Espace

Comment les scientifiques de la mission Apollo imaginaient l'épopée lunaire

Dans les années 1960, les experts se sont inspirés des faits scientifiques les plus avancés de l'époque pour montrer comment les Hommes pourraient vivre et travailler sur la Lune.

De Theresa Machemer
Un rêve commun d'atteindre la Lune a uni les astronautes et scientifiques de la mission Apollo. Dans ce tableau, réalisé en 1973, l'artiste Pierre Mion les imagine réunis sur un site d'entraînement lunaire.

En 1964, les artistes Pierre Mion et Davis Meltzer ont travaillé à la représentation des plans de la NASA pour Apollo 11, la mission qui a permis aux Hommes de marcher sur la Lune en 1969.

« Nous avions pour références les plans réels du vaisseau spatial, qui étaient des informations classifiées », se souvient Pierre Mion. « Nous étions littéralement enfermés dans cette pièce. »

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Leurs illustrations de plusieurs missions lunaires - et quelques prédictions - sont finalement apparues dans National Geographic et d'autres magazines tout au long de l'ère Apollo, offrant aux lecteurs un aperçu du futur de l'exploration interstellaire.

« Savoir à quoi ressemblerait l'avenir a peut-être affadi l'aspect romanesque de certains vols spatiaux », explique Matthew Hersch, historien des sciences à l'université de Harvard. « Mais le fait de savoir que de vrais vaisseaux spatiaux s'envoleraient jusqu'à la Lune a tout de même nourrit l'enthousiasme du public. »

 

IMAGINER LA LUNE

Une peinture du module lunaire Eagle volant au-dessus de la surface de la Lune, parue dans le numéro de mars 1964 de National Geographic, inclut un paysage lunaire qui ne semble pas très différent des images satellites que nous voyons aujourd'hui. Au début des années 1960, cependant, l'idée d'un terrain lunaire miné de cratères n'était répandue que chez les experts en géologie planétaire.

Certains scientifiques de l'époque pensaient que la surface de Lune présenterait des montagnes déchiquetées, sans pluie ni vent pour éroder et polir leur surface. D'autres s'inquiétaient de ce que la poussière soit si malléable que tout ce qui s'y trouverait s'y enfoncerait complètement.

L'illustration de Pierre Mion est aussi précise parce qu'il a travaillé en étroite collaboration avec l'astro-géologue Eugene Shoemaker, dont l'étude des cratères lunaire a montré que notre satellite naturel était recouvert d'une fine couche de poussière, appelée régolithe.

« Il travaillait avec Shoemaker et ne pouvait pas mieux tomber à ce moment-là », affirme Tom Watters, scientifique principal au Centre for Earth and Planetary Studies du Smithsonian's National Air and Space Museum. « [Shoemaker] a été précurseur dans le domaine des sciences planétaires. »

Cette illustration montre la phase d'ascension du module lunaire d'Apollo 11 se détachant de la Lune, laissant derrière elle un réflecteur laser, une caméra de télévision, les sacs à dos des astronautes et un drapeau américain. "J'ai toujours aimé [cette] peinture, et c'est l'une de mes préférées", explique Mion.

Watters est actuellement co-investigateur avec la Lunar Reconnaissance Orbiter Camera, ou LROC, qui orbite autour de la Lune et prend des photos haute résolution de la surface de notre satellite. La caméra peut distinguer des objets sur la Lune aussi petits que 90 cm de large, y compris certains des restes des sites d'atterrissage d'Apollo et les chemins d'empreintes laissées par les astronautes.

Watters a comparé les images LROC du site d'atterrissage d'Apollo 11 avec une peinture que Pierre Mion avait réalisée en décembre 1969 représentant le module lunaire, une vision imaginaire basée en partie sur des photographies prises par Neil Armstrong et Buzz Aldrin alors qu'ils marchaient sur la lune.

« C'est une très bonne description », a remarqué Watters. « C'est vraiment pas mal du tout. » 

 

DE L'INGÉNIERIE À L'ART

Les illustrateurs ont doté leurs oeuvres d'une grande attention aux détails et d'une précision scientifique réelle, même dans leurs dessins les plus prédictifs.

Un examen attentif de l'illustration de 1969 d'une colonie lunaire par Meltzer révèle une cafétéria, une ferme hydroponique et une table de ping-pong. Selon la légende accompagnant l'illustration, « un petit observatoire est disposé pour étudier les cieux, non obscurcis par l'atmosphère terrestre ». Au loin, une « fusée de banlieue » est prête à revenir sur Terre. 

Plus important encore, la base est située presque entièrement sous terre pour protéger les habitants des radiations, des températures extrêmes et d'autres dangers auxquels ils seraient confrontés à la surface, exposés à l'atmosphère lunaire. 

"En se basant sur les travaux les plus avancés des experts, l'artiste Davis Meltzer dépeint un avant-poste lunaire qui pourrait être un jour une réalité", lit-on dans la légende de ce tableau publié en février 1969 dans National Geographic.

« Celle-ci ne m'a pas tant impressionné par la précision accordée au terrain, mais par la façon dont étaient pensées les habitations souterraines sur la Lune », explique Watters. « Si vous habitiez sur la Lune, vous ne voudriez pas vivre au niveau de la surface et être atteint par un objet capable de créer un cratère de dix mètres. » 

Tout en représentant la surface lunaire, l'équipe de LROC a identifié des endroits qui pourraient servir pour l'installation de bases lunaires. Watters estime ainsi qu'un des meilleurs candidats serait sans doute un tunnel de lave, une grande caverne façonné par une ancienne coulée de lave lunaire. En construisant des habitations dans un tunnel de lave, les futurs colons pourraient éviter le long processus d'excavation d'un site de construction souterrain.

Cette couverture du magazine National Geographic montre un astronaute du programme Gemini flottant dans l'immensité de l'espace.

LÀ-HAUT

Lorsque l'illustration de la base lunaire de Meltzer a été publiée, une colonie lunaire semblait être la prochaine étape de l'exploration spatiale. La Promesse de l'espace d'Arthur C. Clarke publiée en 1968 a été citée en légende de l'illustration de Meltzer : "Il est étrange de penser que dans quelques années, n'importe quel astronome amateur avec un bon télescope pourra voir les lumières des premières expéditions, brillant là où nulle étoile ne pourrait briller, dans les bras du croissant de lune. "

Mais jusqu'à présent, aucun pays n'a accompli cet exploit. Après que les premiers astronautes américains ont atteint la Lune en 1969, Hersch estime que « les priorités ont changé, les difficultés économiques et la guerre du Vietnam ont sapé le financement des programmes suivants ». Le dernier astronaute ayant marché sur la Lune, Eugene Cernan, quitta la surface lunaire en décembre 1972.

Pourtant, alors que la NASA progresse avec ses partenaires commerciaux et dans la conception de sa prochaine fusée, assez puissante pour transporter des Hommes dans l'espace lointain, appelée Space Launch System, ces visions colorées sont un rappel du potentiel de l'humanité pour atteindre les étoiles. 

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