Le Fort Saint-Sébastien, symbole de la stratégie militaire de Louis XIV

En 2012, deux camps d’entraînement datant du règne de Louis XIV ont été retrouvés à quelques kilomètres du château de Saint-Germain en Laye. Ils ont été à l’origine de nombreuses victoires militaires sous le règne du roi Soleil.

De Arnaud Sacleux
Carte du XVIIe montrant la position du fort Saint-Sébastien, fort d'entrainement des troupes de Louis XIV au nord de la forêt de Saint-Germain.

Les archéologues de l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (Inrap) avaient effectué d’octobre 2011 à août 2012 des fouilles sur un terrain destiné à l’agrandissement d’une usine de traitement des eaux. Deux camps fortifiés datant du 17e siècle y avaient été découverts et des travaux minutieux ont permis de contextualiser leur histoire. Ce site, le Fort Saint-Sébastien, fut le lieu d’entraînement des armées d’élite du roi à la poliorcétique, l’art d’assiéger des villes. Il est le symbole de l’ambition d’un jeune roi Soleil désireux d’asseoir sa puissance au sein d’une Europe liguée contre lui. À ses côtés, Vauban, un éminent architecte militaire, a fait preuve de prouesses stratégiques et a contribué à la réussite des conquêtes militaires de Louis XIV.

 

DEUX CAMPS, DEUX ÉCOLES

Le Fort Saint-Sébastien témoigne de la volonté du roi de mener une guerre contre l’Europe et plus précisément contre la Hollande, concurrente commerciale et territoire protestant. Cet aménagement de fortifications faites de terres et de bois s’étale sur 32 hectares et n’a aucun équivalent connu à ce jour. Les deux forts retrouvés montrent que deux entraînements distincts ont été dispensés aux soldats de l’armée du roi. Le premier camp fortifié, inspiré des modèles de l’antiquité par sa forme rectangulaire, reproduisait une fortification simple dont les soldats devaient assurer la prise ou la défense dans des tranchées basiques. Pour les chercheurs, ce premier site n’aurait été utilisé que lors d’une seule campagne avant d’être rebouché en 1670. Il aurait accueilli près de 9 000 hommes et 2 500 chevaux.

Le second ouvrage fortifié se distingue du premier, il aurait accueilli environ 25 000 hommes et 10 000 chevaux. Avec son réseau de tranchées fortifiées creusées en zigzag, pouvant atteindre jusqu’à 7 mètres de large et 2 mètres de profondeur, il correspondait à des techniques plus modernes de la poliorcétique prônée par Vauban : une tranchée « d’approche » servait à assaillir la fortification, protégée des tirs ennemis par des talus de terre, et une autre tranchée creusée tout autour la protégeait des attaques extérieures. Ces préceptes sont aujourd’hui connus sous le nom de « siège à la Vauban ».

 

LE SIÈGE DE MAASTRICHT

Quelques mois plus tard, la guerre éclate et c’est en 1673 qu’a lieu le siège de la ville de Maastricht, célèbre épisode de la guerre de Hollande (1672 – 1678). Le roi ordonne à Vauban de mener le siège sur la ville fortifiée. Le stratège reste fidèle à ses préceptes et la France connaît une victoire éclair au bout de 13 jours seulement. Les pertes humaines sont peu importantes, seuls 2 500 soldats dont le célèbre capitaine des mousquetaires d’Artagnan sont tués sur les 13 000 soldats que compte l’armée française.

Vauban était un véritable visionnaire en matière de stratégie militaire : il est également connu pour être l’instigateur du « pré carré », qui consiste à protéger une place par l’établissement de deux lignes de villes fortifiées autour. Un génie militaire qui lui vaudra cette célèbre diatribe : « Une ville construite par Vauban est une ville sauvée, une ville attaquée par Vauban est une ville perdue. »

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