Red Power, le combat des Amérindiens contre l’oppression

Aux États-Unis, après des siècles de traités bafoués et de politiques racistes, des activistes natifs militent pour que justice soit faite.

Publication 26 nov. 2020 à 17:38 CET
 

Rassemblement à l'occasion de l'Indigenous Peoples' Sunrise Ceremony, également appelée Un-Thanksgiving Day, le 28 novembre 2019 à San ...

 

Rassemblement à l'occasion de l'Indigenous Peoples' Sunrise Ceremony, également appelée Un-Thanksgiving Day, le 28 novembre 2019 à San Francisco, en Californie. L'événement annuel commémore l'occupation d'Alcatraz en 1969 par des activistes en signe de protestation contre les politiques américaines menées à l'encontre des peuples amérindiens.

Photographie de Liu Guanguan, China News Service/VCG/Getty

Du mouvement des droits civiques à la libération des femmes en passant par les manifestations contre la guerre du Vietnam, les années 1960 et 1970 aux États-Unis ont été marquées par l'éveil des consciences. Parmi ces activistes figurait également l'un des groupes les plus marginalisés du pays : les Amérindiens.

Ces peuples natifs du continent américain avaient subi les affronts des politiques discriminatoires, des traités violés et de l'injustice systémique depuis la fondation même des États-Unis à la fin du 18e siècle. À travers le mouvement Red Power, les activistes autochtones souhaitaient contester ces pratiques et instiller la fierté au sein de leurs communautés en revendiquant le droit à l'autodétermination et à la souveraineté.

Au cours de son premier siècle d'existence, le gouvernement des États-Unis a signé plus de 350 traités avec les nations amérindiennes. Dans ces traités, pour la plupart négociés sous la contrainte, les peuples natifs cédaient leurs terres ancestrales au gouvernement contre la promesse de souveraineté sur les nouveaux territoires dans lesquels ils devaient s'établir. Cependant, à mesure que le colon blanc marchait sur l'Ouest américain, les États-Unis sont revenus sur leurs promesses et ont poussé les tribus natives dans des réserves de plus en plus petites.

Dès les années 1940, après avoir accordé un statut de nations aux tribus amérindiennes, le gouvernement américain s'est lancé dans le démantèlement de la souveraineté autochtone à travers une politique « terminationiste », destinée à fermer l'ensemble des réserves. Sous couvert de l'assimilation des peuples amérindiens dans la société américaine, le gouvernement fédéral a mis fin au statut tribal d'une centaine de groupes et tribus, supprimé la protection dont bénéficiaient plusieurs centaines de milliers d'hectares de terres et tenté de relocaliser les Amérindiens des réserves vers les milieux urbains. Le Bureau des affaires indiennes, l'agence fédérale qui imposait les lois aux natifs sans leur consentement ni leur consultation depuis 1824, est devenu un symbole de haine et d'oppression.

Déchirés par les inégalités sociales, les Amérindiens devaient composer avec la pauvreté, le crime et le désespoir. Au sein du gouvernement ou de la société américaine, peu nombreux étaient ceux disposés à reconnaître la violation des traités ou l'échec des politiques d'assimilation qui avaient mené à la perte de langues autochtones ainsi qu'à la suppression de nombreuses pratiques religieuses et culturelles amérindiennes.

En réaction à ces injustices, de jeunes Amérindiens se sont rassemblés sous la bannière du mouvement Red Power afin de réclamer la souveraineté qui était la leur. À l'aise avec les médias et galvanisés par les mouvements de protestation des années 1960, ils ont organisé des manifestations afin d'éveiller les consciences quant aux problèmes rencontrés par les natifs.

L'une des premières manifestations s'est déroulée sur l'île d'Alcatraz, dans la baie de San Francisco, où étaient autrefois retenus prisonniers des hommes de la tribu des Hopis et d'autres groupes amérindiens. En novembre 1969, une organisation se faisant appeler « Indians of All Tribes » s'est emparée de l'île et l'a proclamée centre culturel et spirituel au nom de tous les peuples amérindiens. L'occupation a pris fin en juin 1971 après la dissolution du groupe en raison de problèmes organisationnels, de conflits internes et de difficultés liées aux coupures d'eau et de courant ordonnées par le gouvernement américain.

Même si les activistes n'ont pas eu leur île, ils ont servi d'inspiration à des groupes comme l'American Indian Movement (AIM) qui ont multiplié les manifestations par la suite. Fondé à Minneapolis, dans le Minnesota, en 1968, l'AIM est rapidement devenu le mouvement le plus visible, mais aussi le plus controversé.

L'occupation de l'île d'Alcatraz a galvanisé un mouvement à travers lequel les Amérindiens ont pu reconquérir en grande partie leur souveraineté. Son héritage se perpétue dans les manifestations actuelles relatives aux droits à l'eau et à la terre ou aux traités dont les promesses brisées n'ont toujours pas été honorées.

Photographie de Liu Guanguan, China News Service/VCG/Getty

En octobre 1972, l'AIM a organisé le Trail of Broken Treaties, une caravane partie de la côte ouest pour rallier Washington. Les participants sollicitaient la restauration de l'autorité des tribus dans la rédaction des traités, l'abolition du Bureau des affaires indiennes ainsi que des investissements dans l'emploi, le logement et l'éducation. À leur arrivée à Washington, ils se sont barricadés dans le bâtiment du Bureau des affaires indiennes. Le blocage s'est achevé une semaine plus tard lorsque le gouvernement fédéral a accepté de répondre aux griefs des manifestants et d'attribuer un poste au sein du BIA à une personne issue de la communauté amérindienne.

Les protestations ont ensuite gagné le Dakota du Sud avec le siège de Wounded Knee pendant 71 jours à partir de février 1973. Située sur les terres de la réserve indienne de Pine Ridge, la ville a été le théâtre d'un massacre en 1890 au cours duquel les soldats de l'armée des États-Unis ont donné la mort à plus de 150 Amérindiens. Dans les années 1970, la réserve est rongée par le crime et la pauvreté lorsqu'un groupe des Oglala Lakota sollicite l'aide de l'AIM pour expulser le président de leur tribu, Richard Wilson, qu'ils soupçonnent de corruption et ont déjà tenté de destituer sans succès.

Les activistes de l'AIM et les membres du peuple Oglala Lakota ont envahi Wounded Knee en demandant la démission de Wilson et en réitérant leur appel au gouvernement des États-Unis à honorer ses traités. Bientôt, les manifestants sont encerclés par ce que l'historien Ian Record qualifie d'« armée fédérale improvisée » avec ses mitrailleuses, ses tireurs d'élite, ses blindés et même ses hélicoptères. Lors de la reddition des activistes 71 jours plus tard suite au blocage de l'approvisionnement en eau et nourriture, deux d'entre eux avaient été abattus et l'occupation faisait les gros titres à travers tout le pays.

La dernière manifestation majeure du mouvement, The Longest Walk de 1978, a vu les participants s'engager dans une marche de protestation spirituelle sur près de 5 000 km pour rallier une nouvelle fois la capitale, Washington. L'objectif de cette odyssée étalée sur cinq mois était d'attirer l'attention sur une série de lois fédérales qui menaçait à nouveau les droits à l'eau et à la terre des Amérindiens et supprimait leur accès aux services sociaux. Le président Jimmy Carter a refusé de rencontrer les activistes, mais le Congrès a retiré le projet de loi au profit de l'American Indian Religious Freedom Act de 1978 qui offrait une protection aux rituels amérindiens.

Dans les années 1980, le mouvement Red Power commence à s'essouffler, parasité par les années de surveillance, d'enquête et d'infiltration menées par le FBI suite auxquelles des luttes intestines ont éclaté et un climat de suspicion a peu à peu émergé. En 1975, le gouvernement des États-Unis inverse sa politique « terminationiste » et redonne aux tribus le pouvoir de contrôler leurs propres affaires en vertu de l'Indian Self-Determination and Education Assistance Act. Les années 1970 ont également vu le gouvernement américain mettre un terme à ses politiques d'assimilation sans oublier les investissements réalisés dans l'éducation et la santé des Amérindiens.

La plus grande contribution de ce mouvement est sans aucun doute le sentiment de fierté dont transmis aux générations suivantes. Forts du nouvel éveil national des consciences sur les problèmes qui étaient les leurs et des investissements octroyés à la conservation de leur culture, les Amérindiens ont pu se saisir en grande partie de la souveraineté qui leur était refusée depuis si longtemps. Pour Bruce Johansen, professeur d'études des sociétés amérindiennes au sein de l'université du Nebraska à Omaha et auteur du livre Encyclopedia of the American Indian Movement, cette période était « un voyage de découverte et de réappropriation culturelle. »

Ce voyage est encore celui d'une jeune génération d'activistes amérindiens aux prises avec la société moderne pour des enjeux allant du droit à l'eau à la reconnaissance de leur droit de poursuite des crimes commis sur les terres qui leur étaient promises dans les traités du 19e siècle. « Les Américains ont réalisé que les natifs étaient toujours là, qu'ils ont un statut moral et légal, » avait déclaré le cofondateur de l'AIM, Dennis Banks, lors d'une manifestation en 2000. « Dès lors, notre peuple a pu retrouver sa fierté. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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