Les origines d’Hanoucca, la fête juive des Lumières

Pendant huit jours et huit nuits, les Juifs du monde entier allument des bougies, chantent des chansons et font tourner la toupie de Hanoucca, commémorant la réinauguration de l'autel des offrandes dans le second Temple de Jérusalem.samedi 1 décembre 2018

De AMY BRIGGS
Pendant Hanoucca, une hanoukkia colorée est projetée sur les murs de la vieille ville de Jérusalem.

Pour les Juifs du monde entier, l’heure est venue de célébrer Hanoucca, la Fête des Lumières qui dure huit jours et huit nuits. Cette année, les festivités débutent le dimanche 2 décembre et prendront fin le lundi 10 décembre. Si Hanoucca a gagné en popularité dans les temps modernes, les origines de cette fête sont anciennes, datant des siècles de trouble qui ont suivi la mort d’Alexandre le Grand.

 

UNE FÊTE QUI TIENT SON ORIGINE D’UNE RÉVOLTE

Après la mort d’Alexandre en 323 avant J.-C., une lutte pour le pouvoir éclata entre ses généraux. Celle-ci dura plus d’un siècle. Les rois gréco-syriens séleucides en sortirent victorieux et régnèrent sur bon nombre des anciens territoires d’Alexandre, dont la Judée, qui se trouve aujourd’hui dans le centre d’Israël. Les Séleucides exercèrent leur influence au travers de l’hellénisation, c’est-à-dire en diffusant la religion, l’architecture et l’art grecs. Mais des communautés locales résistèrent à cela, en particulier en Judée. (À lire : La fin de l'Empire d'Alexandre le Grand précipitée par la suspicion et les complots.)

Le roi Antiochos IV Épiphane a régné sur l’Empire séleucide de 175 à 164 avant J.-C.

En – 175, le roi séleucide Antiochos IV Épiphane monta sur le trône et essaya de forcer les Judéens à s’intégrer. D’après certains spécialistes, le roi pensait qu’une seule religion pourrait unifier son empire divisé, mais les méthodes brutales qu’il employa allaient à l’encontre de ces intentions.

Au premier siècle après J.-C., l’historien juif Flavius Josèphe décrivit le pillage brutal de Jérusalem et de la façon dont étaient traités les dissidents juifs. Les Séleucides s’emparèrent du Temple de Jérusalem et le profanèrent en érigeant en son sein un autel pour le dieu grec Zeus. Antiochos interdit la religion juive et rendit obligatoire le culte religieux des dieux grecs. Flavius Josèphe décrit dans les moindres détails la brutalité avec laquelle étaient punis ceux qui résistaient : ils étaient « frappés à coups de fouet, mutilés, ils étaient crucifiés vivant et respirant encore... Tout livre sacré, tout exemplaire de la loi qu'on découvrait était détruit, et les malheureux chez qui il avait été trouvé périssaient eux aussi misérablement ».

À l’intérieur de ce manuscrit enluminé du 15e siècle de Flavius Josèphe intitulé « Guerre des juifs » se trouvent des illustrations de couleur représentant la révolte des Maccabées contre Antiochos.

Horrifié par la désacralisation du Temple et par la cruauté dont était victime le peuple juif, le prêtre Mattathias et ses fils se rebellèrent. À la mort de Mattathias en 166 avant J.-C., le fils de ce dernier, Judas Maccabée (le « Marteau ») remplaça son père dans la lutte et conduisit le peuple juif à de nombreuses victoires face aux Séleucides. En -164, Judas regagna Jérusalem. Il restaura le Temple, le purifia et le dédia à nouveau à la religion juive. La révolte des Maccabées, telle qu’elle fut connue par la suite, se poursuivit. Les Séleucides finirent par être chassés de Judée en -160.

 

LE MIRACLE DE LA LUMIÈRE

Le mot « Hanoucca » signifie « dévouement ». Cette célébration commémore le miracle de la lumière qui est survenue lorsque Judas a à nouveau dédié le Temple au dieu hébreu. D’après le Talmud, un des textes sacrés du judaïsme, les Séleucides n’avaient laissé qu’une seule fiole intacte d’huile, une quantité suffisante pour allumer le candélabre du Temple pour une journée. Mais ce dernier brûla pendant huit jours, ce qui laissa suffisamment de temps aux Judéens victorieux pour se procurer de l’huile. Ce miracle est devenu le fondement d’une fête adorée et créée pour remercier Dieu et célébrer la victoire de la lumière sur les ténèbres.

Aujourd’hui, Hanoucca est célébrée le 25e jour du Kislev, qui correspond au 9e mois du calendrier hébreu : elle commence donc généralement fin novembre et se termine début décembre. Pendant huit nuits, les bougies d’une hanoukkia sont allumées. Une hanoukkia est un candélabre doté de neuf branches, une pour chaque soir, plus une bougie « servante » appelé le shamash (shammes en yiddish). Chaque soir pendant huit jours, une bougie supplémentaire est ajoutée et allumée. Pendant qu'on l’allume, les croyants récitent des bénédictions et des prières spéciales. On chante des chansons et on échange des cadeaux pour commémorer le miracle qui s’est produit dans le Temple il y a plus de 2 000 ans.

 

Amy Briggs est rédactrice en chef du magazine National Geographic Histoire américain.

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