Çatal Hüyük, la première ville du monde, était égalitaire

L’art et les ossements sont deux remarquables indicateurs lorsqu’il s’agit d’étudier les comportements d’une civilisation passée. Mais que peuvent-ils nous révéler lorsqu’il s’agit de l’une des plus anciennes villes du monde ?

Thursday, June 11, 2020,
De Arnaud Sacleux
Depuis les années 1960, le travail des archéologues sur le site de Çatal Höyük a permis ...
Depuis les années 1960, le travail des archéologues sur le site de Çatal Höyük a permis de révéler de nombreux niveaux d'habitations collées les unes aux autres, habitées par une large communauté vivant à l'Âge de pierre, à l'époque où l'Homme commençait à abandonner son mode de vie nomade.
Photographie de MARION BULL/ALAMY/ACI

Il y a environ 9 000 ans, alors que l’art, l’agriculture et l’architecture en étaient à leurs balbutiements, l’une des premières villes de chasseurs-cueilleurs de notre histoire, Çatal Hüyük, a émergé au cœur de l’Anatolie centrale, dans l'actuelle Turquie actuelle. Façonnée à la fin du 8e millénaire av. J.-C., cette agglomération a atteint son apogée au début du 6e millénaire av. J.-C., s’étendant sur près de 13 hectares. Près de 8 000 habitants y étaient répartis au sein de 2 000 foyers.

Comment étudier, au sein d’une ville aussi ancienne, le mode de vie de toute une population ? Deux indicateurs : l’art, miroir des mœurs et pensées d’une époque, et les restes des défunts, dont les os sont une source d’informations inestimable.

La première ville du monde était égalitaire

L’art à cette époque occupait une place centrale à Çatal Hüyük. Il se caractérisait principalement par des peintures polychromes de grande taille et des figurines sculptées avec une certaine précision. Divers ornements, décorant les foyers de l’époque, ont été retrouvés dans un excellent été de conservation avec un détail notable : les hommes étaient omniprésents sur les peintures, au contraire des femmes qui en étaient quasiment toujours absentes. Souvent vêtus de peaux de bêtes, les hommes chassaient et effectuaient des battues, activité qui semble être au cœur des représentations artistiques de l’époque.

Une autre partie importante des dessins retrouvés est également sur les mâles, puisqu’on y retrouve des représentations d’animaux sauvages, comme des taureaux ou des cerfs ; ces derniers étant toujours représentés en érection. Les nombreuses têtes d'animaux fixées aux murs sont celles de béliers et de taureaux sauvages, animaux symbolisant le caractère masculin qui semblait être une véritable inspiration pour l'art pictural d’Anatolie, quand les seules représentations des femmes étaient des petites figurines sculptées.

Pourtant, si la chasse semblait être une affaire d’hommes comme en témoignent ces œuvres, qu’en était-il des festins qui s’en suivaient ? D’après les divers ossements retrouvés, tout le monde sans exception y prenait part. L'analyse de la composition isotopique des nombreux os mis au jour ne met en évidence aucune variation, quel que soit le sexe du défunt. L'usure dentaire est similaire et la taille des squelettes ne varie que très légèrement.

Le régime alimentaire étant un excellent témoignage du statut social d’un défunt, on peut concevoir que femmes et hommes étant alimentés de la même manière, ils occupaient une place comparable au sein de cette cité.

Une étrange coutume avait lieu à Çatal Hüyük : certains morts se retrouvaient la tête coupée, souvent plusieurs mois après avoir trépassé, cette dernière étant prélevée à l’aide d’un couteau et laissant des traces visibles sur les vertèbres. Les crânes étaient vraisemblablement utilisés pour des rituels. Des travaux ont montré que les têtes prélevées appartenaient à chaque fois à des chefs ou des personnages importants de la ville. Parmi ces crânes, autant de femmes que d'hommes.

Il apparaît que l’organisation et la hiérarchie de Çatal Hüyük, l’une des premières villes de notre histoire, ne reposait pas sur le sexe d’une personne. Le fait que la chasse ait été réservée aux hommes tient plus de l’héritage culturel des populations de l’époque que d’une volonté patriarcale de mettre l’homme en évidence par rapport à la femme, comme en témoigne l’analyse des ossements retrouvés sur le site et l’équité sociale des deux sexes que l’on peut en déduire.

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