Le Muséum national d’Histoire naturelle veut sauver le mammouth de Durfort

Découvert en 1869 dans le Gard, le mammouth de Durfort est l’un des plus grands fossiles de mammouth connus au monde. Le Muséum national d’Histoire naturelle lance un appel aux dons pour restaurer ce magnifique spécimen abîmé par le temps.

Publication 26 nov. 2020, 17:30 CET
Le mammouth de Durfort trône dans la galerie d'Anatomie comparée et de Paléontologie du Muséum national ...

Le mammouth de Durfort trône dans la galerie d'Anatomie comparée et de Paléontologie du Muséum national d'Histoire naturelle à Paris depuis 1885. 

Photographie de Muséum national d'Histoire naturelle

« Nous espérons récolter 400 000 euros pour [sauver] ce spécimen emblématique de la paléontologie française » déclare Cécile Colin, responsable de la Galerie d’Anatomie comparée et de Paléontologie au Muséum national d’Histoire naturelle. Début novembre, l’institution a lancé un appel aux dons sur la plateforme de financement participatif Ulule pour restaurer entièrement le squelette fossilisé et sauvegarder ce spécimen remarquable. « Il faut imaginer un travail de restauration sur plus de 200 os et sur un énorme socle en bois » précise la scientifique. Un travail colossal….

 

D’OÙ VIENT CE MAMMOUTH ?

En 1869, les défenses de l’animal ont été mises au jour pendant des travaux d’élargissement de la chaussée dans le petit village de Durfort dans le Gard. Petit à petit des défenses, un crâne puisdes vertèbres ont été excavés. Les chercheurs se sont rendus compte que le squelette du mammouth était quasiment complet. La découverte exceptionnelle de ce mammouth géant a rendu le village français célèbre. « Les travaux de fouilles ont duré presque quatre ans car le processus de fossilisation n’étant pas totalement abouti, la roche friable s’endommageait au contact des outils des archéologues, ils ont donc dû s’adapter » explique Cécile Colin.

La guerre a également interrompu les travaux qui n’ont repris qu'en 1872. Le Muséum mandate alors un de ses préparateurs pour trouver un protocole pour préserver au mieux l’os lors de son dégagement. À l’époque, utilisait des mélanges qui imprégnaient le fossile pour le faire durcir : du blanc-de-baleine, de la colophane ou de la cire.

Trente-et-une caisses ont été nécessaires à son acheminement vers la capitale en 1873. L'impressionnant spécimen a été exposé dès 1885 après qu’Albert Gaudry a été chargé de rassembler toutes les pièces paléontologiques du Muséum. Il est depuis 120 ans la pièce maitresse dans la galerie de paléontologie du muséum.

Le mammouth de Durfort est un mammouth méridional (mammuthus meriodionalis). Comparativement au mammouth laineux des régions plus froides, il possèdait une peau plus lisse, qui se rapproche de celle des éléphants modernes. Il évoluait dans des climats tempérés voire chauds pendant la période du Pléistocène. Cet animal est vraisemblablement mort dans une région karstique puis ses os se sont fossilisés. « Le spécimen est très grand, il fait presque quatre mètres de hauteur et presque sept mètres du bout de ses défenses jusqu’à la queue, on estime qu’il faisait 10 tonnes en chair et en os » explique Cécile colin.

Les travaux archéologiques pour mettre au jour le mammouth de Durfort ont duré près de 4 ans. Des difficultés d'extraction et la guerre ont prolongé les travaux de fouille. 

Photographie de Muséum national d'Histoire naturelle

 

QUELLES VONT ÊTRE LES ÉTAPES DE SA RESTAURATION ?

« Ces 120 années d’exposition au public n’ont pas arrangé les choses » constate Cécile Colin. Les aléas du temps, la pollution, le manque d’entretien, la poussière, les doigts des curieux, tout cela a conduit à une dégradation importante par endroits.

Un chantier d'une telle ampleur est une première pour le musée, les archéologues du muséum s’attellent à choisir la meilleure équipe de restauration. Dans un premier temps, une étude préalable pour connaître l’état existant du spécimen sera effectuée. Pour que le démontage puisse se faire sans casse, il va falloir consolider certaines parties du squelette avant même de commencer le démontage. Puis, chaque os sera minutieusement décrassé et comblé s’il présente des fissures.

« Le nettoyage fera apparaître la couleur naturelle de la pierre, une pierre sûrement un peu jaune-ocre. Il faut avoir une teinte qui se rapproche de l’original pour obtenir un résultat épique » s’enthousiasme Cécile Colin. En parallèle, un socleur sera chargé de la structure finale, en plus du changement de toutes les boiseries, un changement de postures des pattes sera effectué puisque initialement le mammouth possédait une position de marche classique de mammifère alors qu’il marchait l’amble, en avançant simultanément les deux pattes d’un même côté. Cette restauration lui permettra donc de lui redonner une posture scientifiquement correcte.

 

RECOURIR À UN AUTRE MODE DE FINANCEMENT

« À hauteur d’une certaine somme, les donateurs auront le privilège de parrainer virtuellement un os du mammouth » explique Cécile Colin. Ce financement original a porté ces fruits et rencontré un très vif succès puisque désormais tous les os ont été parrainés ! Pendant un an, les donateurs verront leur nom apparaitre sur une reconstitution 3D du mammouth sur le site officiel du muséum.  

Plus de 100 000 euros ont déjà été récoltés, les donateurs ont jusqu'au 7 janvier 2021 pour participer, et les travaux devraient démarrer dès septembre 2021.

« Il faut compter entre 8 et 10 mois de travaux de restauration, après cela, nous serons très fiers d'exposer à nouveau notre cher mammouth » conclut Cécile Colin.

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