024, la NASA se tient prête

Alors que la Russie annonce un départ anticipé de la Station spatiale internationale, la NASA aurait réfléchi, de son côté, à des plans d'urgence si l'alliance venait à être rompue brutalement.

De Margot Hinry
Publication 10 août 2022, 17:34 CEST
La station spatiale internationale vue de l'espace.

La station spatiale internationale vue de l'espace.

PHOTOGRAPHIE DE

D’après les récentes annonces du nouveau patron de l’agence spatiale russe Roscosmos, Iouri Borissov, la Russie se retirera de la Station spatiale internationale après 2024. Bien que cette dernière soit encore fonctionnelle jusqu’en 2030 d’après les estimations de la NASA, la décision russe semble être définitive, sans être précisément définie dans le temps.

Lors d’une rencontre avec le président russe, le patron de l’agence spatiale a précisé que toutes leurs obligations à l’égard de leurs partenaires seraient « sans doute » remplies. Cette nouvelle rejoint celle de l’annonce de la construction d’une nouvelle station orbitale 100 % russe. Selon le vice-président de la Société astronomique de France (SAF) il n’y a « aucune surprise dans l’annonce russe, qui souhaite depuis longtemps construire une nouvelle station spatiale 100 % nationale ». Pourtant, ces différentes prises de décisions suscitent un questionnement général compte tenu du financement de ces opérations face au climat international et politique actuel. Les tensions entre la Russie et le reste du monde restent très vives en raison de l’offensive russe en Ukraine depuis plusieurs mois.

D’après Vitali Egorov, un analyste spatial russe « avec le financement le plus généreux, cela prendra au moins dix ans » afin de construire une station orbitale entièrement russe. Le climat mondial étant très tendu, la NASA assure ses arrières tout en exprimant une vive volonté de conserver cette alliance. Washington jugerait la décision « regrettable » de rompre cette « précieuse collaboration ».

Selon les informations récoltées par Reuters, face aux tensions grandissantes avec Moscou, bien avant l’invasion de l’Ukraine, la NASA avait lancé un travail d’élaboration de scénarios de plans d’urgence pour l’ISS. « Les plans élaborés par les responsables américains prévoient des moyens de retirer tous les astronautes de la station si la Russie devait la quitter brusquement, de la faire fonctionner sans le matériel crucial fourni par l’agence spatiale russe et de se débarrasser potentiellement du laboratoire orbital des années plus tôt que prévu, selon trois des sources, qui ont toutes demandé à ne pas être identifiées ».    

 

UNE STATION INTERNATIONALE DÉPENDANTE DES SUPERPUISSANCES

Techniquement, la Station spatiale internationale a été conçue en interdépendance des deux superpuissances. « L’ensemble a été conçu pour être mené et opéré en commun sur des bases de coopération et de coordination permanentes et solidaires. Il est difficile de croire qu’une telle situation se produise sans impact sur les autres partenaires et sur leurs nombreuses activités » affirme Gilles Dawidowicz.

Sur ce cliché datant d’octobre 2018 pris par trois membres quittant la Station spatiale internationale, on aperçoit cette dernière planant au-dessus de la Terre et de sa fine atmosphère bleue. Réussite technologique et diplomatique, l’ISS fait vivre et travailler en orbite des astronautes sans interruption depuis le 2 novembre 2000.

PHOTOGRAPHIE DE Roscosmos

À ce jour, la Russie joue un rôle central dans le maintien en orbite de la station. Ce rôle aurait été historiquement le plus souvent confié à la puissance russe, d’après le vice-président de la SAF. « L’ISS perd entre 25 et 50 mètres d’altitude chaque jour. C’est un chiffre qui varie notamment en fonction de l’activité solaire, entraînant une dilatation plus ou moins grande de l’atmosphère. Ce mouvement d’usure de l’orbite ne peut que s’accélérer si on le laisse agir, car l’atmosphère devient plus dense à mesure que l’altitude diminue. Ainsi, l’ISS doit effectuer des manœuvres de rehaussement d’orbite tous les un à deux mois environ, en utilisant soit les moteurs du module de service du segment russe Zvezda, soit les moteurs d’un véhicule de ravitaillement automatique amarré à la station, suivant l’axe principale de celle-ci (les cargos russes Progress, les anciens cargos européens ATV et désormais les cargos américains Cygnus) ».

Les missions actuelles de la Russie pour la station spatiale internationale sont nombreuses et ne se limitent pas au rehaussement mensuel de l’orbite. Il s’agit également de l’envoi « d'équipages et de ravitaillement (nourriture, oxygène, pièces de maintenance, carburant, vêtements propres, matériels scientifiques…) vers la station, mais aussi le contrôle d’attitude de la station, la gestion d’une partie de sa maintenance, sa sécurité, etc. », énumère l’expert.

La NASA anticipe également ce départ imprécis pour éviter des complications et des coûts généraux. « Ce serait assurément plus compliqué au quotidien. […] De fait, cela coûterait plus cher aux autres partenaires, à savoir États-Unis, Europe, Canada et Japon » précise le vice-président de la Société astronomique de France (SAF).

L’invasion de l’Ukraine bouleverse « la coopération spatiale internationale » et face aux différentes sanctions prises par l’Occident à l’égard du pays de Vladimir Poutine, ces annonces sonnent comme une réplique stratégique « au moins pour des aspects de politique intérieure », affirme Gilles Dawidowicz.

Cependant, côté russe, l’abandon ou non de l’ISS « ne changera pas grand-chose à son programme spatial qui est toujours ambitieux et créatif mais qui reste plombé par des lourdeurs administratives, de gros problèmes de financement, des soucis de corruption et enfin par le blocus qui, malgré tout, ralentit la fourniture de certains composants électroniques essentiels », conclut l’expert.

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