Le cannibalisme était une pratique courante chez l’Homo antecessor

Sur le site préhistorique de la sierra d’Atapuerca en Espagne, des paléontologues ont retrouvés des restes d’Homo antecessor fracturés. Un modèle basé sur l’abondance de ces restes suggère que cet ancêtre avait souvent recours au cannibalisme.

De Arnaud Sacleux

L’Homo antecessor est une espèce du genre Homo ayant évolué en Europe occidentale de 900 000 à 600 000 ans avant notre ère. Les seuls fossiles de cette espèce ont été retrouvés sur le site d’Atapuerca et de Gran Dolina en Espagne. Le cannibalisme était suspecté depuis des années par les scientifiques chez Homo antecessor ainsi que d’autres groupes humains successifs ; des fouilles plus anciennes suggèrent d’ailleurs que cette espèce n’hésitait pas à attaquer d’autres hominidés pour se nourrir. Pourtant, Homo antecessor était un prédateur, maîtrisait la chasse et la valeur calorique d’un humain est bien plus faible, environ 32 000 calories, que chez les animaux de l’époque : 3 millions de calories pour un mammouth ou 1 million pour un rhinocéros laineux. Si les théories concernant les causes du cannibalisme chez Homo antecessor tendaient jusqu’à aujourd’hui vers une explication socio-culturelle, une étude récemment publiée dans la revue Journal of Human Evolution donne de nouvelles pistes d’explications.

 

UNE PRATIQUE RENTABLE

« Les chercheurs sur le site d’Atapuerca ont développé un modèle basé sur l’abondance des restes humains et des restes de faune pour essayer de comprendre si, en termes de proportion, l’hypothèse du cannibalisme faisait sens » nous explique Clément Zanolli, chercheur CNRS au laboratoire PACEA de l’Université de Bordeaux. « Le modèle semble suggérer que la quantité de restes humains d’Homo antecessor et le fait qu’il y ait des os fracturés, cassés, implique une pratique fréquente du cannibalisme chez cette espèce ».

Selon l’étude, Homo antecessor choisissait en effet ses proies selon un principe d’optimisation et d’équilibre entre coûts et avantages. La surreprésentation de cette espèce archaïque en faisait une proie facile. « Il était plus facile de rencontrer un humain qu’un autre animal. Ces ancêtres pouvaient donc obtenir une grande quantité de nourriture à faible coût » conclut Jesús Rodríguez, chercheur au Centre national d’investigation sur l’évolution de l’Humanité (CENIEH).

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Homo antecessor était-il le premier cannibale de l’Histoire ? Difficile à dire pour le chercheur Clément Zanolli. « On ne connaît pas grand-chose sur l’alimentation des premiers représentants du genre Homo en Afrique ou en Eurasie » nous précise-t-il. « On a une trace qui nous permet de dire qu’à cet endroit et à cette période, il y avait du cannibalisme. Peut-être qu’il y en a eu avant et il y en a eu sûrement après, mais on ne peut pour l’instant pas l’affirmer précisément. »

 

HOMO ANTECESSOR : L’UN DE NOS ANCÊTRES ?

Des zones d’ombres persistent. On ne sait pas si Homo antecessor avait recours au cannibalisme exclusivement sur d’autres Homo antecessor ou également sur d’autres espèces comme Homo erectus, qui a vécu sur la même période. Si plusieurs croisements génétiques sont reconnus entre différents groupes d’humains durant la préhistoire, il est cependant peu probable qu’ils se soient rencontrés, l’Homo erectus étant localisé en Afrique et en Eurasie. De plus, le manque de données sur cette période, entre 900 000 et 600 000 ans avant notre ère, rend l’époque très floue et difficile à connaître en détails.

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Pourtant, cette période est aussi une époque charnière. Des indices révèlent qu’Homo antecessor pourrait être l’un de nos ancêtres. Un article paru dans Science Advances explore cette piste. « Si on remonte dans le temps, pour trouver les ancêtres communs entre les Néandertaliens et les humains modernes, il faut remonter entre 700 000 et 1 million d’années. C’est la période à laquelle vivait Homo antecessor et certains représentants d’Homo erectus en Afrique et en Asie. L’un de ces deux groupes pourrait être nos ancêtres » réagit Clément Zanolli.

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