Espace

Aucune structure extraterrestre n'a été détectée autour de l'étoile de Tabby

Aurait-on trouvé des traces de vie extraterrestre ? Non, pas encore. Il ne s'agit pour l'instant que de poussière.

De Nadia Drake
Les scientifiques viennent de conclure que le scintillement erratique de l'étoile KIC 8462852, ou Étoile de Tabby, n'était pas le fait d'extraterrestres mais de poussière.

C'est une nouvelle qui décevra nombre de passionnés d'astronomie et de chercheurs d'extraterrestres : les scientifiques viennent de conclure que le scintillement erratique de l'étoile la plus mystérieuse du ciel n'était pas le fait d'aliens, mais de poussière.

Depuis des années, cette étoile énigmatique dans la constellation du Cygne déconcerte les astronomes avec des variations de luminosité aléatoires. Plus grande et plus lumineuse que le soleil et surnommée "Étoile de Tabby", la constellation a été rendue célèbre quand a été émise l'hypothèse qu'une mégastructure extraterrestre pourrait causer ces variations de lumière sporadiques.

Mais de nouvelle observations suggèrent que le véritable coupable serait la poussière - peut-être résiduelle d'une planète, d'une lune ou d'une étoile récemment détruite. Certes, cet amas de poussière paraît bien moins enthousiasmant que des structures extraterrestres, mais l'enquête cosmique reste ouverte.

« Le fait qu'il ne s'agisse que d'un amas de poussière banal, comme certains pourraient le penser, est ce à quoi nous nous attendions. Mais le mystère n'est pas résolu pour autant, » explique Jason Wright de l'université d'État de Pennsylvanie.

 

DES SIGNAUX LUMINEUX

Le mystère est né en 2011, lorsque des scientifiques amateurs participant au Planet Hunters project ont étudié les données du télescope spatial Kepler, développé par la NASA, qui avait détecté la signature lumineuse de plus de 2 300 planètes durant ses quatre premières années d'observation. Quand les planètes se fraient un chemin entre les étoiles et la Terre, elles éclipsent brièvement la lumière des étoiles.

Mais les épisodes lumineux que Kepler a détecté pour l'Étoile de Tabby ne correspondaient à rien de connu, rien de comparable avec l'ombre d'une planète. L'étoile apparaissait en fait plus brillante. Une fois alertés de l'existence de l'étoile, d'abord appelée KIC 8462852, les astronomes n'ont d'abord pu fournir d'explications à ce phénomène.

Elle ne semblait pas fonctionner comme les autres étoiles du ciel - et ces épisodes lumineux n'étaient qu'une partie du puzzle.

Les hypothèses se sont multipliées : s'agissait-il d'un nuage de comètes en orbite autour de l'étoile, d'un amas de débris entourant un trou noir situé entre l'étoile et la Terre ou de matériaux dans notre propre système solaire, fluctuant près de l'Étoile de Tabby ? Ou bien s'agissait-il d'une construction extraterrestre ?

Cette idée, pensée et publiée par Wright en 2015, a glissé dans l'inconscient collectif, article après article, publication après publication.

« Je pense que la connexion avec le groupe de recherche d'intelligence extraterrestre (Search for Extra-Terrestrial Intelligence ou SETI) est la raison pour laquelle l'intérêt pour l'Étoile de Tabby a été si grand, » indique Andrew Siemion, directeur du centre de recherche SETI de Berkeley. « Nous nous posons tous la même question lorsque nous regardons le ciel : sommes-nous seuls dans l'univers ? »

 

INVESTIGATION STELLAIRE

Motivées par le mystère naissant, des équipes de scientifiques ont passé au peigne fin des millions de données, à la recherche de schémas similaires qui pourraient expliquer le scintillement aléatoire de l'étoile. Au début, les pics de luminosité semblaient se reproduire tous les 800 à 1500 jours, ce qui serait la conséquence probable de débris en orbite (mais les scientifiques ne sont pas certains de cela). D'autres données suggèrent qu'indépendamment des pics de luminosité individuels, l'intensité de l'étoile varie constamment (mais ça non plus, les scientifiques n'en sont pas certains).

Les astronomes ont même pointé l'un des radiotélescopes les plus sensibles sur l'étoile de Tabby, espérant repérer un murmure d'une civilisation suffisamment intelligente pour construite de large structures. Mais rien ne s'est produit.

Illustration montrant une comète passant devant l'étoile de Tabby, autre hypothèse émise pour expliquer les variations lumineuses de l'astre.

En résumé, aucune explication plausible ne pouvait convenir. C'est alors que l'astronome Tabetha Boyajian, à qui l'étoile doit aujourd'hui son nom, a lancé une campagne Kickstarter pour observer l'étoile au moment d'une variation d'intensité et avoir un meilleur aperçu des objets bloquant la lumière. Elle a récolté par ce moyen 100 000$ (82 874€).

Les observations ont commencé en mars 2016 et ont continué jusqu'en décembre 2017. Et en mai l'année dernière, Boyajian a été chanceuse : l'intensité de son étoile commençait à changer. Presque immédiatement, une douzaine de télescopes terrestres ont été pointés sur l'astre, et les scientifiques, frénétiques, se sont mis à récolter toutes les données possibles sur l'intensité lumineuse. Après plusieurs mois et quatre cycle (appelés Elsie, Celeste, Scara Brae et Angkor), l'étoile n'était plus visible par les télescopes dans l'hémisphère nord.

« C'était assez surréel d'observer enfin ce que nous espérions voir se produire depuis des années, » se souvient Boyajian. Plus de 200 collaborateurs l'ont aidée à analyser les données récoltées au cours de ces 22 derniers mois et ont publié leurs résultats dans The Astrophysical Journal Letters : la poussière est responsable de l'obscurcissement. Aucune structure extraterrestre à l'horizon.

« Si une structure solide passait devant l'étoile, cela bloquerait aussi toutes les couleurs, » explique Boyajian. « C'est le contraire de ce que nous avons observé. »

La poussière en effet filtre différemment et distinctement les couleurs. Pour faire simple, c'est un peu comme observer la lumière à travers un tissu délicat et non derrière un morceau d'acier.

« Les structures solides étaient les moins probables, mais la manière dont ces éléments sont arrivés dans l'orbite de l'étoile reste valide. Ils ont forcément flotté près de l'astre, » indique Steinn Sigurdsson, de l'université d'État de Pennsylvanie qui a le premier suggéré l'idée d'un amas de débris attiré par un trou noir. 

 

UNE CATASTROPHE CÉLESTE ?

La source de poussière flottant près de l'Étoile de Tabby reste un mystère. Son comportement - provoquant les variations d'intensité de l'étoile - n'est pas celui que les scientifiques ont l'habitude d'observer autour d'une étoile, en ce sens qu'ils n'obscurcissent pas l'étoile à intervalles réguliers. Il n'y a par ailleurs aucune indication de chaleur émanant de l'amas de poussière, ce qui signifie qu'il se trouve très loin de l'étoile. Et les grains de poussière sont extrêmement petits, plus que ceux qui composent la fumée de cigarette, et sont si fins qu'ils devraient être repoussés par la lumière de l'étoile.

Les dernières observations tendent à prouver qu'il y aurait un réservoir dont la poussière émane sans discontinuer - un signe qu'une catastrophe s'est peut-être produite ou est en train de se produire près de l'étoile. Du moins si la poussière est circumstellaire ou entoure l'Étoile de Tabby.

« Si elle est circumstellaire, nous devons comprendre pourquoi une étoile comme Tabby se comporte ainsi et si ce comportement est commun dans l'univers, » explique Sigurdsson.

Le puzzle interstellaire reste à assembler.

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