Des momies de lions extrêmement rares découvertes en Égypte

Jusqu'à aujourd'hui, les égyptologues n'avaient trouvé qu'une seule momie de lion. Les lions momifiés étaient-ils rares par nature ? Ou est-ce simplement que nous ne les avions pas encore trouvés ?mardi 26 novembre 2019

Il est difficile d'imaginer des clans de lions arpenter les terres de l'Égypte actuelle, mais il y a 3 000 ans, ces grands félins étaient nombreux à paresser sur les rives du Nil et certains avaient même le privilège d'habiter les palais, domestiqués par les rois d'Égypte. Le lion (Panthera leo)  était associé au Soleil et au pharaon, les éléments les plus puissants de vie et de mort dans l'Égypte antique. Et même après l'assèchement du climat local et la migration de leurs clans vers le sud, les lions ont continué d'occuper une place proéminente dans la culture égyptienne.

« Le lion a joué un rôle fascinant dans l'iconographie de l'Égypte antique, » affirme Conni Lord, égyptologue au musée Nicholson de l'université de Sidney travaillant sur l'Animal Mummy Research Project. « Il symbolisait l'autorité royale, mais l'image du lion était également reprise dans les objets de la vie quotidienne, comme les chaises ou les lits. Elle a pu n'avoir qu'une valeur décorative, mais il est également possible qu'elle ait eu une portée divinatoire en lien avec la protection. »

Étant donné la fréquence de représentation des lions dans la culture égyptienne de l'époque, les chercheurs se demandent depuis longtemps pourquoi ils n'avaient mis la main que sur une seule momie de lion parmi les millions d'animaux momifiés et enterrés par les Égyptiens. C'était avant qu'une équipe d'archéologues dirigée par le Conseil suprême des Antiquités égyptiennes n'annonce la découverte de cinq nouvelles momies de lions, principalement des lionceaux, dans la nécropole du Bubasteion de Saqqara, les catacombes où étaient déposées les momies de chats.

Les lionceaux momifiés mesurent chacun près d'un mètre de long et seraient morts à l'âge de 8 mois. Ils ont été trouvés aux côtés d'une vaste collection de statues de chats en bronze et en bois ainsi que d'autres animaux momifiés, notamment des cobras et crocodiles. Le Conseil suprême des Antiquités égyptiennes indique que ces artefacts auraient appartenu à la 26e dynastie égyptienne (664 - 525 avant notre ère).

Les lions jouissaient d'un statut privilégié dans l'Égypte antique, ils étaient perçus comme les combattants les plus féroces de la nature et représentaient à la fois le danger et la protection. Les pharaons participaient régulièrement à des chasses au lion pour faire montre de leur propre suprématie, c'est notamment le cas d'Amenhotep III qui revendique la mort de 102 lions au cours de ses dix premières années de règne.

Ces grands félins étaient également gardés comme animaux de compagnie dans les complexes royaux ; Ramsès II et Toutânkhamon ont d'ailleurs été représentés avec un lion assis à leurs côtés. Dans un extrait célèbre, l'auteur grec Élien parle des lions qu'il a aperçus lors d'une visite à Saqqara, ils étaient nourris de bovins et des serviteurs chantaient pendant leur repas.

Pour autant, le lion n'a jamais été associé fortement à un dieu unique comme a pu l'être l'ibis à Thoth ou le chacal à Anubis. Les momies de Saqqara sont probablement connectées à la déesse chatte Bastet et sa sœur Sekhmet, la déesse guerrière à tête de lion, explique Lord.

Ce lien manquant avec une divinité et un culte bien spécifiques pourrait être la raison pour laquelle les lions momifiés sont beaucoup moins nombreux que les autres animaux, ajoute-t-elle. Une autre explication pourrait être qu'ils n'ont tout simplement pas encore été découverts.

« Aucune raison pratique ne pourrait expliquer le manque de lions momifiés, » précise Lord. « Les Égyptiens étaient tout à fait capables de momifier une créature de cette taille. Le taureau Apis, un animal sacré, a été momifié à l'aide des techniques les plus avancées, notamment l'ablation d'organes.

L'unique particularité de la momification d'un lion est que l'ablation des organes serait plus odorante, étant donné que c'est un carnivore, explique Salima Ikram, archéologue à l'université américaine du Caire qui a réalisé un scanner de certaines de ces momies lions.

Ikram indique que la découverte est d'une « extrême importance » puisqu'elle donnera aux chercheurs de nouvelles informations sur la façon dont les lions étaient capturés du temps de l'Égypte antique, et s'ils étaient élevés ou échangés.

« Il est tout à fait possible qu'à mesure que les fouilles de Saqqara se poursuivent, d'autres lions momifiés fassent leur apparition, » assure-t-elle. « Les auteurs classiques évoquent la momification des lions en Égypte et un groupe d'académiciens, dont je fais partie, est à la recherche d'un cimetière de lions. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

Lire la suite