Ces cartes du XVe siècle prédisaient (déjà) l'Apocalypse

Ce manuscrit longtemps oublié décrit l'apocalypse sous un jour différent - sous forme de cartes. 

Dans l'Europe du 15e siècle, l'apocalypse était dans tous les esprits. La peste courait littéralement les rues. La fastueuse capitale de l'empire romain, Constantinople, était tombée aux mains des Turcs. La fin semblait proche.

Des douzaines de dessins et d'écrits ont été produits pour décrire en détail la fin prochaine, mais un manuscrit longtemps oublié décrit l'apocalypse sous un jour différent - sous forme de cartes. « Il y a cette série de cartes qui illustre chaque étape de ce qu'il va advenir des Hommes, » indique Chet Van Duzer, historien spécialisé dans la cartographie qui a écrit un livre sur ce mystérieux manuscrit.

La géographie telle que nous la connaissons n'étaient pas encore définie par les standards modernes, mais ces cartes ont cela d'évident : si vous êtes un pêcheur, vous n'aurez nulle part où aller. L'Antéchrist viendra jusqu'à vous, étendant ses quatre cornes pour atteindre chaque recoin de la Terre. À partir de là, tout va de mal en pis.

Le manuscrit est également la première collection connue de cartes thématiques, de cartes représentant quelque chose n'étant pas une caractéristique environnementale (comme les rivières, les routes et les villes). Les cartes thématiques sont omniprésentes aujourd'hui - des cartes météo arc-en-ciel aux cartes rouges et bleues des soirs d'élections - mais la plupart des historiens datent leurs origines du 17e siècle. Le manuscrit de l'apocalypse, qui est maintenant conservé à la bibliothèque de Huntington à Saint-Marin, en Californie, a été écrit deux siècles plus tôt, comme l'a explicité Van Duzer dans son livre, Apocalyptic Cartography .

Le manuscrit a été réalisé à Lübeck, en Allemagne, entre 1486 et 1488. Il est écrit en latin, ce qui signifie qu'il n'était pas destiné aux masses. Mais il n'est pour autant pas aussi savant que d'autres manuscrits contemporains, et la calligraphie est assez pauvre, explique Van Duzer. « Il vise l'élite culturelle, mais pas le summum de l'élite culturelle. »

Son auteur est inconnu. Van Duzer pense qu'il pourrait s'agir d'un docteur et grand voyageur nommé Baptista. Si tel est le cas, il était en quelque sorte un produit de son temps, mais aussi un avant-gardiste à bien des égards. 

Le récit cartographique de l'Apocalypse commence par une carte qui montre l'état du monde entre 639 et 1514. La terre est un cercle, et l'Asie, l'Afrique et l'Europe sont représentées comme des cônes entourés d'eau. Le texte décrit la montée de l'Islam, que l'auteur considère comme une menace croissante pour le monde chrétien. « Il n'y a aucun moyen d'y échapper, ce travail est très islamophobe », dit Van Duzer. « C'est malheureux », ajoute-t-il, mais c'était un parti pris répandu dans cette région à cette époque.

Les cartes suivantes, que vous pouvez découvrir dans la galerie ci-dessus, représentent « l'épée de l'Islam » conquérant l'Europe, suivie par la montée de l'Antéchrist, un triangle massif s'étendant d'un pôle à l'autre. Une autre carte montre les portes de l'Enfer s'ouvrant le Jour du Jugement Dernier. Un événement qui selon l'auteur se produira en 1651. Un petit globe dépourvu de traits dépeint le monde après cela.

Toutes les cartes du manuscrit sont symboliques, mais la carte post-apocalyptique est sans doute le summum du minimalisme. « Il n'y a rien là-dessus, mais c'est très clairement étiqueté comme une carte », dit Van Duzer. « Cela soulève la question de savoir ce qu'est une carte, et celle-ci explore cette limite. »

Le texte est rempli de détails idiosyncratiques. L'auteur calcule la distance séparant les Hommes du Paradis : 777 milles allemands de Lübeck à Jérusalem, ou encore 1000 miles depuis l'extrémité est de la Terre (un mile allemand est une mesure obsolète avec de nombreuses variations, rendant difficile l'identification de l'équivalent moderne). Il calcula également les circonférences de la Terre et de l'Enfer (8 000 et 6 100 milles allemands, respectivement, bien que son utilisation de nombres différents pour pi suggère une mauvaise compréhension de la géométrie).

En plus de la section apocalyptique, le manuscrit comprend une section sur la médecine astrologique et un traité sur la géographie qui est remarquablement en avance sur son temps. Par exemple, l'auteur écrit à propos de la nécessité d'ajuster la taille du texte pour éviter les distorsions sur les cartes et les rendre plus faciles à lire, un sujet qui divise encore les cartographes modernes. (En même temps, il châtie aussi les cartographes pour avoir placé des monstres sur des cartes dans des endroits où ils n'existaient pas, un problème auquel les cartographes sont rarement confrontés aujourd'hui.)

Le traité géographique se termine par une brève dissertation sur le but et la fonction des cartes du monde. C'est ici, dit Van Duzer, que l'auteur décrit une compréhension essentiellement moderne des cartes thématiques comme un moyen d'illustrer les caractéristiques du peuple ou de l'organisation politique des différentes régions.

« Pour moi, c'est l'un des passages les plus étonnants : quelqu'un du 15e siècle vous expliquant ce que les cartes peuvent donner à voir. »

Lire la suite