À la recherche des Néandertaliens sous un château médiéval gallois

Épargnée par les fouilles agressives de l'époque victorienne et le tourisme moderne, la grotte de Wogan pourrait offrir aux scientifiques un aperçu de la vie menée par certains de nos plus vieux ancêtres.

De Tom Metcalfe
Publication 14 août 2026, 11:09 CEST
Au cours d'une nouvelle campagne de fouilles qui devrait durer cinq ans, les archéologues espèrent recueillir ...

Au cours d'une nouvelle campagne de fouilles qui devrait durer cinq ans, les archéologues espèrent recueillir de l'ADN fossile des premiers Homo sapiens et peut-être des Néandertaliens dans la grotte de Wogan, sous le château de Pembroke au pays de Galles. 

PHOTOGRAPHIE DE Pembroke Castle

Au cours d'une nouvelle campagne de fouilles qui devrait durer cinq ans, les archéologues espèrent recueillir de l'ADN fossile des premiers Homo sapiens et peut-être des Néandertaliens dans la grotte de Wogan, sous le château de Pembroke au pays de Galles. 

PHOTOGRAPHIE DE Pembroke Castle

Au pays de Galles, derrière les falaises et les criques qui composent les côtes sauvages du Pembrokeshire, s'étale une vallée verdoyante née d'une rivière ancestrale. Au creux de cette vallée se dresse la ville de Pembroke, couronnée par le majestueux château du même nom, une forteresse médiévale chargée d'histoire qui a notamment vu naître Henri Tudor, devenu Henri VII durant la guerre des Deux-Roses, le roi fondateur de la dynastie des Tudor.

Ces dernières années, les chercheurs ont découvert que le château de Pembroke était également chargé de préhistoire.

Sous ses remparts du 12e siècle se cache une cavité naturelle creusée dans le lit de calcaire, appelée grotte de Wogan. Parmi les historiens modernes, beaucoup pensaient que les fouilles conduites à l'époque victorienne avaient vidé la caverne de ses secrets. Pourtant, les campagnes menées en 2021 et 2024 ont mis au jour des outils en pierre et des preuves d'une occupation humaine sur plusieurs périodes, allant des chasseurs-cueilleurs du Mésolithique il y a 11 000 ans aux premiers Homo sapiens, il y a 35 000 à 45 000 ans. Ces fouilles ont également révélé que les sédiments de la grotte étaient en grande partie intacts et pourraient encore contenir les traces d'un passé riche de plus de 100 000 ans d'histoire.

À présent, une équipe de chercheurs vient de lancer une campagne de cinq ans pour enquêter sur la grotte de Wogan dans l'espoir d'ouvrir une fenêtre sur la vie des premiers Hommes qui l'auraient habitée.

« Cela offre une occasion rare d'appliquer de nouvelles méthodes scientifiques à une grotte archéologique des premières heures de la préhistoire », déclare Robert Dinnis, archéologue à l'université d'Aberdeen en Écosse et directeur du projet. Contrairement aux nombreuses grottes précédemment étudiées en Grande-Bretagne, la grotte de Wogan présente un gisement archéologique intact et conséquent qui devrait permettre de « répondre à des questions clés sur le début de la préhistoire », ajoute-t-il.

Les fouilles visent également à étudier l'évolution du paysage à mesure que la région passait d'un climat presque tropical à la période glaciaire.

La grotte est « un site au potentiel exceptionnel pour les futurs travaux sur le Paléolithique moyen et supérieur en Grande-Bretagne », se réjouit Chris Stringer, paléoanthropologue au musée d'histoire naturelle de Londres, non impliqué dans la nouvelle campagne de fouilles. « Il est fort probable qu'elle nous livre des restes physiques ou génétiques des premiers Homos sapiens et des derniers Néandertaliens, mais les fouilles ne font que commencer. »

Dans la grotte de Wogan sous le château de Pembroke, les archéologues ont découvert des sédiments ...

Dans la grotte de Wogan sous le château de Pembroke, les archéologues ont découvert des sédiments qui ont préservé des restes animaux pendant plus de 100 000 ans. 

PHOTOGRAPHIE DE University of Aberdeen

Dans la grotte de Wogan sous le château de Pembroke, les archéologues ont découvert des sédiments qui ont préservé des restes animaux pendant plus de 100 000 ans. 

PHOTOGRAPHIE DE University of Aberdeen

 

GROTTE PRÉHISTORIQUE

La grotte de Wogan existait depuis des centaines de milliers d'années lorsque le château fut construit sur l'affleurement rocheux au bord de la rivière. Pendant des dizaines de milliers d'années, il avait servi de refuge à divers animaux, comme le mammouth, le rhinocéros laineux, les rennes et les chevaux sauvages. En avril, les chercheurs ont annoncé la découverte d'ossements appartenant à un hippopotame ; ils sont âgés d'environ 120 000 ans et indiquent que la Grande-Bretagne vivait sous un climat semi-tropical à l'époque.  

À en croire certains indices, la caverne aurait même pu être habitée par l'Homme de Néandertal, il y a 60 000 ans peut-être. L'état de conservation remarquable de la matière organique découverte à ce jour rend possible une datation précise au carbone 14. Les études pilotes nous montrent que les sédiments de la grotte et les ossements contiennent encore de l'ADN fossile. Grâce à cette mine de matériel génétique, les scientifiques pourraient reconstruire des pans entiers des écosystèmes du passé à partir des sédiments et ainsi mieux cerner les stratégies d'adaptation des premiers humains aux changements environnementaux.

« Ils vont trouver quelque chose de fascinant, c'est inévitable à mes yeux », déclare Thomas Booth, généticien et archéologue à l'Institut Francis Crick de Londres.

« La grotte de Wogan se situe à la périphérie du continent eurasiatique, sur les bords du monde, et durant certaines périodes elle n'était pas très loin de la plus grande extension des glaciers du nord de l'Europe », explique-t-il. « Je suis persuadé que de fabuleuses histoires de résilience humaine attendent d'y être découvertes. »

 

SECRETS DE SÉDIMENTS

Au Moyen Âge et plus tard, les habitants du château de Pembroke ont utilisé la grotte comme entrepôt, en y installant des barres de fer pour clôturer l'accès depuis la rivière, sans toutefois priver les grands rhinolophes, une espèce de chauve-souris, de leur gîte favori.

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Les chercheurs ont découvert la molaire d'un rhinocéros laineux dans la grotte de Wogan, sous le château de Pembroke. Ils ont également extrait des os d'hippopotames ainsi que des restes de mammouths et de chevaux sauvages.

PHOTOGRAPHIE DE University of Aberdeen

Les chercheurs ont découvert la molaire d'un rhinocéros laineux dans la grotte de Wogan, sous le château de Pembroke. Ils ont également extrait des os d'hippopotames ainsi que des restes de mammouths et de chevaux sauvages.

PHOTOGRAPHIE DE University of Aberdeen

Les touristes peuvent visiter la grotte de Wogan en empruntant l'escalier de pierre en spirale qui descend du château, bien que les dernières fouilles aient parfois contraint le château à suspendre les visites pour des raisons de sécurité, déclare l'archéologue Jonquil Mogg, chercheuse et conservatrice des collections du château de Pembroke. Ils prévoient de construire de nouvelles installations pour exposer les trésors d'archéologie extraits de la caverne.

Même si l'aspect préhistorique du projet s'écarte de l'histoire médiévale du château, les découvertes ne manqueront pas d'enrichir le patrimoine du site d'une toute nouvelle facette, déclare Jonquil Mogg.

« C'est important pour nous, et pour les habitants de Pembroke », ajoute-t-elle.

D'après Nick Ashton, archéologue du Paléolithique au British Museum, la grotte de Wogan a échappé au « nettoyage » pour les touristes qui a détruit l'archéologie de tant d'autres grottes outre-Manche.

« Contrairement à de nombreuses grottes de cette période qui ont été vidées de la majorité de leurs sédiments pour être présentées au public des 19e et 20e siècles, explique-t-il, Wogan semble disposer de dépôts intacts qui justifient un programme de fouilles minutieux. »

Robert Dinnis indique que les travaux les plus récents de l'équipe ont porté sur l'analyse de sédiments datant de l'Holocène ancien, il y a 11 000 à 10 000 ans. Par la suite, les scientifiques vont extraire des dépôts plus anciens, mais les cinq années consacrées au projet offriront aux archéologues juste assez de temps pour analyser une petite partie des sédiments de la grotte, précise-t-il, avant d'ajouter : « Je suis sûr que la grotte de Wogan verra les efforts de recherche se succéder pendant les décennies et les siècles à venir. »

Tom Metcalfe est un journaliste indépendant installé à Londres. Il collabore régulièrement avec National Geographic sur des sujets liés à l'archéologie, l'histoire et les océans.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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