Archéologie : mise au jour d’un bain juif médiéval dans la Drôme

À Saint-Paul-Trois-Châteaux, dans la Drôme, des archéologues ont fait en novembre dernier une découverte rare : un potentiel mikvé datant du 12 ou 13e siècle.

De Juliette Heuzebroc
Découverte d’un mikvé dans le quartier juif médiéval de Saint-Paul-Trois-Châteaux.

Dans cette ville d’environ 9 000 habitants située à une soixantaine de kilomètres d’Avignon, l’enthousiasme est communicatif depuis quelques jours : une équipe de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) vient de mettre au jour ce qui pourrait être un mikvaot médiéval, autrement dit un bain juif.

 

UN SYMBOLE INTEMPOREL DE LA TRADITION JUIVE

Dans le quartier de la « Juiverie » à Saint-Paul-Trois-Châteaux, une cave est sur le point de révéler tous ses secrets. Après avoir été alerté par une habitante qui ne comprenait pas que sa cave soit constamment inondée, une équipe d’archéologues a entamé des fouilles. Après avoir vidé cette cave dans laquelle étaient entreposées des bouteilles depuis des décennies, les archéologues ont décelé une structure rappelant un mikvé. La cave voûtée de sept mètres sur quatre bénéficiait en effet d’une résurgence d’eau souterraine qui maintenait la cave inondée.

Cette construction si particulière laisse penser qu’il s’agirait d’un bain juif datant du Moyen-Âge, même si les archéologues restent prudents tant que la fouille n’est pas achevée. Le mikvé est un l’un des plus grands lieux de cultes du judaïsme avec la synagogue et la Yeshiva, l’école juive. Il s’agit d’un bain dédié au rituel d’ablution, c’est-à-dire de purification du corps ou de parties du corps, afin d’entretenir la pureté familiale. Le mikvé est principalement utilisé par les femmes pour purifier leurs organes génitaux à la fin de leurs règles ou lors de la conversion au judaïsme afin de purifier le corps grâce à une immersion totale.

Découverte d’un mikvé dans le quartier juif médiéval de Saint-Paul-Trois-Châteaux.

L’étude de la structure du mikvé de Saint-Paul-Trois-Châteaux montre que des modifications ultérieures à sa construction ont été opérées et d’autres vestiges associés pourraient être révélés après des plus amples recherches.

 

SAINT-PAUL-TROIS-CHATEAUX, OU LE JUDAÏSME FRANÇAIS MÉDIÉVAL

Cette petite ville de la Drôme a une riche histoire. Son centre historique, appelé quartier de la Juiverie, fût dès le 12e siècle un lieu important de la culture judaïque. À l’époque, le quartier accueillait environ 70 familles juives dans une période peu favorable à leur tranquillité. Sous les règnes de Philippe Auguste (1165 - 1223) et de Louis IX (1226 - 1270), de nombreuses restrictions étaient imposées à la communauté juive.

La ville fût longtemps protégée par son statut de cité épiscopale. Elle ne répondait donc qu’à l’autorité du Saint-Empire Romain Germanique et était préservée des sanctions de la monarchie française. Saint-Paul-Trois-Châteaux offrait une alternative et une tranquillité de vie, sociale et religieuse, pour les Juifs de France. Le quartier de la Juiverie était fermé le soir pour assurer leur sécurité. La cité fût un foyer pérenne jusqu’au 15e siècle où la répression, que d'aucuns considéraient comme inévitable, fût telle qu’en 1486, il n’y restait plus que trois familles juives à Saint-Paul-Trois-Châteaux.

Consciente de son potentiel patrimonial, la commune de Saint-Paul-Trois-Châteaux a acquis un îlot d’habitations dans les années 1990 afin de pouvoir valoriser l’histoire qu’elles représentent. C’est dans la même démarche que, depuis 2014, des études sur les bâtis du centre historique ont été lancées. Études grâce auxquelles ce mikvé a été mis au jour.

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