Cette communauté brésilienne se voit comme la réincarnation humaine d'extraterrestres

Selon les fidèles de Vale do Amanhecer, ils seraient des extraterrestres à forme humaine qui auraient endossé de nombreux rôles « terrestres », tels que des guerriers spartiates, des princes mayas et des pharaons égyptiens.

De Ye Charlotte Ming
Photographie De Gui Christ
Une adepte de la Vallée de l'aurore prie devant une statue de l'un des chefs spirituels, le chef de la Flêche Blanche.

À une heure de la capitale futuriste du Brésil, Brasília, se trouve l'une des capitales spirituelles du pays, Vale do Amanhecer, que l'on traduit par Vallée de l'aurore ou Vallée du lever du soleil.

Au premier abord, la Vallée de l'aurore s'apparente à un parc à thème miniature, où les visiteurs peuvent admirer des copies des différentes merveilles du monde sans se déplacer sur les lieux des véritables monuments. Construit à Planaltina, une ville satellite à proximité de Brasília, le complexe de temples situé au bord d'un lac compte parmi ses attractions une pyramide, un sanctuaire en forme de vaisseau spatial, un centre de prière à six branches ainsi que plusieurs sculptures de forme elliptique.

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Si le cadre de la vallée peut en désorienter plus d'un, ce n'est pas pour rien. Rien n'a été laissé au hasard dans sa conception, qui se veut le reflet des doctrines et croyances complexes de cette religion, issue d'une grande diversité de cultes et de civilisations, dont le christianisme, l'hindouisme, le judaïsme, la civilisation inca et l'Égypte antique.

D'après les adeptes de la Vallée de l'aurore, des créatures extraterrestres auraient atterri sur Terre il y a 32 000 ans avec pour mission de faire progresser les civilisations humaines. Ces êtres seraient ensuite revenus sur Terre sous de multiples manifestations, au sein de différentes cultures et époques. Selon les membres de la Vallée, appelés « médiums », ils seraient la dernière incarnation des extraterrestres : les Jaguars.

Magally Pereira, vêtue d'une tenue grecque, se tient à côté de son cousin, Italo Moreira, en tenue de Jaguar.

La Vallée de l'aurore a été fondée en 1959 par Neiva Chaves Zelaya, également appelée « tante Neiva ». Veuve et mère de quatre enfants, elle était conductrice de poids lourds à Brasília, alors en travaux en vue de devenir capitale du Brésil à la place de Rio de Janeiro. C'est à ce moment qu'elle aurait souffert de crises psychiques, qu'elle attribuera plus tard à des visites d'esprits venus du monde extraterrestre.

Neiva a raconté avoir été essentiellement guidée par Pai Seta Branca, ou « père Flèche Blanche », un messager spirituel aujourd'hui représenté comme un chef sud-américain par des dessins et des statues.

Un fidèle de la Vallée de l'aurore, vêtu d'un costume de maître spirituel, fait ses courses dans un magasin local.

Le photographe brésilien Gui Christ a eu envie de se rendre dans la Vallée de l'aurore en raison de son histoire fantastique et des somptueux costumes colorés des médiums. Il a décrit toute une série de rituels, dont de longues heures passées à chanter autour du lac.

Lors des rituels, les médiums travaillent généralement par deux. Un apara, ou « médium de bienvenue », a pour mission d'intégrer physiquement un esprit, qu'il soit bénin ou tourmenté, tandis qu'un médium qui prêche se charge d'éduquer l'esprit et de le renvoyer vers le monde spirituel. Selon les fidèles, ces rituels permettent également aux devins d'expier les péchés karmiques de leur vie antérieure.

Adepte de l'Umbanda, une religion spirituelle afro-brésilienne, le photographe a été saisi par une énergie indescriptible lorsqu'il a photographié les rituels. « J'ai observé de nombreuses religions en Afrique, en Asie ainsi qu'au Brésil, mais c'est la première fois que je ressens une connexion de ce type », confie-t-il. « J'ai dû sortir du temple car j'ai été pris de vertiges. »

Francisca Antonia dos Santos fait une pause dans une salle de prière appelée le « château du silence ».

D'après Kelly Hayes, professeure agrégée de théologie à l'université de l'Indiana, la Vallée de l'aurore, avec ses 800 000 fidèles et ses 600 temples dans le monde, est l'un des mouvements religieux brésiliens qui connaît la croissance la plus rapide. 

Cependant, l'ensemble de la société ainsi que les communautés religieuses du Brésil tendent à fuir la Vallée de l'aurore, qu'ils qualifient de sectes, au même titre que d'autres groupes spiritistes. Les tensions sont particulièrement vives entre les habitants de la Vallée et les évangélistes, ces derniers ayant bâti des églises non loin de la communauté afin de convertir ses membres. « Les chrétiens évangéliques sont persuadés que les adeptes de la Vallée sont possédés par des forces démoniaques », explique la professeure.

Selon elle, il n'est pas question de voir en la Vallée une secte inoffensive, mais plutôt de tenir compte du contexte dans lequel s'est inscrite sa création. Fondée dans les années 1950, cette religion a d'abord connu un certain succès chez les paysans pauvres et chez les immigrés venus aider à la construction de Brasília. « Brasília, à cette époque, incarnait le bond vers la modernité pour le Brésil », raconte Kelly Hayes. Or, cette ville de béton très organisée a pris des airs de dystopie inhospitalière, rongée par la surpopulation et la criminalité élevée.

Le « salut spirituel » qu'offre la Vallée a des vertus thérapeutiques pour certaines âmes déçues par la capitale. « Il s'agit surtout de redonner un sens à leur vie », ajoute Kelly Hayes. « Ces récits donnent à de nombreuses personnes le sentiment d'avoir un certain contrôle sur leur vie, que justice et égalité peuvent être obtenues en travaillant dur. »

Retrouvez d'autres photos de Gui Christ sur son site ou son compte Instagram.

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