L'État de Washington vient d'abolir la peine de mort

Aux États-Unis, l’État de Washington vient de décréter la peine de mort anticonstitutionnelle, devenant ainsi le 20e État du pays à prohiber la peine capitale.Thursday, October 18, 2018

De Arnaud Sacleux
Illustration issue de la série Life and Death Row

Même si l’État du nord-ouest des États-Unis n’a procédé qu’à 5 exécutions depuis 1976, son gouverneur Jay Inslee a salué cette décision, la qualifiant d’« extrêmement importante dans la recherche d’une justice égalitaire et équitable ». La cour suprême, qui a rendu le verdict, rappelle cependant qu’elle avait déjà interdit la peine de mort à Washington en 1972, en 1979 et en 1981, mais qu’à chaque fois une nouvelle loi fut adoptée pour la rétablir.

 

UNE APPLICATION JUGÉE TROP ALÉATOIRE

À l’origine de cette décision, le cas Allen Eugene Gregory. Condamné en 2001 pour le viol et le meurtre d’une femme commis en 1996, il avait lancé un appel à la cour joint d’une étude menée par des sociologues de l’Université de Washington, dans laquelle ils pointaient des « variations considérables d’un comté à l’autre ». Les accusés « noirs » avaient environ quatre fois plus de chances d’être condamnés à mort à Washington que les délinquants « blancs ».

La cour suprême a alors rendu son jugement à l’unanimité, précisant toutefois que ce n’est pas la sentence en elle-même qui est anticonstitutionnelle mais son application. « Elle est invalide parce qu’elle est appliquée de manière arbitraire et avec un préjugé raciste ». Son usage varie « selon le lieu du crime, les ressources budgétaires des tribunaux et le groupe ethnique de l’accusé. » précise la cour. La juge en chef Mary Fairhurst a déclaré que la peine de mort de l'État violait de ce fait l'interdiction constitutionnelle de « punition cruelle » et pointait son « manque d'équité fondamentale ». En clair, la peine de mort telle qu'elle est appliquée ne remplirait aucun but légitime et violerait la Constitution. Allen Eugene Gregory fait partie des 8 derniers condamnés à mort de l’Etat de Washington, dont la sentence a été convertie en détention à perpétuité.

 

UNE TENDANCE GÉNÉRALISÉE

Le dernier détenu à avoir été exécuté à Washington fut Cal Coburn Brown en 2010. Il avait été reconnu coupable du viol et du meurtre de Holly Washa, âgée de 21 ans. Depuis, l’État est devenu le 20e État à prohiber la peine de mort et montre que le recours à cette sentence est en régression à travers le pays. Pour preuve, 6 États l’autorisant encore n’ont procédé à aucune exécution depuis 1976, et « seulement » 39 peines ont été prononcées aux États-Unis en 2017, contre 114 en 2010. Seul le Texas résiste, puisqu’il représente à lui-seul un tiers des exécutions nationales. L’Arkansas, l’Alabama, le Missouri et l’Ohio font notamment partie des États qui autorisent, aujourd’hui encore, cette pratique.

Dans le monde, on compte à ce jour 106 pays ayant interdit la peine de mort. En 2017, 84 % des sentences ont été prononcées dans seulement 4 pays. Le Japon, le Ghana, l’Iran, le Belarus et la Malaisie ont encore recours à ce type de sentences.

 

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