La Sainte-Trinité de Champmol révèle son jardin médiéval

Les fouilles préventives de l'ancienne chartreuse de Champmol ont permis de révéler de nombreuses informations sur l'histoire du site religieux. De ses jardins à son pressoir monumental, retour sur l'histoire d'un quotidien chargé.

De Lou Chabani
Publication 12 déc. 2022, 17:13 CET
Pour faciliter le travail des archéologues, le terrain de fouille a été décapé à la pelle ...

Pour faciliter le travail des archéologues, le terrain de fouille a été décapé à la pelle mécanique.

PHOTOGRAPHIE DE Stéphanie Morel-Lecornué - Inrap

Construite en 1383 sur un site qui était encore à l’extérieur de la ville Dijon, la chartreuse de la Sainte-Trinité de Champmol eut d’abord pour rôle d’accueillir les tombeaux des ducs de Bourgogne.

Fondée par Philippe le Hardi, fils du roi Jean II de France et premier Duc de la maison de Valois-Bourgogne, la chartreuse devait à l’époque rivaliser avec la basilique Saint-Denis. Il s’agissait d’un édifice religieux exceptionnel, fleuron de la Renaissance bourguignonne, qui a aujourd’hui disparu.

« Le monastère lui-même a été détruit. Ont été sauvegardés in extremis le puits de Moïse, le portail de la chapelle, le portail d’entrée de la chartreuse […] et la tourelle de l’Oratoire », selon Stéphanie Morel-Lecornué, responsable scientifique des fouilles.

Désormais reconverti en centre hospitalier psychiatrique, le site a récemment fait l’objet de fouilles archéologiques préventives dans le cadre de la construction d’une maison d’accueil spécialisée. Menées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) du 26 septembre au 9 décembre, ces études ont permis la redécouverte d’une partie du passé de la chartreuse.

 

ET SOUS LA BOUE, UN JARDIN

Effectués en amont de travaux d’aménagement, les diagnostics et fouilles de l’Inrap ont pour objectif de retrouver et de sauvegarder toute donnée archéologique d’un site supposé.

Dans le cas de la chartreuse de Champmol, les archéologues ont pu s’appuyer sur de nombreux documents d’époque, tels que des plans et des représentations d’artistes.

« Il n’est jamais évident de reconnaitre les structures que l’on retrouve sur les plans anciens », modère néanmoins Mme Morel-Lecornué. « Ils ne sont pas toujours rigoureux et peuvent être des vues cavalières ou des visions fantasmées […], mais nous avons fini par retrouver nos marques. »

Parmi les vestiges sortis de terre, les archéologues ont pu retrouver plusieurs structures importantes du monastère d’origine ; des traces des jardins médiévaux, du pressoir et de l’ancien vivier ont ainsi été identifiées.

« [Les jardins ont été retrouvés] avec des niveaux de terre de jardin […] et des fosses de plantation creusées dans ces niveaux, et espacées de manière régulière », raconte la responsable scientifique. « De plus, grâce au plan, nous savons que nous sommes dans le verger. »

Autre élément important découvert au cours des fouilles : le bâtiment titanesque dans lequel se trouvait le pressoir du monastère. L’existence de cette structure monumentale, présente sur les plans, a été confirmée grâce au travail de l’équipe de Mme Morel-Lecornué.

« Nous n'en avons retrouvé qu’une partie, mais il s’agit d’un bâtiment de 24 mètres de large avec des murs de 1,50 mètre d’épaisseur, et d’énormes contreforts aux angles ainsi que sur les côtés », explique l’archéologue. « Même sans avoir les plans en fouillant cette zone, nous aurions su qu’il s’agissait d’un bâtiment très imposant ! »

Construit en 1394, ce dernier abritait alors un pressoir en bois aujourd’hui disparu, et servait à la production de vin à partir du raisin cultivé par les moines. Ce passé a laissé des traces jusque dans le sol, où des milliers de pépins ont été retrouvés.

« La vase mise au jour au fond du vivier a été mise en suspension plusieurs fois, cela revient à un tamisage géant et les pépins de raisin se sont mis à flotter à la surface. C’était très impressionnant », raconte l’archéologue.

Le vivier, quant à lui, a été identifié grâce à son comblement. Rebouché des siècles auparavant, il a selon Mme Morel-Lecornué été localisé dès le décapage effectué à la pelle mécanique.

« Nous avions une limite de fossé d’entre 12 et 15 mètres de largeur, remplie de cailloux concassés et extrêmement indurés », décrit-elle. « En fouillant, nous nous sommes aperçus qu’il s’agissait d’un comblement volontaire […] de 1,5 mètre de cailloux sous lequel il y avait de la vase, ce qui confirmait qu’il s’agissait d’un fossé en eau. »

Selon l’archéologue, le réservoir serait à l’origine issu du bras de l’une des rivières proches, qui aurait été canalisée par les Chartreux afin de protéger les jardins et pressoirs. Il aurait ensuite été isolé et aurait joué plusieurs rôles, notamment celui de vivier et de réserve d’eau.

Grâce au comblement, les différents objets tombés au fond du canal au fil des ans, tels que des artefacts de bois ou encore de cuir, ont également pu être préservés.

Servant sans doute à drainer le terrain avant de combler le vivier, une canalisation de pierres maçonnées a également été retrouvée dans l’une des branches du réservoir.

« À un moment, il a été décidé de combler ces fossés, certainement pour agrandir les jardins. Comme il y avait une problématique de gestion de l’eau très importante […], une énorme canalisation a été construite et enfouie dans le canal pour le drainer. Cela va de pair avec le reste des données des aménagements du 17e siècle. »

Gauche: Supérieur:

À 1,5 mètre de profondeur, la nappe phréatique a commencé à remonter, inondant le site de fouille et obligeant les archéologues à continuer les pieds dans l'eau.

Droite: Fond:

Une clé retrouvée au cours des fouilles du vivier. Les artefacts récupérés dans la fossé étaient particulièrement bien conservés grâce à la protection de la vase et du remblai de pierre.

Photographies de Stéphanie Morel-Lecornué - Inrap

 

PELLE MÉCANIQUE ET SEAU DE VASE

L’une des principales difficultés rencontrées par les archéologues au cours de la fouille a été la gestion de l’arrivée d’eau dans le vivier. Bien qu’isolé des rivières alentour, le terrain très humide est également très proche d’une nappe phréatique.

« Il y a toujours une circulation d’eau, et c’est l’une des problématiques de ce chantier », raconte Mme Morel-Lecornué. « Maintenant que tout a été fouillé, il y a un véritable lac au milieu du terrain ! »

Si les premières étapes de l’excavation se sont faites au sec, l’eau a très rapidement commencé à monter une fois le niveau de la nappe atteint, 1,5 mètre plus bas.

« Lorsque nous avons atteint le niveau de la vase, nous ne pouvions plus fouiller au sec », ajoute l’archéologue. « La pelle mécanique sortait les sédiments et les mettait sur le côté pour que nous puissions fouiller dedans. »

Si de nombreux artefacts ont ainsi été extraits de la vase, aucune stratification n’a pu être observée. La majeure partie des objets semble néanmoins uniformément dater du 17e siècle.

Une fois excavés, ces objets vont ensuite partir en stabilisation afin d’éviter une dégradation trop rapide. Sont particulièrement concernés les objets en métal, en bois, mais aussi en cuir. Ils seront ensuite identifiés, recensés et étudiés.

Selon la nature des artefacts et les résultats de leurs analyses, plusieurs possibilités seront ensuite envisageables. Selon leur intérêt historique, certains objets pourraient intégrer les collections des musées ; sinon, ils seront stockés dans les réserves de l’État.

« Les artefacts vont premièrement être stockés dans les locaux de l’Inrap. Ensuite, ils partiront dans de grands centres de conservation et d’étude, où ils seront rangés et maintenus à une température stable », explique Mme Morel-Lecornué. « L’idée est que, dans quelques années, ils pourraient servir à d’autres problématiques ou être étudiés avec de nouvelles données ou outils. » 

Plusieurs seaux de sédiments ont également été prélevés à différentes profondeurs du vivier, et ce afin d’en extraire différentes données. Ils seront principalement utilisés pour des analyses de carpologie ou, autrement dit, l’étude des graines et des fruits.

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