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La France sur la Lune d'ici cinq ans ?

La Chine et la France ont récemment signé un accord de coopération spatiale qui prévoit l'envoi d'instruments scientifiques français sur l'atterrisseur de Chang'e-6, mission de secours de Chang’e-5.

De Arnaud Sacleux
Cela prend environ 27 jours pour la Lune de faire le tour de la planète Terre.

Les missions Chang’e, un vaste programme d’exploration lunaire chinois, ont connu depuis 2007 deux phases distinctes, chacune composée de deux missions, la seconde servant de soupape en cas d’échec de la première. La phase 1 consistait à placer une sonde en orbite autour de la Lune. Chang’e-1 en 2007 et Chang’e-2 en 2010 ont brillamment relevé le défi. La phase 2 avait quant à elle l’ambition d'alunir et d'explorer le sol de notre satellite grâce à un véhicule robotisé. En 2013, Yutu s'y était posé depuis Chang’e-3 et avait arpenté la surface lunaire durant six semaines. Depuis 2019, Yutu-2 explore la face cachée de la Lune après un alunissage depuis Chang’e-4. La phase 3, dernière du projet, aura pour objectif de rapporter des échantillons lunaires sur Terre pour la première fois depuis 1976.

 

CHANG'E-5 ; UN PREMIER DÉFI TECHNOLOGIQUE

Cette mission, prévue pour la fin de l'année 2019, est la mission robotisée la plus difficile jamais mise en œuvre par la CNSA, l'Agence spatiale chinoise. Le défi est de taille ; un robot sera chargé de collecter et rapporter jusqu’à 2 kg d’échantillons lunaires extraits du noyau grâce à une pelle électrique et une perceuse, jusqu’au véhicule de retour sur Terre stabilisé en orbite, sans altérer son chargement. Avec une charge globale d'environ 8,2 tonnes, la sonde Chang'e 5 sera lancée par une nouvelle fusée porteuse depuis le Centre de lancement spatial de Wenchang, dans la province de Hainan, dans le sud de la Chine.

En prévision de Chang’e-5 et de Chang'e-6, la Chine a récemment réalisé un vol test avec une capsule de retour d'orbite. Baptisée Chang'e-5-T1, cette mission avait pour but de tester certaines des technologies susceptible d'être utilisée pour Chang’e-5 dont une capsule de rentrée atmosphérique, le plus gros défi de cette mission. L’Agence spatiale chinoise a annoncé que Chang'e-5 se posera dans la partie nord-ouest de l'océan des Tempêtes ; un zone majoritairement plate située au nord-est d'une province volcanique appelée Rümker à plus d’un millier de kilomètres de tous les sites d’alunissage d’Apollo.

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À quoi serviront ces échantillons lunaires ? « Cela nous permettra d'étudier son origine, sa structure, son histoire et son état actuel. Les récentes missions d’orbiteurs autour de la Lune ont montré qu’il y avait de la glace d’eau aux pôles et qu’elle était peut-être géologiquement active jusqu’à récemment. Il est temps d’en savoir plus pour répondre aux grandes questions de l’humanité. » explique Jan Wörner, directeur général de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), qui souhaite également faire de l’Europe un acteur majeur de la conquête lunaire aux côtés de la Chine et des États-Unis.

 

CHANG'E-6, UNE MISSION À L'ACCENT TRÈS FRANCAIS

Prévue pour 2023, Chang’e-6 est la mission de secours de Chang’e-5 et sera chargée de rapporter des échantillons de la face cachée de la Lune, là où la Chine a été se poser pour la toute première fois dans l'histoire de l'Humanité. Cette mission a de particulier que c’est à son bord que la Chine a proposé d’embarquer des instruments français, à hauteur de 10 kg. Cette coopération fait écho aux trois instruments européens greffés sur l’atterrisseur de Chang’e-4 et perpétue une longue tradition de collaboration spatiale internationale.

Plusieurs contraintes techniques seront à prendre en compte pour l’instrument français qui sera embarqué sur l’atterrisseur puisque celui-ci ne fonctionnera que 48 heures, soit le temps de prélever les 2 kg d’échantillons, de les placer dans le module de remontée qui décollera ensuite vers le module de retour stabilisé en orbite. « La connexion avec la Lune se déroule en temps quasi-réel, ce n’est pas comme pour Mars » rassure Francis Rocard, responsable des programmes d’exploration du Système solaire au CNES.

Le site d’atterrissage de Chang’e-6 n’a pour le moment pas encore été défini même s’il est prévu qu’après la potentielle réussite de Chang’e-5, celui-ci pourrait-être situé sur la face cachée de la Lune avec l’aide du satellite relais Queqiao déployé lors de la mission Chang’e-4. Cette mission présentera plus de difficultés que la précédente car la face cachée de notre satellite a un sol plus irrégulier que celui de la face visible, rendant compliqué l'alunissage et offre de moins bonnes conditions de communications avec les satellites.

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