Münchhausen, un baron pas si perché

Fanfaron et affabulateur ? En 1786, les célèbres Aventures du baron allemand dépeignent un soldat à l’esprit fantasque. Un portrait littéraire qui mit très en colère le principal intéressé.

Publication 6 mars 2018 à 15:27 CET, Mise à jour 5 nov. 2020 à 06:46 CET
Münchhausen sur son boulet de canon, gravure d'August von Wille (1872).
Münchhausen sur son boulet de canon, gravure d'August von Wille (1872).
Photographie de August von Wille

Le baron de Münchhausen est un homme en chair et en os, mais, contrairement à ce que narrent ses aventures, il n’a pas volé sur un boulet de canon ou dansé dans l’estomac d’une baleine, et il n’a pas voyagé sur la Lune ni rencontré ses habitants.

Aujourd’hui, le personnage historique de Münchhausen est pratiquement oublié au profit de son alter ego littéraire. La publication en 1786 du roman Les Aventures du baron de Münchhausen, rédigé par le poète allemand Gottfried August Bürger, a converti un noble militaire reconnu en un personnage littéraire extravagant et menteur compulsif.

Karl Friedrich, baron de Münchhausen, naît en 1720 à Bodenwerder, une ville du centre de l’Allemagne, située dans le royaume de Hanovre. Conformément aux traditions de la noblesse, il intègre à 13 ans le régiment de cuirassiers du prince Anton Ulrich de Brunswick. Son compor­tement exemplaire lui vaut le grade de cornette, puis de lieutenant. Les liens familiaux d’Anton Ulrich, marié avec une nièce de la tsarine Anna Ivanovna, l’entraînent dans les guerres opposant l’Empire russe à la Turquie.

Le baron s’engage aux côtés du prince et est envoyé à Riga, où il participe aux campagnes de 1740 et 1741. Selon les rapports militaires conservés, le baron se comporte avec courage. Et lorsque le prince de Brunswick est emprisonné en 1741, Münchhausen continue de servir l’armée russe. Son succès est tel que l’impératrice Élisabeth le nomme capitaine pour services rendus grâce à son courage et à son érudition, car il sait lire et écrire, ce qui est peu courant parmi les nobles de l’époque.

 

DÉBOIRES MATRIMONIAUX

En 1744, Münchhausen se marie avec la fille d’un noble propriétaire terrien letton. En 1750, il regagne avec elle ses terres de Bodenwerder, où il vivra jusqu’à la fin de ses jours. En 1794, quatre ans après la mort de son épouse, il se remarie, mais il divorce peu de temps après en raison des infidélités et des intrigues de sa femme. Cette sombre affaire, qui entache la fin de sa vie, lui fait perdre la quasi-totalité de sa fortune, engloutie dans les nombreux procès intentés en raison des machinations de sa seconde épouse. En 1797, le baron de Münchhausen meurt dans la même maison qui l’a vu naître presque 80 ans plus tôt. C’est à peu près tout ce que nous connaissons de la vie du baron.

Grand passionné de chasse aux canards et amoureux des chevaux, Münchhausen mène la vie typique d’un noble rural de l’époque et est très apprécié en raison de sa grande honnêteté dans les affaires. C’est sûrement son amour de la chasse qui le pousse à organiser de grands banquets dans sa propriété. Au cours des longues fins de repas, il conte à ses convives ébahis ses extraordinaires aventures, comme le faisaient de nombreux hommes d’armes de l’époque pour raconter leurs exploits à leurs amis et aux membres de leur famille.

Seule différence, le talent oratoire du baron fait que sa renommée se propage dans toute la région de Hanovre. Grâce à son humour et à sa jovialité, ses amusantes histoires se diffusent bien au-delà de son entourage, jusqu’à franchir les frontières de l’Allemagne. De fait, c’est loin de son pays et dans une langue qui n’est pas la sienne que ses histoires sont transformées en roman. Dix-sept des histoires qui lui sont attribuées sont publiées anonymement à Londres sous le titre de Baron Munchausen’s Narrative of his Marvellous Travels and Campaigns in Russia, entre 1781 et 1783. On apprend plus tard que l’auteur est un compatriote du baron, Rudolf Erich Raspe, né à Hanovre, et qui a travaillé comme responsable des collections du musée d’Histoire antique du prince Frédéric II, dans la ville voisine de Kassel.

Unique portrait du baron Münchhausen en tenue de cuirassier (v. 1752).

Accablé par les dettes, Raspe vend certaines pièces du musée, mais il est démasqué et s’enfuit en Hollande, puis en Angleterre. Raspe ne devait connaître la renommée de Münchhausen que par ouï-dire, mais il est possible qu’il ait participé à certaines soirées du baron.

Le succès de ce fantastique personnage allemand est tel en Grande-Bretagne que quatre éditions augmentées sont publiées les deux années suivantes. Lorsqu’il prend connaissance de la publication, Münchhausen se sent profondément offensé, car il apparaît dans les histoires comme un menteur pathologique. Certains critiques pensent que Raspe était peut-être un camarade du baron qui a voulu se venger de lui en le discréditant pour une raison inconnue.

 

UNE ARMÉE TRÈS SPÉCIALE

Les histoires de Münchhausen sont probablement parvenues dans son pays natal en 1786, grâce à une traduction de Raspe lui-même. Cette même année, Gottfried August Bürger publie sa propre version qui, grâce à ses grandes qualités littéraires, fait connaître le nom du baron menteur dans le monde entier. Bürger affirme qu’il n’a procédé en réalité qu’à quelques ajouts et modifications de la traduction. Plus d’un critique pense d’ailleurs que la traduction allemande est en fait la sienne, et non celle de Raspe, même si la ville d’édition du roman est Londres.

Aujourd’hui, il est impossible de le savoir, car aucune édition originale de la supposée traduction n’a été conservée. Mais ce qui est sûr, c’est que les meilleures histoires viennent assurément de la plume de Bürger, comme par exemple la chevauchée sur le boulet de canon ou son extirpation d’un marécage en se tirant lui-même par les cheveux. Tout comme les histoires concernant les recrues de son armée particulière : un homme avec une ouïe spectaculaire, un colosse, un autre qui court tellement vite qu’il a besoin d’être enchaîné pour marcher normalement ou encore un autre qui voit jusqu’à l’infini ; quelques exemples parmi une multitude de personnages possédant des dons extraordinaires.

Les influences de ce texte vont des Mille et Une Nuits aux légendes de différentes régions d’Europe, en passant par des recueils de contes allemands et des auteurs comme Cervantès. Les récits que nous connaissons, comme les aventures racontées par Münchhausen lui-même, ne sont rien de plus qu’un vaste trésor d’anecdotes populaires, transmises par voie orale depuis la nuit des temps, et que le baron cultivé a su adapter à sa personne pour distraire ses convives.

 

CENSURE POUR LES ENFANTS

La réputation du baron menteur n’a fait que s’accroître avec le temps. Depuis leur publication, ses aventures n’ont cessé d’être rééditées, et Münchhausen est devenu le héros de nombreuses adaptations cinématographiques et dramatiques.

À plusieurs reprises, ce roman a été considéré comme un livre pour enfants, de sorte que l’œuvre originale a été modifiée, augmentant ou réduisant les histoires, et supprimant les références à l’Église ou à toutes sortes de vices, au point que Münch­hausen, de menteur ingénieux, devint pauvre fou. Mais la renommée du baron menteur ne se limite pas au milieu artistique.

En 1951, sa personnalité a inspiré le médecin britannique Richard Asher, qui donna le nom de Münchhausen au syndrome poussant des personnes à imaginer des pathologies dont ils ne souffrent pas. Ce qui fut très critiqué par certains de ses collègues, qui ne voyaient pas d’un bon œil l’utilisation du nom du personnage fictif de Münchhausen, car cela ne rendait pas justice à la noblesse et au courage du personnage historique qui a inspiré ces histoires cocasses.

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