Irak, la vie sous Daech

Du déferlement de Daech en 2014 jusqu’à la bataille de Mossoul entamée en octobre 2016, des habitants de la ville racontent les atrocités subies au quotidien. Thursday, November 9, 2017

De James Verini
À Al-Alam, ville des environs de Tikrit, onze hommes ont été exécutés en public près du carrefour où se dresse aujourd’hui un mémorial érigé en leur honneur. Monuments, affiches et fresques à la mémoire des victimes de Daech se multiplient en Irak.

En juin 2014, Daech s’est emparé de la ville de Mossoul en Irak. Ses partisans ont incendié les postes de police et les points de contrôle de l’armée. Ils ont hissé des drapeaux arborant leur emblème noir et blanc ; ils ont installé de nouveaux imams dans les mosquées, de nouveaux enseignants dans les écoles. Depuis la Grande Mosquée Al-Nouri, le chef du groupe État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, qui avait récemment rompu avec Al-Qaida, a annoncé la création de l’EI et s’est autoproclamé calife. « Obéissez-moi ! », a-t-il commandé aux musulmans du monde entier.

Certains habitants ont fui ; d’autres se sont cachés. Nombreux sont ceux qui se sont réjouis. Ce qu’il a alors éprouvé, Ayham n’en dit mot, mais, au début, se rappelle-t-il, la vie était supportable. Il a pu continuer à travailler à l’hôpital. Puis, assez vite, sont arrivées les exactions, les tortures et les exécutions publiques. En se tenant à carreau, on pouvait les éviter, mais on ne pouvait échapper à la dureté de la vie quotidienne. Ayham a été obligé de réduire la longueur de son pantalon pour adopter le « style afghan », cher aux chefs de Daech. Il a dû se faire pousser la barbe, sans avoir le droit de ne jamais la couper. Pour sortir, sa femme devait être accompagnée d’un homme de sa famille et se couvrir entièrement de noir. « Si elle portait ne fût-ce que des sandales à talons, elle risquait d’être battue, dit Ayham. Ils ne nous traitaient pas comme des humains. »

Les marchés se sont vidés. L’électricité a été coupée, puis l’eau. Daech est devenu encore plus brutal. Quand Ayham a bandé la main d’une femme qui n’était pas intégralement voilée, il a été accusé d’entretenir des relations sexuelles avec elle. Jeté en prison et fouetté, il s’est estimé heureux d’avoir encore sa tête. Il a compris qu’il avait le choix entre partir, et risquer de mourir prématurément, ou rester, et mourir à petit feu.

Retrouvez l’intégralité des témoignages dans notre reportage « Irak la vie sous Daech » dans le magazine National Geographic d’avril 2017.

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