La grande tache rouge de Jupiter va-t-elle disparaître ?

Rien n'est moins sûr. Les scientifiques ignorent pour l'heure quel sera le sort de cette immense tempête qui secoue la planète depuis des décennies.

La grande tache rouge de Jupiter constitue l'un des éléments les plus célèbres de notre système solaire. Il est toutefois probable qu'elle vienne à disparaître.
La grande tache rouge de Jupiter constitue l'un des éléments les plus célèbres de notre système solaire. Il est toutefois probable qu'elle vienne à disparaître.
photographie de NASA, JPL-Caltech, SwRI, MSSS, Björn Jónsson

Outre sa taille, Jupiter est sans nulle doute célèbre pour la tempête vermillon qui tourbillonne au sud de son équateur. Cette tempête, qui engloutirait la Terre sans mal au vu de sa taille, est connue sous le nom de « grande tache rouge » de Jupiter, à juste titre.

Depuis des siècles, la grande tache rouge est l'un des traits caractéristiques de la nébuleuse Jupiter ainsi que l'une des marques les plus identifiables du système solaire. Or il se pourrait que sa durée de vie ne soit pas illimitée : cette tempête rétrécit et pourrait disparaître au cours des 10 à 20 prochaines années, selon de récentes informations.

Est-ce possible ? Démêlons le vrai du faux.

 

Ah, cette chère Jupiter, région de l'univers aux nombreuses tempêtes !

C'est le moins que l'on puisse dire. La grande tache rouge est effectivement une tempête massive. Elle mesurait autrefois l'équivalent de plusieurs Terre. Elle s'étend profondément au cœur de l'atmosphère de la planète et surchauffe l'air au-dessus, dont les températures peuvent excéder celles de la lave.

 

Depuis combien de temps cette tache existe-t-elle ?

Nous l'ignorons. Néanmoins, nous savons qu'elle était visible dès le début du 19e siècle et il se peut qu'elle ait été observée au cours des années 1600. Ce qui est certain, c'est qu'elle se trouve dans les parages depuis au moins deux siècles.

 

Comment est-ce possible ? Sur Terre, les tempêtes ne durent pas aussi longtemps.

C'est vrai. Alors que certaines tempêtes s'éternisent sur d'autres planètes, les tempêtes terrestres ont tendance à être brèves, fort heureusement ! Neptune, de nature tempétueuse, a présenté pendant plusieurs années une tache aussi grande que celle de Jupiter qui assombrissait sa surface, à l'époque du survol de la sonde spatiale Voyager 2, en 1989 (cette même tache avait disparu lors de l'observation par le télescope spatial Hubble en 1994). Saturne a été balayée par une tempête si puissante qu'elle a complètement enveloppé la planète et s'est écrasée sur elle-même. Celle-ci n'a cependant duré qu'un an.

Cette image d'un mystérieux point sombre sur Jupiter, aux couleurs accentuées, semble révéler une « galaxie » jovienne de tempêtes tourbillonnaires.
Cette image d'un mystérieux point sombre sur Jupiter, aux couleurs accentuées, semble révéler une « galaxie » jovienne de tempêtes tourbillonnaires.
photographie de NASA

Les scientifiques ne savent pas exactement ce qui alimente la gigantesque tempête continue de Jupiter. Des recherches actives sont menées pour le découvrir. Toutefois, sa position entre deux courants-jets pourrait stabiliser et prolonger son existence.

 

Mais cette tempête rétrécit.

En effet.

 

Depuis quand ?

Depuis que nous l'observons. Selon d'anciennes observations datant de la fin des années 1800, la tempête couvrait autrefois plus de 30 degrés de longitude et ressemblait davantage à une « grande saucisse rouge », explique Glenn Orton du Jet Propulsion Laboratory de la NASA. Mais la tempête est en train de prendre une autre forme, surtout au niveau de sa largeur : avec le temps, elle devient moins ovale mais de plus en plus circulaire.

Il y a bien longtemps, cette tempête s'étendait sur plus de 40 000 kilomètres. Lors du survol de la sonde spatiale Voyager dans les années 1970, les scientifiques ont estimé sa largeur à seulement 23 000 kilomètres. En 2014, le télescope spatial Hubble a estimé son diamètre à 16 500 kilomètres et, au printemps dernier, il ne mesurait plus que 16 300 kilomètres.

 

Quand disparaîtra-t-elle complètement ?

À vrai dire, les scientifiques n'en ont aucune idée. Si vous mesurez la vitesse à laquelle se réduit la grande tache rouge et si vous l'extrapolez, elle pourrait disparaître complètement dans environ 70 ans, selon Amy Simon, du Centre de vol spatial Goddard de la NASA.

Le souci, c'est que « nous savons très bien que les choses ne fonctionnent pas comme cela ».

 

En quoi ce laps de temps de 10 à 20 ans est-il problématique ?

C'est à peu près le moment où la tempête, dans le cas où elle continuerait à se rétracter à sa vitesse actuelle, prendrait une forme circulaire. Or, selon Orton, cette forme est bien moins stable et prévisible que sa configuration ovale actuelle.

« Il y a fort à parier que la grande tache rouge perdrait de sa stabilité si elle devenait plus étroite, bien qu'elle pourrait se stabiliser sous une forme circulaire », affirme Orton.

Une fois circulaire, personne ne sait ce qui pourrait se produire. La tempête pourrait aussi bien se stabiliser et rester dans les parages, comme se volatiliser. « En l'état actuel des choses, je ne connais aucun modèle théorique quant à la dynamique que peut prendre cette grande tache rouge », reconnaît Orton. « Ce ne sont que des suppositions. Les futurs observateurs sont prévenus, s'ils souhaitent connaître l'issue de ce tourbillon fascinant. »

Selon Amy Simon, le destin de la tempête dépend de ce qui l'alimente et de la vitesse à laquelle les changements à venir se produiront.

« Des transformations lentes permettraient à la tempête de s'adapter de diverses manières, tandis que des changements soudains la bouleverseraient probablement », explique-t-elle. « Selon les informations dont nous disposons, je dirais que si elle devait se stabiliser, cela se produirait au cours de la prochaine décennie, voire avant. »

 

En conclusion, nous ne pouvons pas vraiment dire quand la grande tache rouge sera amenée à disparaître ?

Non. Mais elle subit des transformations évidentes.

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