Découverte de reliefs assyriens extrêmement rares en Irak

Ces reliefs en pierre remontent à plus de 2700 ans, à l'époque où le puissant roi Sargon II régnait en maître sur l'actuel Moyen-Orient. mardi 4 février 2020

Au 8e siècle avant notre ère, le roi Sargon II d'Assyrie avait sous sa gouverne un empire riche et puissant qui s'étalait sur une grande partie de l'actuel Moyen-Orient et inspirait la peur dans les royaumes voisins. Récemment, une équipe d'archéologues italiens et kurdes d'Irak travaillant dans le nord de l'Irak ont mis au jour dix reliefs en pierre qui décoraient un réseau sophistiqué de canaux creusé dans la roche. Cette découverte surprenante de sculptures aussi ravissantes habituellement réservées aux palais royaux a jeté un jour nouveau sur les impressionnants travaux publics financés par un monarque jusque-là célèbre pour ses prouesses militaires.

« Les reliefs en pierre assyriens sont extrêmement rares, » témoigne Daniele Morandi Bonacossi, archéologue à l'université d'Udine en Italie et co-directeur de la récente expédition. À une exception près, aucun de ces panneaux n'a été trouvé à son emplacement initial depuis 1845. « Il est fort probable que d'autres reliefs ou des inscriptions cunéiformes soient encore ensevelis sous les débris qui obstruent le canal. »

Situé près de la ville de Faydah, non loin de la frontière turque, le site a été fermé aux chercheurs pendant environ 50 ans en raison des conflits. En 1973, une équipe britannique avait remarqué le sommet de trois plaques de pierre mais des tensions entre les Kurdes et le régime baasiste de Bagdad les avaient empêchés de pousser plus loin leur travail. Une expédition menée par Morandi Bonacossi est revenue sur place en 2012 pour découvrir six autres reliefs. Leurs recherches ont été interrompues par l'invasion de l'État islamique qui a suivi. La ligne de front entre l'État islamique et les forces kurdes se trouvait à une trentaine de kilomètres de là, jusqu'à la défaite des intégristes musulmans en 2017.

À l'automne dernier, Morandi Bonacossi a répertorié un total de dix reliefs installés sur les berges d'un ancien canal long de six kilomètres avec l'aide d'Hassan Ahmed Qasim, directeur du département des antiquités de Duhok, une province du Kurdistan irakien. Selon l'archéologue italien, la scène représentée par ces reliefs est unique.

Les dalles de pierre représentent un roi, Sargon II d'après les archéologues, en train d'observer une procession de dieux assyriens avec notamment Assur, la divinité tutélaire de l'Assyrie, chevauchant un dragon et un lion à cornes, suivi de son épouse Mulissu assise sur un trône soutenu par des lions. Parmi les autres figures, on retrouve Ishtar, déesse de l'amour et de la guerre, Shamash, le dieu-Soleil, et Nabu, dieu du savoir. Les archéologues suggèrent que de telles images ont été utilisées pour montrer aux badauds que la fertilité provient à la fois de puissances divines et terrestres.

« Ces reliefs laissent entendre que des scènes au message politique mettant en scène la puissance royale et sa légitimité divine étaient un lieu commun à l'époque, » déclare Jason Ur, archéologue à l'université Harvard qui étudie les réseaux hydrographiques de la région. Cette découverte montre que ces œuvres d'art n'étaient « pas uniquement réservées aux palais impériaux, elles avaient leur place partout, même là où les agriculteurs puisaient l'eau des canaux pour leurs champs. »

Le canal serpente autour d'une série de collines voisines et était alimenté par des sources qui jaillissaient de la roche calcaire. Des embranchements partant du canal principal offraient une irrigation abondante pour l'orge, le blé et d'autres cultures. Les champs auraient permis de nourrir les 100 000 résidents ou plus de Ninive, l'une des plus grandes villes du monde de l'époque. Les ruines de cette vaste métropole émergent de terre à une centaine de kilomètres plus au sud, de l'autre côté du fleuve Tigre, dans les faubourgs de l'actuelle ville de Mossoul.

Sargon II régnait sur ce que les historiens appellent aujourd'hui l'Empire néo-assyrien qui a dominé la région entre 911 et 609 avant notre ère, date de sa destruction par les Perses et les Babyloniens. Première armée à utiliser des armes en fer, les Assyriens ont également mis au point des tactiques militaires avancées pour submerger leurs ennemis.

Lorsque Sargon s'empare du trône en 721 avant notre ère, il s'empresse de conquérir le royaume nordique d'Israël alors en rébellion et force ses milliers de citoyens à trouver refuge ailleurs, par-delà l'Euphrate. La Bible évoque son invasion de la ville côtière d'Ashdod et des archéologues ont récemment découvert un mur construit à la hâte autour de la cité qui n'aurait pas suffi à repousser l'assaillant. Au sud, le royaume de Judée parvient à éviter le sort d'Israël en devenant un état vassal.

Les victoires militaires de Sargon II se poursuivent à travers l'Anatolie et l'ouest du plateau Iranien. Dans son royaume, il fait construire une nouvelle capitale en dehors de Ninive à Dur-Sharrukin, qui signifie « forteresse de Sargon », mais les connaissances sur ses exploits non militaires s'arrêtent à peu près là. Comme les soulignent les archéologues, les reliefs de Faydah semblent témoigner d'un important soutien royal pour l'amélioration des terres au cœur du territoire assyrien.

Le fils de Sargon, Sennacherib, a élargi ce réseau et construit ce qui pourrait bien être le plus vieil aqueduc au monde, une structure qui traverse une rivière près de Ninive érigée à l'aide d'arches en pierre et de ciment résistant à l'eau. « Par-dessus les vallées escarpées, j'ai dressé un aqueduc en blocs de calcaire blanc ; puis j'y ai fait couler l'eau, » se targue-t-il dans une inscription.

L'archéologue de l'université d'Oxford Stephanie Dalley a même soutenu que les légendaires jardins suspendus de Babylone auraient été construits à Ninive pour tirer profit de l'eau qui coulait en abondance dans la ville. Bien que cette hypothèse soit sujette à controverses, Ur et d'autres chercheurs affirment que les académiciens ont sous-estimé l'expertise technologique des Assyriens en dehors du champ de bataille.

La récente expédition a fait la part belle aux nouvelles technologies, notamment au scanner laser et à la photogrammétrie numérique, afin de ne pas rater un seul détail des reliefs en pierre et de leur contexte. Le recours à un drone a permis de prendre des photos aériennes en haute résolution que les chercheurs pourront utiliser pour cartographier l'intégralité du réseau de canaux.

Cependant, les vestiges inestimables du mécénat de Sargon sont « gravement menacés par le vandalisme, les fouilles illégales et l'expansion du village voisin, » prévient Morandi Bonacossi. L'un des reliefs a par exemple été endommagé par un pillard potentiel en mai 2019, poursuit-il. Un autre a été malmené suite à l'agrandissement de l'étable d'un agriculteur. Et en 2018, un aqueduc moderne a été percé à travers le canal ancien.

Selon Morandi Bonacossi, l'objectif ultime serait de créer un parc archéologique qui couvrirait d'autres reliefs en pierre et par la suite d'obtenir la protection du patrimoine mondial de l'UNESCO pour l'ensemble du système hydrographique construit par plusieurs souverains assyriens, cinq siècles avant l'arrivée des Romains.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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