Cette carte utilisée par Christophe Colomb révèle ses secrets 500 ans plus tard

Des inscriptions récemment mises au jour sur un planisphère utilisé par Christophe Colomb lors de sa traversée de l’Atlantique révèlent les sources du cartographe qui l’a établie et son influence sur les cartes ultérieures.

Publication 3 nov. 2021, 17:09 CET
Des inscriptions jusqu’alors cachées sur une carte vieille de 500 ans nous révèlent les sources du ...

Des inscriptions jusqu’alors cachées sur une carte vieille de 500 ans nous révèlent les sources du cartographe qui l’a établie et l’influence qu’a eu sa carte sur des planisphères établis par la suite.

Photographie de LAZARUS PROJECT / MEGAVISION / RIT / EMEL, AVEC L'AIMABLE AUTORISATION DE LA BIBLIOTHÈQUE BEINECKE, UNIVERSITÉ DE YALE

Cette carte de 1491 est le témoin le plus fidèle de ce que Christophe Colomb savait du monde lorsqu’il a entrepris sa traversée de l’Atlantique. Pour être parfaitement sincère, il en a probablement utilisé une copie pour organiser son voyage.

La carte, établie par le cartographe allemand Henricus Martellus, était à l’origine recouverte de dizaines de légendes et de petites descriptions, le tout en latin. Mais la plupart se sont estompées au fil des siècles.

Des chercheurs se sont servis de technologies actuelles pour révéler ces inscriptions demeurées jusque-là illisibles. Ils ont découvert de nouveaux indices quant aux sources dont Martellus s’est inspiré pour établir sa carte, qui a d’ailleurs eu une influence importante sur des cartes ultérieures, et notamment un planisphère de 1507 établi par Martin Waldseemuller, le tout premier à avoir figuré le nom « Amérique ».

 

MARTELLUS ET COLOMB

Chet Van Duzer, cartographe à l’origine de l’étude, rappelle que contrairement à un mythe populaire, les Européens du 15e siècle ne croyaient pas que la Terre était plate et que Christophe Colomb allait s’envoler avec son bateau quand il arriverait au bout. Mais leur vision du monde était sensiblement différente de la nôtre, et la carte de Henricus Martellus reflète bien cela.

La façon dont l’Europe et la Méditerranée y sont représentées est plus ou moins précise. Reconnaissable, en tous cas. Mais l’Afrique subsaharienne a la forme bizarre d’une botte dont le bout pointe vers l’est, et l’Asie est également déformée. Pour Chet Van Duzer, la grande île placée dans le Pacifique Sud, à peu près à l’endroit où se trouve l’Australie, est l’œuvre d’un coup de chance, car le continent ne devait être découvert qu’un siècle plus tard. Henricus Martellus a rempli le sud de l’océan Pacifique d’îles imaginaires. Comme bon nombre de ses collègues cartographes, il abhorrait vraisemblablement lui aussi les espaces vides.

Une autre bizarrerie de la géographie de Martellus nous permet d’établir un lien entre sa carte et le voyage de Christophe Colomb : l’orientation du Japon. À l’époque où cette carte a été établie, les Européens connaissaient l’existence du Japon mais ils ne savaient pas grand-chose de sa géographie. Les journaux de Marco Polo ne disaient rien de l’orientation de l’île, alors qu’ils constituaient à l’époque la meilleure source d’information sur l’Asie.

La carte de Henricus Martellus l’oriente selon l’axe nord-sud. C’est correct, mais pour Chet Van Duzer il faut à nouveau y voir l’œuvre de la chance, car aucune autre carte de l’époque n’oriente aussi clairement le Japon. Ferdinand, le fils de Christophe Colomb, a plus tard écrit que son père croyait que le Japon était orienté de cette façon. Cela tend à prouver que la carte de Martellus lui a servi de référence.

Une grande partie des textes apposés sur la carte en 1491 était devenue illisible (en haut), jusqu'à ce que les chercheurs utilisent des outils d'imagerie modernes pour les révéler (en bas).

Photographie de LAZARUS PROJECT / MEGAVISION / RIT / EMEL, AVEC L'AIMABLE AUTORISATION DE LA BIBLIOTHÈQUE BEINECKE, UNIVERSITÉ DE YALE

Quand Christophe Colomb a débarqué aux Antilles le 12 octobre 1492, il s’est mis à chercher le Japon, tout persuadé qu’il était encore d’avoir trouvé une route vers l’Asie. Dans un livre qui revient sur cet exploit, Chet Van Duzer affirme que Christophe Colomb était vraisemblablement convaincu que le Japon se trouvait tout près, car il avait parcouru à peu près la distance qui séparait l’Europe du Japon si on se réfère à la carte de Martellus.

L’auteur affirme qu’il est raisonnable de supposer qu’en voguant le long des littoraux d’Amérique Centrale et du Sud lors de voyages ultérieurs, Christophe Colomb s’imaginait en fait longer les côtes asiatiques représentées sur la carte de Martellus.

 

RESTAURER UN TÉMOIN DES TEMPS

La carte mesure environ un mètre sur 1,82 mètres. Une carte de cette dimension était forcément un objet de luxe. Elle a probablement été commandée par un noble, quoiqu’aucun blason ou dédicace n’indique de qui il a pu s’agir. Elle a été donnée anonymement à l’Université Yale en 1962 et se trouve toujours dans la bibliothèque des livres et manuscrits rares de l’université.

Au fil du temps, le texte s’est en grande partie effacé, au point de se fondre avec l’arrière-plan, et est devenu illisible. Mais en 2014, la Dotation nationale pour les Lettres (NEH) a alloué une bourse à Chet Van Duzer qui lui a permis, ainsi qu’à ses collaborateurs, d’essayer de révéler le texte grâce à la technique dite d’imagerie multi-spectrale.

Pour y parvenir, il leur a fallu prendre des centaines de photos de la carte à différentes longueurs d’onde et les examiner une par une pour trouver la combinaison de longueurs d’onde améliorant le plus la lisibilité de chaque partie de la carte (vous pouvez vous amuser à le faire sur une carte créée par un de ses collaborateurs ici).

Les légendes de la carte décrivent pour la plupart les régions du monde et leurs habitants. « Ici, on trouve les Hippopodes : ils ont une forme humaine mais des pieds de cheval », indique une légende sur l’Asie centrale. Une décrit « des monstres semblables à des humains dont les oreilles sont si larges qu’elles peuvent recouvrir complètement leur corps ». On peut faire remonter l’origine de ces créatures fantastiques aux mythes de la Grèce antique.

Mais la révélation la plus étonnante se trouvait à l’intérieur des terres africaines. Henricus Martellus y a inclus de nombreux détails et noms d’endroits qui semblent lui avoir été communiqués au moment où une délégation éthiopienne s’est rendue à Florence en 1441. Chet Van Duzer ne connaît aucune carte européenne du 15e siècle qui soit si renseignée sur la géographie de l’Afrique et qui, en plus, doive ses informations à des Africains plutôt qu’à des explorateurs européens. « J’étais époustouflé », affirme-t-il.

L’imagerie confirme aussi le fait que cette carte a largement inspiré deux objets cartographiques encore plus célèbres : le plus vieux globe terrestre qui nous soit parvenu, fabriqué par Martin Behaim en 1492, et le planisphère de Martin Waldseemuller, qui date de 1507 et qui est le premier à appeler « Amérique » les continents de l’hémisphère occidental. (La Bibliothèque du Congrès a acquis le planisphère de Waldseemuller en 2003 pour la somme record de 8,6 millions d’euros).

En comparant les deux cartes, Chet Van Duzer s’est aperçu que Martin Waldseemuller avait librement copié les textes de Henricus Martellus. La pratique n’était pas rare à cette époque. D’ailleurs, les monstres marins qui apparaissent sur la carte de Martellus avaient eux-mêmes été copiés à partir d’une encyclopédie publiée en 1491 ; un constat qui a permis de dater la carte.

Malgré leurs similitudes, les cartes de Martellus et de Waldseemuller ont une différence notable. Martellus place l’Europe et l’Afrique quasiment sur le bord gauche de sa carte, avec pour tout horizon de l’eau. Alors que le planisphère de Waldseemuller s’étend bien plus à l’ouest et indique de nouvelles terres de l’autre côté de l’Atlantique. Seulement seize années se sont écoulées entre ces deux cartes, mais le monde avait changé pour toujours.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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