Ère viking : qui repose dans le plus ancien bateau-tombe de Norvège ?
En Norvège, la découverte du plus ancien bateau-tombe connu du pays bouleverse l'histoire de cette sépulture monumentale et de son mystérieux occupant.

À l'aide d'un détecteur de métaux, des archéologues ont découvert des rivets en fer dans le tumulus d'Herlaugshaugen en Norvège, laissant entendre qu'un navire de 20 mètres de long datant de l'an 700 pourrait être enfoui sous la structure.
À l'aide d'un détecteur de métaux, des archéologues ont découvert des rivets en fer dans le tumulus d'Herlaugshaugen en Norvège, laissant entendre qu'un navire de 20 mètres de long datant de l'an 700 pourrait être enfoui sous la structure.
À quelques pas du port de l'île de Leka, en Norvège, se dresse un imposant tumulus funéraire appelé Herlaugshaugen. S'étalant sur près de 60 mètres à sa base pour une hauteur d'environ quatre étages, la masse de terre domine le paysage.
« C'était la première chose que l'on voyait en arrivant sur l'île », déclare Geir Grønnesby, archéologue à l'université norvégienne de sciences et de technologie. « La rumeur racontait que la colline dissimulait un navire, mais rien ne permettait de l'affirmer. »
Pendant des siècles, les historiens pensaient que la structure Herlaugshaugen était le dernier lieu de repos d'un roi de l'âge des Vikings, Herlaug, mort en 871. À en croire les récits islandais posthumes, au lieu de s'avouer vaincu face à l'un de ses rivaux, Herlaug préféra être enterré vivant aux côtés de ses hommes dans un tertre funéraire.
Chez les Vikings et leurs ancêtres, la mort façonnait le paysage. Les guerriers scandinaves avaient adopté des rites funéraires nombreux et variés : certains étaient incinérés, mais les plus puissants étaient souvent enterrés sous de larges tumulus dressés sur des sites de renom.
« Ces monts sont faits pour être vus, indique Grønnesby. Ils symbolisent le pouvoir et assurent l'héritage du défunt. »
En juin 2023, Grønnesby et ses collègues ont visité l'île de Leka pour enquêter sur la rumeur du navire enseveli sous Herlaugshaugen. Armés de détecteurs de métaux, ils ont sondé la zone à la recherche de rivets métalliques caractéristiques du bordage à clin utilisé pour assembler les planches de bois des navires de l'époque.
L'équipe a extrait du tumulus 29 rivets en fer, ainsi que des fragments de bois, confirmant la théorie d'un langskip, le « bateau long » nordique, enterré sur le site.
Cependant, la datation au carbone 14 du bois attaché aux rivets et d'autres matières organiques, incluses dans les couches de charbon et de sable coquillier utilisées pour recouvrir le navire, suggère que l'ensevelissement aurait eu lieu vers l'an 700, soit un siècle avant le début de l'âge des Vikings et près de deux siècles avant la mort d'Herlaug.
Publiée en avril dans la revue Antiquity, la découverte fait d'Herlaugshaugen le plus ancien bateau-tombe connu à ce jour en Norvège. Par ailleurs, elle suggère l'existence, parmi les ancêtres des Vikings, de chefs suffisamment puissants pour organiser la construction laborieuse d'immenses tumulus funéraires. L'étude ouvre également une fenêtre sur les liens culturels forts établis par la société scandinave à travers la mer du Nord, y compris avec l'Angleterre médiévale.
« C'est une découverte fascinante, car elle indique que la pratique du bateau-tombe est ancrée dans la tradition scandinave bien plus profondément qu'on ne le pensait », déclare Howard Williams, archéologue à l'université de Chester, en Angleterre, non impliqué dans l'étude. « L'idée que les bateaux-tombes appartiendraient uniquement à l'âge des Vikings est donc un mythe. »

Illustration de fouilles conduites au 18e siècle sur le tumulus qui avaient mené à la découverte d'un squelette et d'une épée.

Les chercheurs ont longtemps pensé que le mont Herlaugshaugen, ici vu du dessus, abritait la dépouille du roi Herlaug, un souverain de l'âge des Vikings.
Illustration de fouilles conduites au 18e siècle sur le tumulus qui avaient mené à la découverte d'un squelette et d'une épée.
Les chercheurs ont longtemps pensé que le mont Herlaugshaugen, ici vu du dessus, abritait la dépouille du roi Herlaug, un souverain de l'âge des Vikings.
LE MAILLON MANQUANT
À Oslo, le musée des navires vikings expose les vestiges des bateaux-tombes les plus célèbres de Norvège, datant de l'époque où les flottes scandinaves se mirent à étendre leur influence à travers le nord de l'Europe, à commencer par le raid nordique d'un monastère anglais en 793. Parmi ces navires impressionnants figurent l'Oseberg, enterré vers 834, et le Gokstad, enterré vers l'an 900.

L'un des 29 rivets découverts par les archéologues lors des fouilles de 2023. Sur certains de ces rivets, il y avait encore du bois que les chercheurs ont pu dater au carbone 14 afin de déterminer l'âge du bateau-tombe.
L'un des 29 rivets découverts par les archéologues lors des fouilles de 2023. Sur certains de ces rivets, il y avait encore du bois que les chercheurs ont pu dater au carbone 14 afin de déterminer l'âge du bateau-tombe.
Les bateaux-tombes vikings avaient une vocation religieuse, mais ils faisaient également office de monuments familiaux et commémoratifs. Jusqu'à récemment, les archéologues n'avaient pas trouvé d'autres grands navires-sépultures en Scandinavie datant d'avant 780, même s'ils avaient connaissance de plusieurs structures de taille plus modeste.
Il existe toutefois un exemple de bateau-tombe notable sur la côte est de l'Angleterre, baptisé Sutton Hoo et datant de 630. Ce navire serait le dernier lieu de repos de l'un des premiers rois de l'Angleterre médiévale, Rædwald d'Est-Anglie.
La découverte sur le site d'Herlaugshaugen « comble l'écart entre Sutton Hoo et les bateaux-tombes ultérieurs de l'âge des Vikings, comme Oseberg et Gokstak », indique Matthias Toplak, directeur du musée viking de Haithabu en Allemagne.
Il ajoute que la découverte suggère l'existence de « liens culturels forts et durables » entre la Scandinavie et l'Angleterre au cours du siècle précédant les premiers raids vikings.
« Tout ce qui définit l'âge des Vikings – les échanges, le voyage et les connexions culturelles – commence en fait bien plus tôt », résume Toplak. « On le voit clairement dans cette sépulture précoce en Norvège. »
CAP SUR LA DERNIÈRE BATAILLE
D'après Grønnesby et son équipe, le peuple pré-Viking aurait voyagé à bord du navire d'Herlaugshaugen pendant quelques décennies avant de l'enterrer. Ils estiment qu'il mesurait environ 65 pieds (20 mètres) ou plus et embarquait probablement un équipage de rameurs. Leurs travaux n'ont pas permis de déterminer s'il était équipé d'une voile, indique-t-il.
John Ljungkvist est lui aussi convaincu que le bateau devait être impressionnant. « Des rivets de cette taille ne peuvent provenir que d'un très grand navire », affirme l'archéologue à l'université d'Uppsala en Suède. « C'est un immense bateau-tombe. »
À ce jour, une question reste toutefois en suspens : qui a bien pu être enterré dans ce colosse des mers à Herlaugshaugen ?
« Il s'agit forcément d'une personne de haut rang social, répond Grønnesby, car la construction d'un tumulus de cette taille impliquait un effort gigantesque. »
La question ouvre une réflexion sur le pouvoir et l'organisation de la société pré-viking, indique Christina Lee, spécialiste des Vikings rattachée à l'université de Nottingham, non impliquée dans l'étude.
« Une telle construction nécessite une communauté à disposition », poursuit-elle. « Il faut être extrêmement important pour avoir l'honneur d'être enterré dans un bateau tombe. »

Exposé au musée des navires vikings d'Oslo, le Gokstad date de l'an 900, soit près de 200 ans après le bateau tombe récemment découvert à Herlaugshaugen.
Exposé au musée des navires vikings d'Oslo, le Gokstad date de l'an 900, soit près de 200 ans après le bateau tombe récemment découvert à Herlaugshaugen.
Les connaissances actuelles des historiens sur la mythologie nordique ainsi que les croyances vikings et pré-vikings proviennent en grande partie des poèmes et du folklore retranscrit au 13e siècle dans la littérature islandaise, soit quelques centaines d'années après l'âge des Vikings. Des tablettes commémoratives sculptées, comme les pierres historiées de Gotland, apportent également quelques pistes.
D'après ces sources poétiques, la destination d'un défunt dans l'au-delà dépendait non seulement du statut dont il jouissait de son vivant, mais aussi de la façon dont il trouvait la mort. La plupart des guerriers tués au combat rejoignaient le Valhalla, la halle du dieu Odin, pour festoyer et se préparer à lutter dans l'ultime bataille apocalyptique, le Ragnarök.
Le navire enterré dans la tombe des élites « pourrait symboliser le passage du défunt de l’autre côté, dans le royaume des morts », suggère Ljungkvist, en précisant que « le folklore reste difficile à interpréter, nous ne pouvons donc pas en être certains. »
L'idée que la mort était également une forme de voyage concorde avec l'histoire viking, conclut Lee : « Les navires et le dernier voyage, il pourrait y avoir une connexion. »
Christina Larson est une journaliste indépendante installée à Washington, D.C. Elle collabore régulièrement avec National Geographic sur des sujets liés à l'environnement, l'archéologie et l'histoire naturelle.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
