Ces crânes retrouvés à Londres seraient ceux de gladiateurs décapités

La découverte de ces crânes en 1988 à Londres a permis de mieux comprendre quelles souffrances atroces étaient infligées aux gladiateurs et criminels de la Rome antique.

De Dan Vergano
Publication 9 févr. 2022, 17:23 CET, Mise à jour 9 févr. 2022, 18:35 CET
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Cette gravure dépeint des gladiateurs romains qui se battent à mort dans un amphithéâtre.

PHOTOGRAPHIE DE Time Life Pictures/Mansell/Getty

Les brutales décapitations faisaient partie de la mise à mort théâtralisée des gladiateurs, des criminels et des victimes de guerre de l’Empire romain, comme l'attestent des archéologues légistes ayant examiné des crânes mis au jour sur des sites du Londres antique.

Capitale en pleine expansion d’une province romaine en l’an 100 après J.-C., Londonium (aujourd'hui Londres) accueillait légions romaines et Britanniques pour la tenue de combats de gladiateurs. La ville abritait également des tanneries et des fosses communes le long du Walbrook, l’une des rivières perdues de Londres. 

Trente-neuf crânes excavés de ces fosses ont été analysés dans un rapport publié en 2013 dans le Journal of Archaeological Science par Rebecca Redfern, du musée de Londres, et Heather Bonney, du musée d’histoire naturelle de Londres. Nombre d’entre eux portaient les marques d’une décapitation ou d’autres formes de violence. Ils nous ont ainsi livré l’histoire sanglante des temps antiques.

« Il est possible qu’il s’agisse des vestiges de criminels ou de gladiateurs exécutés. Ces têtes étaient peut-être des trophées », indique Mme Redfern. « Il est clair que les blessures observées sur ces vestiges humains n’ont pas pu être causées par accident. »

À l’époque romaine, les combats de gladiateurs étaient l’un des principaux divertissements connus. Ces hommes s’affrontaient vêtus de divers costumes et usaient d’une multitude d’armes au sein d’amphithéâtres à travers l’Empire. Si les Romains représentaient souvent les gladiateurs en plein combat et les légionnaires brandissant les têtes de leurs ennemis tout juste vaincus devant les empereurs, les crânes ont fourni des preuves directes de la vie et de la mort brutales au sein de l’empire. 

 

LES TRAUMATISMES CRÂNIENS

En 1989, des archéologues ont excavé les crânes de plusieurs fosses reliées à des tanneries ainsi que d’un puits autrefois situé le long du Walbrook. La plupart dataient de l’an 120 à 160 après J.-C., alors que Londonium était à son apogée. Ils appartenaient à des hommes de 26 à 35 ans.

Selon l’analyse microscopique menée sur ces vestiges en 2014, l’ensemble de ces crânes portaient des marques de traumatismes causés par des armes contondantes ou tranchantes. Les visages ont été frappés ou lacérés, les orbites et les pommettes fracturées, et l’arrière de la tête éclaté.

La mâchoire d’un homme adulte a été retrouvée dans un puits ouvert. Elle aurait été rongée par les chiens.

PHOTOGRAPHIE DE Time Life Pictures/Mansell/Getty

Huit de ces crânes portaient les marques d’anciennes fractures cicatrisées, témoignage de la vie rude que ces hommes menaient.

Au moment du décès, un peu plus de la moitié des crânes affichaient des traces de blessures multiples récentes, notamment des mâchoires brisées ou tailladées. L’un des crânes, enterré seul, a révélé des marques de coupures, indiquant qu’il avait été décapité. L’étude a pu suggérer l’existence d’une décapitation, avant ou après la mort, puisque presque tous les crânes ont été enterrés isolés. Seul un os issu d’une cuisse a été retrouvé à leurs côtés.

 

DES GLADIATEURS DE LONDONIUM ?

Les autrices de l’étude suggèrent que ces marques de vie ardue pourraient signifier que les crânes auraient appartenu à des gladiateurs vaincus dans l’amphithéâtre de Londonium, situé à l’époque non loin du Walbrook.

« Les preuves de décapitation pourraient refléter l’exécution des combattants blessés mortellement au sein de l’amphithéâtre. » Bien que des funérailles étaient souvent organisées pour les gladiateurs romains, « les corps de nombreux combattants n’étaient pas réclamés. Ils auraient alors été exclus des cimetières et des pratiques funéraires classiques », ajoutent-elles.

Toutefois, Kathleen Coleman, experte des coutumes des gladiateurs à Harvard, a émis quelques doutes. « Les vestiges humains mutilés retrouvés dans le Walbrook laissent croire qu’ils pourraient avoir appartenu à des victimes de grand banditisme ou d’émeutes civiles », a-t-elle alors expliqué.

Ce à quoi Mme Redfern a rétorqué que les émeutes ne permettaient pas d’expliquer la présence d’une véritable collection de crânes. « Il n’existe pas de preuve de troubles à l’ordre civil, d’émeutes ou d’autres actes de violence organisée à Londres au cours de la période à laquelle les vestiges de ces hommes [ont été enterrés] », a-t-elle répondu par e-mail. De fait, elle a assuré envisager « deux issues possibles : qu’il s’agissent de gladiateurs mortellement blessés ou de victimes de chasseurs de têtes romains, une hypothèse attrayante ».

Par exemple, comme d’autres monuments publics romains, la colonne Trajane à Rome dépeint des soldats romains brandissant les têtes de leurs ennemis « barbares », vaincus au combat. Les crânes retrouvés à Londres ne présentaient pas de blessures pouvant être reliées à une suspension sur des poteaux après la décapitation. Il s’agissait là d’une pratique courante à l’époque. En revanche, cela ne signifie pas qu’ils n’auraient pas été exposés d’une manière ou d’une autre après leur exécution dans l’amphithéâtre de Londonium.

Comprendre : la Rome antique

Néanmoins, en l’absence de pierres tombales comme celles retrouvées dans un cimetière de gladiateurs au sein des ruines d’Éphèse en Turquie, « il n’existe aucune preuve permettant de relier ces squelettes aux gladiateurs », conclut Mme Coleman.

 

UNE JUSTICE À LA ROMAINE

Les autrices de l’étude ont donc évoqué plusieurs autres possibilités, notamment que les crânes aient appartenus à des criminels exécutés ou qu’il s’agisse de trophées de guerre rassemblés par les légionnaires romains.

« L’armée romaine était fortement associée aux pratiques des chasseurs de têtes », dévoile l’étude. Non loin du mur d’Hadrien, sujet aux affrontements frontaliers, les occasions de rapporter un tel trophée étaient nombreuses. Les signes de décapitation, parfois caractérisés par des perforations, et le nombre impressionnant de crânes laissaient penser que « certains de ces vestiges ont été considérés comme des trophées ».

Il se pourrait aussi que des criminels aient été tués puis exposés après leur mort. L’un des crânes retrouvés semble avoir été grignoté par un chien avant d’être jeté dans un puits.

« L’image des Romains assoiffés de sang est très répandue, pourtant c’est la première fois que nous obtenons des preuves de ce type d’actes violents à Londres », a souligné Mme Redfern. Elle a précisé que les preuves n’étaient pas assez formelles pour exclure l’une des hypothèses mises en évidence par l’étude.

Des analyses isotopiques pourraient permettre de révéler l’origine des crânes. Il serait ainsi possible de déterminer si ces hommes étaient des locaux exécutés ou de simples malchanceux venus d’ailleurs, peut-être des gladiateurs, dont la vie s’est achevée dans d'atroces souffrances.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. Il a été mis à jour par la rédaction française.

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