Shimao, l'antique cité chinoise redécouverte par les archéologues

On sait peu de choses sur Shimao, une cité abandonnée du centre de la Chine. Pourtant, les vestiges mis au jour ne cessent de surprendre la communauté scientifique et mettent à mal nos connaissances sur l'histoire de la Chine antique.

Publication 20 nov. 2020 à 17:50 CET
Les ruines de Shimao.

Les ruines de Shimao.

C’est dans la province de Shaanxi, dans le centre-ouest de la Chine, à l’extrémité sud du désert d’Ordos, que des archéologues chinois ont mis au jour en 1976 les premiers vestiges d’une immense cité néolithique abandonnée, baptisée Shimao. Depuis ce jour, plusieurs découvertes ont été faites sur ce site antique, mais les secrets qu’il renferme sont encore trop nombreux et ne cessent de prendre de court les archéologues au fur et à mesure qu’ils se dévoilent.

Le site a été baptisé Shimao, son nom originel est toujours inconnu. Les archéologues ont longtemps pensé que les ruines de la ville appartenaient à la Grande Muraille de Chine, mais des recherches approfondies ont révélé que la construction de Shimao remontait en réalité à une période antérieure, il y a environ 4 300 ans. La Grande Muraille, elle, a été érigée il y a environ 2 200 ans.

Shimao, une citadelle vieille de 4000 ans au cœur d'un royaume disparu

Si cette découverte a tant fasciné le monde de l’archéologie, c’est parce que les historiens ignoraient jusqu’à l’existence même d’une civilisation dans cette partie du pays à cette époque. La communauté scientifique pensait jusqu'alors que le développement des villes chinoises avait eu lieu sur les plaines de l’est. Les autorités chinoises, elles, perçoivent à travers ce site la première preuve matérielle de l’existence de la légendaire dynastie Xia.

Florissante il y a plus de 4 000 ans, la ville antique de Shimao aurait été, selon les plus récentes découvertes, la plus grande ville de son époque, avec 400 habitations réparties sur 400 hectares. Des pratiques telles que le travail du bronze, la culture du blé, de l'orge, l'élevage des moutons, des chèvres et du bétail seraient apparues plus tôt dans cette région que nulle part ailleurs en Chine. Des indices montrent également différents contacts commerciaux avec plusieurs peuples d'Europe de l'Ouest.

La ville de Shimao était par ailleurs fortifiée de murs de pierre et non des traditionnels murs de terre battue.

L’une des découvertes majeures du site néolithique réside dans son immense pyramide centrale, dont la base mesurait 24 hectares. Cet édifice dominait de ses 70 mètres de haut le reste de la ville. Visible en contrebas depuis chaque recoin de la cité, elle imposait aux habitants un rappel constant du pouvoir écrasant des élites qui y résidaient. Les pierres qui constituaient sa façade étaient gravés de visages humains et de représentations d’animaux.

Contrairement aux pyramides égyptiennes ou aztèques, celle de Shimao ne revêtait pas de fonction religieuse apparente. Selon les archéologues, elle représentait plutôt un lieu de vie pour les élites et servait également de lieu pour la production artisanale destinée à cette même classe sociale.

La cité de Shimao semble quant à elle avoir été un centre religieux d'importance. La plupart des blocs de pierre qui composent ses murs sont incrustés de pierres de jade, une gemme imprégnée d’une grande portée symbolique et religieuse sous la Chine antique.

De nombreux cadavres d’êtres humains, notamment des têtes décapitées de femmes, ont été retrouvés dans des fosses rituelles, sous les portes et les remparts de la ville, suggérant de nombreux rites sacrificiels lors de la construction de la ville. Les incrustations de jade et les sacrifices humains auraient imprégné les remparts de Shimao d’une puissance religieuse ainsi que d’une protection spirituelle.

La compréhension de cette période complexe, faute de témoignage écrit, reste entièrement dépendante des découvertes archéologiques faites sur ce site néolithique. Si elles permettent de porter un regard nouveau sur l’histoire de la Chine antique, cette dernière pourrait bien être en grande partie à réécrire.

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