De l’ADN humain vieux de 9 000 ans retrouvé dans du mastic

Ce "mastic" est en réalité du brai de bouleau, une substance collante autrefois mastiquée pour fabriquer armes et outils. Des échantillons retrouvés ont permis à des chercheurs de remonter plusieurs millénaires en arrière.

Thursday, May 23, 2019,
De Arnaud Sacleux
Les échantillons, découverts dans une fosse datée d’il y a 10 040 à 9 610 ans, ...
Les échantillons, découverts dans une fosse datée d’il y a 10 040 à 9 610 ans, contiennent encore les empreintes ADN de ceux qui les ont mastiqués : des femmes et des hommes, âgés entre 5 et 18 ans.
Photographie de raspirator, getty images via istock

Le brai de bouleau est une substance issue de la calcination de l’écorce de bouleau. Une centaine d’échantillons présentant des traces de mastication a été retrouvée sur le site archéologique de Huseby Klev en Suède. Des chercheurs de l’Université de Stockholm (Suède) et d’Oslo (Norvège) ont analysé les empreintes dentaires présentes sur trois de ces échantillons et ont ainsi pu en générer les génomes. L’ADN correspond à un groupe génétique bien connu des scientifiques ; les chasseurs cueilleurs scandinaves. Considéré comme une colle lors de la préhistoire, ils s’en servaient pour fixer une pointe de flèche sur sa tige ou pour réparer divers objets. Les résultats de cette étude sont publiés dans la revue Communications Biology.

 

LES CHASSEURS-CUEILLEURS SCANDINAVES, UNE POPULATION ISSUE DE LA MIGRATION

D’après de précédentes études d’ADN réalisées en Scandinavie « basées sur des tissus momifiés, des os, des cheveux et des coprolites » indique Natalija Kashuba, doctorante au Département Archéologie et Préhistoire de l’Université d’Uppsala en Suède, les chasseurs-cueilleurs scandinaves étaient l’un des trois groupes génétiques de l’Europe postglaciaire, avec les chasseurs-cueilleurs occidentaux et les chasseurs-cueilleurs orientaux. Ils seraient même un mélange de ces deux autres groupes, « conséquence d’une immigration d’environ 10 300 individus » dans la péninsule scandinave à la fin du dernier âge glaciaire, révèle l’étude. Les chercheurs travaillent encore aujourd’hui à faire le lien entre les évolutions de populations depuis la première colonisation de la Scandinavie jusqu’à l’âge de fer tardif et les progrès technologiques au fil du temps.

L'un des "chewing-gums" du site mésolithique d’Huseby Klev, entouré du moulage des empreintes dentaires.
Photographie de Kashuba et al., 2018, BioRχiv, photo de Verner Alexandersen

L’étude de cette poix de bouleau, de couleur sombre, a permis aux scientifiques de confirmer le lien entre les chasseurs-cueilleurs scandinaves et la production d’outils lithiques. Les échantillons, découverts dans une fosse datée d’il y a 10 040 à 9 610 ans, contiennent encore les empreintes ADN de ceux qui les ont mastiqués. « Nous avons pu séquencer l'ensemble du génome de trois individus » précise Natalija Kashuba. Parmi ces trois individus, deux femmes et un homme, âgés entre 5 et 18 ans selon la taille des empreintes dentaires.

Des matériaux lithiques retrouvés sur le site de Huseby Klev indiquent également un brassage de populations à l’ère mésolithique. « Cela prouve que la technologie de l’Est a déjà été utilisée aux stades précoces du site » ajoute Natalija Kashuba.

 

QUELLES UTILISATIONS ?

Lisa Matisoo-Smith, anthropologue à l'université d'Otago à Dunedin en Nouvelle-Zélande a déclaré dans Sciencemag passionnant le fait de « pouvoir obtenir de l'ADN de quelque chose que les gens ont mâché il y a des milliers d'années. » L’anthropologue a d’ailleurs indiqué qu'il n'est pas certain que les personnes ayant mâché les gommes fabriquaient obligatoirement des outils ; le brai de bouleau ne provenait pas d'outils.

La question se pose alors ; quelles autres utilisations pouvaient en faire les chasseurs-cueilleurs scandinaves ? Les résultats de l’analyse ADN indiquant que femmes et hommes, de tous âges, mâchaient ces gommes semble confirmer cette hypothèse. L’anthropologue suggère que le brai pouvait donc être utilisé comme simple chewing-gum par les plus jeunes, pour leur simple plaisir.

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