La Dame de Vix, une femme à l’héritage celte et grec

Des fouilles archéologiques viennent de s’achever sur le site antique de Vix, en Bourgogne. L'occasion d’en savoir plus sur sa figure principale encore teintée de mystère, la Dame de Vix, une femme au croisement des civilisations celte et grecque.

lundi, 16 décembre 2019,
De Paul Chigioni
Photographie De RMN-Mathieu Rabeau
Vase de Vix
Ce vase, le plus grand cratère en bronze du monde, a été retrouvé dans la chambre funéraire de la Dame de Vix. Il peut contenir 1100 litres de vin.
Photographie de RMN-Mathieu Rabeau

Un collier celtique rigide en or décoré d’un cheval ailé d’inspiration méditerranéenne. C’est un des éléments de la parure « princière » retrouvé par les archéologues en 1953 sur le squelette d’une femme dans une chambre funéraire celte, non loin du village de Vix, en Bourgogne.

Soixante-six ans plus tard, le site archéologique de Vix, au pied du mont Lassois, fourmille de nouveau. L’un des objectifs de l’INRAP, l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives, est notamment d’en connaître un peu plus sur celle qu’on a baptisé la Dame de Vix. La récente fouille débutée en août dernier a permis de découvrir de nombreux restes d’ossements de la princesse auréolée de mystère, permettant de nouvelles analyses ADN. 

Le torque de la Dame de Vix est un jonc d'or pesant 480 grammes.
Photographie de RMN-Mathieu Rabeau

 

UNE FEMME DE POUVOIR ?

Mais qui était la Dame de Vix ? Les études réalisées ces dernières années ont montré qu’elle n’était pas originaire des alentours de Vix mais d’une région dite granitique, peut-être de la zone montagneuse du Morvan plus au sud ou de la Forêt Noire, vers l’Allemagne. 

« Il n’est pas impossible – c’est documenté en anthropologie – que les grandes familles de cette période "s'échangeaient" des femmes pour s’assurer des relations diplomatiques. » explique Dominique Garcia, président de l’INRAP.

Superposition du plan des vestiges et de la reconstitution d’un bâtiment en image virtuelle sur une photographie aérienne du Mont Lassois.
Photographie de Klaus Roth

À en juger au trésor de la chambre funéraire de la Dame, elle était sans aucun doute d’une stature particulière, probablement cheffe de la communauté celte qui vivait à Vix à la période des principautés celtiques, entre le 7e et 5e siècle avant J.-C.

Le vase grec, pièce phare du trésor retrouvé en 1953, avec ses 1 mètre 64 de hauteur, est le plus grand vase en bronze antique connu au monde. Sa fonction originelle grecque était destinée à préparer rituellement le mélange du vin et de l’eau.

Les récentes fouilles ont d’ailleurs permis de retrouver des fragments manquants de ce cratère, comme on l'appelle historiquement. Des pièces essentielles pour compléter notamment sa frise guerrière mettant en scène des soldats grecs, les hoplites.

Car voilà toute la subtilité et la fascination entourant la Dame de Vix et son trésor. Ils témoignent des liens étroits économiques et culturels qui se sont tissés entre les Grecs phocéens installés notamment à Massalia (l’actuelle Marseille) et les principautés celtes.

Le vase fabriqué au Sud de l’Italie représente probablement un cadeau diplomatique consolidant l’autorité locale celte du fait de sa somptuosité et garantissant, d’autre part, le bon fonctionnement du commerce massaliote. Mais surtout, il manifeste l’adoption par les élites celtes du rituel complexe du banquet grec : le symposium.

Des relations qui seront bénéfiques pour les principautés celtes autour du cœur économique et culturel que deviendra la Bourgogne et qui s’étendra jusqu’en Autriche. « Par l’apport de stimuli externes, une dynamique sociale locale a pu être accélérée et permettre ainsi le développement d’un système urbain très hiérarchisé mais somme toute "éphémère" car dépendant de cadres géopolitiques qui lui sont extérieurs », commente Dominique Garcia.

Pour autant, il reste encore beaucoup à découvrir sur la faste période des principautés celtes. L’archéologie est un moyen de se détacher ainsi que de compléter des sources écrites grecques réduisant trop souvent au terme de barbare cette civilisation, qui partage pourtant avec eux une passion pour le vin rouge.

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